Tome II-Partie-4-Chapitre 6
Les effets de la purification passive de l'Esprit par rapport surtout aux trois vertus thélogales
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Après avoir décrit et expliqué cette purification, indiqué les règles de direction qu'il faut suivre, nous devons dire quels sont ses effets, lorsqu'on la supporte généreusement.
Ces effets manifestent la fin pour laquelle Dieu purifie ainsi ses serviteurs; c'est pour que la partie supérieure de l'âme soit surnaturalisée et préparée à l'union divine, comme la partie sensible doit être spiritualisée ou pleinement soumise à l'esprit.
Parmi ces effets, les uns sont négatifs, ils consistent dans la suppression des défauts, les autres sont positifs et se trouvent surtout dans la perfection que reçoivent alors les vertus qui sont dans la partie élevée de l'âme, principalement l'humilité et les vertus théologales.
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Ces effets se remarquent à la disparition progressive des distractions, de l'hébétude de l'esprit, (lu besoin de se répandre au dehors ou de trouver des consolations. Peu à peu l'amour-propre ou l'égoïsme subtil disparaït.
Par là même l'âme est moins sujette aux illusions, car elle vit de plus en plus par sa partie supérieure, où l'ennemi ne peut pénétrer. Dieu seul pénètre dans l'intime du coeur et de l'esprit. Sans doute le démon multiplie encore ses tentations, mais si l'âme se réfugie en son centre, où Dieu habite, l'ennemi ne peut lui nuire, et même il ne peut savoir ce qui se passe en elle, il ne peut faire que des conjectures; les secrets intimes des coeurs lui échappent..
Bien d'autres défauts sont écartés par cette purification, ceux relatifs à nos rapports avec le prochain ou encore à nos devoirs d'état : une certaine rudesse naturelle, qui porte à l'impatience, une ambition secrète peu consciente, cause de bien des désordres et oppositions entre personnes; et aussi le manque d'intérêt pour les besoins parfois les plus grands du prochain affligé qui s'adresse à nous. C'est ici que ceux qui sont chargés de veiller sur les autres et qui doivent se dévouer comprennent plus profondément ces paroles de Jésus (Jean, x, 11) : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis; au contraire, le mercenaire, à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, laisse là les brebis et prend la fuite, et le loup les ravit et les disperse. » Il faut, pour profiter de ces paroles, demander au Seigneur de faire grandir en nous le véritable zèle, le zèle patient et doux, désintéressé, qui puise la vie en Dieu pour la donner au prochain de plus en plus.
Il faut noter à ce sujet qu'il y a aussi parfois des purifications collectives, comme les persécutions, dont il faut savoir profiter. Alors l'héroïcité des vertus devient nécessaire; on se trouve dans l'heureuse nécessité de devenir un saint pour ne pas se perdre. Ceux qui paraissaient assez bons dans la prospérité se montrent souvent faibles et lâches en ces grandes difficultés. D'autres, au contraire, se révèlent en ces occasions. Ces moments graves doivent nous porter à faire cette salutaire réflexion : pour la vraie sainteté, il ne faut pas une moindre purification dans les époques extérieurement calmes que dans les époques troublées par la persécution. Les saints qui ont vécu dans les périodes les plus calmes de la vie de l'Église ont eu leurs épreuves intérieures, sans lesquelles leur âme ne serait pas parvenue à la pureté parfaite que Dieu voulait voir en eux.
A aucune époque, si calme soit-elle, on ne peut devenir un saint sans porter sa croix, sans être configuré au Christ crucifié. Seulement, dans les périodes troublées, on se trouve dans la nécessité urgente de se sanctifier tout à fait pour ne pas perdre son âme; il faut alors être héroïquement fidèle pour ne pas reculer. Dans les autres périodes plus calmes, cette urgente nécessité ne se fait pas ainsi sentir, mais là encore il faut suivre Notre-Seigneur et porter sa croix. Rien de souillé n'entre au ciel, et il faut être purifié soit avant la mort, comme les martyrs, soit après elle, comme les âmes du purgatoire.
Enfin il y a d'autres épreuves collectives qui demandent une grande droiture de volonté, par exemple lorsqu'il se produit dans la société où nous vivons quelque événement exceptionnel qui nous oblige à nous prononcer pour le bon Dieu avec de grands sacrifices. Ces événements sont des visites du Seigneur à l'occasion des quelles se distinguent ses vrais serviteurs, qui, de bons qu'ils étaient, doivent devenir excellents. En ce sens le vieillard Siméon dit au sujet de la venue au monde de l'Enfant Jésus : « Cet enfant est au monde pour la chute et la résurrection d'un grand nombre en Israël et pour ètre un signe en butte à la contradiction...; ainsi seront révélées les pensées cachées dans le coeur d'un grand nombre » (Luc, II, 35). C'est-à-dire que Jésus, venu pour le salut de tous, allait être une occasion de chute pour plusieurs qui, refusant de reconnaitre en lui le Christ, sont tombés dans l'infidélité. Ainsi les pensées secrètes des pharisiens ont été révélées, tandis qu'elles seraient restées en partie cachées s'ils avaient vécu deux siècles plus tôt. Il y a quelque chose de semblable lorsque se produit un grand événement surnaturel, comme les apparitions de la Sainte Vierge à Lourdes, événement au sujet duquel les bons et les mauvais se divisent; il y a, comme l'a dit Pascal, assez de lumière pour ceux qui veulent voir et assez d'obscurité pour ceux qui ne veulent pas voir. Ces grands événements, persécutions ou visites exceptionnelles du Seigneur, à l'occasion desquelles se divisent profondément les bons et les tièdes, éclaire;It ce que nous disons ici de la purification passive de l'âme. Aux périodes où la vie sociale n'a rien d'exceptionnel en mal ou en bien, il ne faut pas une moindre purification pour arriver à la sainteté qu'en des périodes de bouleversement social.
Il faut aussi, au sujet des visites du Seigneur, rappeler qu'elles sont souvent bien différentes les unes des autres, il y a les visites de consolation, comme le furent les apparitions de Lourdes; mais si l'on n'en profite pas, le Seigneur vient pour châtier, et si l'on ne profitait pas de cette correction divine, il pourrait venir pour condamner (1).
Tout ceci nous montre quel profit nous devons retirer des épreuves que le Seigneur nous envoie, particulièrement en cette période prolongée d'aridité spirituelle dont nous parlons. Si nous la supportons généreusement, beaucoup de défauts qui arrêtent la vie divine en nous sont déracinés pour toujours. L'amour-propre vaincu fait place alors au véritable amour de Dieu, au zèle pour sa gloire et le salut des âmes.
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Les effets positifs de celle purification
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Ces effets consistent surtout dans un grand accroissement des vertus de la partie élevée de l'âme, principalement de l'humilité, de la piété et des vertus théologales. Ces vertus supérieures sont alors très purifiées de tout alliage humain, en ce sens que leur motif formel surnaturel est mis grandement en relief au-dessus de tout motif secondaire, ou accessoire qui porte parfois à les pratiquer d'une façon trop humaine (2). On voit ici surtout se dégager de plus en plus le motif formel des trois vertus théologales : la vérité première révélatrice, motif de la foi, la toute-puissance auxiliatrice, motif de l'espérance, la bonté divine infiniment plus aimable en soi que tout don créé, motif de la charité.
Mais il y a d'abord une purification semblable de l'humilité. On dit communément qu'elle est la vertu fondamentale, qui écarte l'orgueil, principe de tout péché. Saint Augustin et saint Thomas la comparent pour cela à l'excavation qu'il faut creuser pour construire un édifice, excavation qui doit être d'autant plus profonde que l'édifice doit être plus élevé. C'est pourquoi il ne suffit pas de gratter un peu le sol, il ne suffit pas que nous creusions nous-mêmes, comme il arrive, par un examen de conscience bien fait. Il faut, pour chasser tout orgueil, que le Seigneur intervienne lui-même par l'inspiration spéciale des dons de science et d'intelligence; alors il manifeste profondément à l'âme son indigence et sa misère à un degré qu'elle ne soupçonne pas, et il éclaire les replis cachés de notre conscience où se trouvent des germes de mort. Ainsi un rayon de soleil pénétrant dans une chambre obscure montre toutes les poussières qui sont en suspension dans l'air, et qui étaient auparavant imperceptibles. Sous la lumière divine purificatrice, comme sous un puissant projecteur, l'âme voit en elle une foule de défauts auxquels elle n'avait pas pris garde, elle en est confondue et ne peut soutenir cette lumière. Elle voit parfois qu'elle s'est mise, par ses fautes réitérées, dans un état misérable, un état d'abjection. Saint Paul , fortement tenté, sent très vivement sa fragilité. La B'° Agnès de Foligno s'apparaît à elle-même comme un abîme de péché et voudrait le dire à tout le monde. Saint Benoît-Joseph Labre commence un jour sa confession en disant : « Ayez pitié de moi, mon Père, je suis un grand pécheur »; le confesseur écoute et, ne trouvant rien de sérieusement répréhensible dans ses accusations, lui dit : « Je vois, mon ami, que vous ne savez pas vous confesser »; il l'interroge sur les fautes les plus grossières, mais il obtient des réponses si humbles et si pleines d'esprit de foi qu'il comprend que celui qui se confesse ainsi est un saint.
Voilà bien la purification de l'humilité, qui n'est plus seulement extérieure, qui n'est plus l'humilité boudeuse ou chagrine de celui qui se tient à l'écart parce qu'on ne l'approuve pas. Elle devient la vraie humilité du coeur, qui aime d'être rien pour que Dieu soit tout. Elle s'incline profondément devant l'infinie grandeur du Très-Haut et devant ce qu'il y a de divin en toute créature.
Alors cette humilité vraie nous découvre le sens profond des paroles de Jésus : « Sans moi vous ne pouvez rien faire.» Elle nous fait entendre beaucoup mieux ces mots de saint Paul : Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu!) El si lu l'as reçu, pourquoi l'en glorifier comme si lu ne l'avais pas reçu? » L'âme reconnaît alors expérimentalement que par ses seules forces naturelles elle est absolument incapable du moindre acte surnaturel, salutaire et méritoire. Elle voit la grandeur de la doctrine de l'Église enseignant contre le semi-pélagianisme, que l'inilium salulis, le commencement de bonne volonté salutaire, ne peut venir que de la grâce, et qu'il faut un don spécial pour persévérer jusqu'à la fin. L'âme ainsi purifiée s'explique pourquoi, selon saint Augustin, saint Thomas et leurs disciples, la grâce est efficace par elle-même; loin d'être rendue efficace par notre bon consentement, c'est elle-même qui le suscite, c'est vraiment u Dieu qui opère en nous le vouloir el le faire », comme le dit saint Paul (Phil., ii, 13). En cette période de douloureuse purification, aux prises avec de fortes tentations de découragement, l'âme a bien besoin de croire en cette efficacité divine de la grâce, qui relève le faible, lui fait accomplir les préceptes et le transforme (3).
Ainsi grandit l'humilité, selon les sept degrés énumérés par saint Anselme (4) : 1" reconnaître qu'on est méprisable;
2" en souffrir;
3" l'avouer;
4" vouloir que les autres le croient;
5" supporter patiemment qu'on le dise;
6'' accepter d'être traité comme une personne méprisable;
7'' aimer d'être traiter ainsi »,
et y trouver, comme François d'Assise, une sainte joie. Voilà bien l'humilité héroïque. Elle suppose une inspiration spéciale du Saint-Esprit et la purification passive dont nous parlons. Par ailleurs, elle est bien dans la voie normale de la sainteté; la pleine perfection chrétienne ne peut exister sans elle. On voit de fait cette grande humilité chez tous les saints; elle suppose la contemplation de ces deux grandes vérités : Nous avons été créés de rien par Dieu, qui nous conserve librement dans l'existence, et sans le secours de sa grâce, nous ne ferions aucun acte salutaire et méritoire.
L'âme arrive alors à une connaissance quasi expérimentale de la gratuité et de l'efficacité de la grâce, sans laquelle elle n'avancerait pas, mais reculerait certainement. Cette humilité ainsi purifiée chante la gloire de Dieu plus que les étoiles du ciel.
Il y a ici une purification semblable de la vraie piété ou vertu de religion envers Dieu. La dévotion substantielle ou la promptitude de la volonté au service du Seigneur doit en effet subsister ici, malgré l'absence de dévotion sensible et de consolation spirituelle; cela pendant des mois et parfois des années. Les inspirations du don de piété viennent alors grandement aider en nous la vertu de religion; elles donnent à l'âme la persévérance dans l'oraison malgré la plus grande aridité spirituelle (5).
Cette piété profonde a pour fruit la mansuétude, elle correspond, dit saint Augustin, à la béatitude des doux.
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Purification de la foi
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Comme Notre-Seigneur apprend ainsi lui-même à ses amis à devenir doux et humbles de coeur, il purifie aussi leur foi de tout alliage (6).
La foi est cette vertu infuse qui nous porte à croire fermement tout ce que Dieu a révélé, parce qu'il l'a révélé et comme l'Église le propose.
Tous les fidèles croient sans doute à ce que Dieu a révélé, mais beaucoup vivent assez peu des mystères surnaturels qui sont l'objet principal de la foi; ils pensent plus souvent aux vérités de la religion que la raison peut atteindre, à l'existence de Dieu, de sa providence, à l'immortalité de l'âme, ou bien ils s'arrêtent au côté extérieur, sensible, du culte chrétien. Souvent notre foi est trop faible encore pour nous faire vivre vraiment des mystères de la Sainte Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie, de l'habitation du Saint- Esprit en nous. Ce sont là des formules saintes, souvent répétées avec vénération, mais pâles, sans vie et dont l'objet est comme perdu au fond du ciel. Ces mystères surnaturels ne sont pas assez devenus pour nous lumière de vie, point de repère de nos jugements, norme habituelle de notre pensée.
De même le motif pour lequel nous croyons ces mystères, c'est sans doute parce que Dieu les a révélés, mais nous nous arrêtons trop à plusieurs motifs secondaires qui nous aident : d'abord c'est la croyance assez généralement reçue autour de nous dans notre famille et notre patrie; et puis nous voyons une certaine harmonie entre les dogmes surnaturels et les vérités naturelles accessibles à la raison; enfin nous expérimentons un peu en nous l'action de Dieu et cela nous aide à croire.
Mais supposons que Dieu nous enlève, comme subitement, tous ces motifs secondaires qui facilitent l'acte de foi et auxquels nous nous arrêtons peut-être trop. Supposons que, dans une aridité spirituelle prolongée pendant des mois et des années, nous n'expérimentions plus en nous l'action consolante de Dieu, et que nous ne voyions plus l'harmonie des mystères surnaturels avec les vérités naturelles, alors l'acte de foi nous deviendra difficile. Il en est ainsi surtout si la lumière divine purificatrice éclaire en ces mystères ce qu'il y a de plus élevé et de moins conforme en apparence à la raison, par exemple l'infinie justice d'une part et la gratuité de la prédestination de l'autre. Par ailleurs, en cette épreuve, le démon cherche à faire dévier notre jugement, à nous montrer dans la justice divine inexorable de la dureté, comme si les damnés demandaient pardon sans pouvoir l'obtenir, alors qu'en réalité ils ne demandent jamais pardon. L'ennemi cherche à nous faire voir aussi, dans le bon plaisir divin de l'arbitraire, une manière despotique et capricieuse de se prononcer. Il ajoute qu'un Dieu infiniment bon et tout-puissant ne pourrait permettre tout le mal qui arrive dans le monde; l'esprit du mal augmente celui-ci pour en tirer une objection nouvelle. Il fait entendre une fausse note pour troubler l'harmonie supérieure des mystères de la foi. Parfois il veut persuader à l'âme qu'après la mort c'est le néant, et il s'efforce de donner à cette négation l'apparence d'une évidence glaciale qui s'impose absolument (7).
La question peut se poser alors sous forme de tentation contre la foi : le monde surnaturel existe-t-il? L'âme se trouve entre deux influences contraires : celle de la lumière divine purificatrice qui jette l'intelligence dans les profondeurs insoupçonnées des mystères comme si l'on était jeté à la mer avant de savoir bien nager, et d'autre part il y a l'influence du démon qui cherche à faire dévier l'effet de la lumière divine.
Il ne reste, pour croire, que ce seul motif : Dieu l'a révélé, tout motif secondaire a momentanément disparu. Il faut alors demander la grâce actuelle qui fait faire l'acte de foi, la grâce qui fait surmonter, comme survoler la tentation, au lieu de raisonner contre elle, la grâce qui fait adhérer à la Vérité divine révélatrice, à l'autorité de Dieu révélateur, au-dessus des conceptions trop superficielles, trop étroites, que nous nous faisions des perfections divines (8). Alors peu à peu l'âme « trouve asile dans l'immuable », dans la. Vérité première, dans la parole incréée et révélatrice, qui nous fait bien entendre que la Justice infinie est sans aucune cruauté, qu'elle s'identifie en Dieu avec la miséricorde la plus tendre. Elle nous dit aussi avec pénétration que le bon plaisir divin, loin d'être un caprice, est infiniment sage, et que la permission divine des maux les plus grands est sainte, car elle a en vue un bien supérieur dont Dieu seul est juge et que nous contemplerons un jour. Ce bien supérieur est parfois entrevu ici-bas dans la nuit de l'esprit (9).
La foi est alors purifiée de tout alliage, elle ne s'arrête plus aux motifs secondaires, qui facilitaient son acte ; ils ont momentanément disparu ; elle ne s'arrête plus au côté sensible des mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie, elle entre dans les profondeurs de la révélation divine.
Ainsi la foi des apôtres fut purifiée pendant la douloureuse épreuve de la Passion, où Jésus, que trois d'entre eux avaient contemplé sur le Thabor, apparaissait humilié et anéanti ; il fallait croire qu'il était, malgré cet anéantissement, le fils de Dieu fait chair, qui allait ressusciter le troisième jour. La Très Sainte Vierge, saint Jean et Madeleine restèrent fermes dans la foi sur le Calvaire. De même après l'Ascension, privés désormais de la vue de Jésus ressuscité, les apôtres durent vivre dans l'obscurité de la foi, et à partir de la Pentecôte ils la prêchèrent avec la plus absolue certitude, jusqu'au martyre.
Les saints venus après eux ont connus des épreuves du même genre. Saint Vincent de Paul fut tourmenté pennant quatre ans par une tentation contre la foi. Le 13' Henri Suso eut pendant dix ans une tentation du même genre.
Au terme d'une pareille épreuve, la foi est considérablement augmentée, elle est décuplée et plus encore. La nuit de l'esprit devient alors une nuit étoilée où l'on entrevoit les profondeurs du firmament ; il fallait pour cela que le soleil se soit caché. Pour entrevoir la splendeur des mystères surnaturels, il faut que la raison ait fait son sacrifice, qu'elle ait renoncé à voir par sa lumière à elle, et qu'elle ait reçu humblement la lumière divine. De même, s'il est très chrétien, au moment de son épreuve, un roi découronné, comme Louis XVI, entrevoit la beauté du royaume de Dieu, infiniment supérieur à tout royaume terrestre.
A la fin de cette purification, l'âme est profondément convaincue que la seule réalité qui compte est la vie surnaturelle. Elle se demande alors : parviendrai-je à y persévérer? Ici commencent à se faire sentir les effets de la purification de l'espérance.
C'est la troisième conversion, où se retrouvent, comme dans la première, les actes des trois vertus théologales, mais d'une façon bien supérieure (10). Le Seigneur creuse le même sillon plus profondément pour que le germe confié à la terre produise non pas seulement dix ou trente pour un, mais jusqu'à soixante et cent pour un. comme il est dit dans l'Évangile (11).
Alors commence dans l'âme une eonlemplation plus intime de Dieu, qui tend à devenir continuelle et comme une conversation ininterrompue avec lui. Alors on saisit de mieux en mieux ce qui est dit dans le livre de la Sagesse, vit, 9, sur le prix de la sagesse elle-même : « Je l'ai préférée aux sceptres et aux couronnes; j'ai estimé de nul prix les richesses auprès d'elle. Tout l'or du monde n'est en comparaison qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle, ne vaut pas plus que de la boue. » Cette sagesse est « la perle précieuse » dont parle l'Évangile: on vend tout ce qu'on a pour l'acheter (Matth., xtft, 46).
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Purification de l'espérance
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Après les effets de la purification de la foi commence à se faire sentir la purification de l'espérance. L'âme convaincue de ceci, que l'unique nécessaire est la sanctification et le salut, se demande parfois si, au milieu des grandes difficultés où elle se trouve, elle persévérera jusqu'à la fin.
L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous tendons vers Dieu, comme vers notre béatitude, en nous appuyant pour parvenir jusqu'à lui sur sa miséricorde et sa toute-puissance auxiliatrice. L'objet premier de l'espérance, c'est Dieu à posséder éternellement ; le motif formel de cette vertu thélogale, c'est Dieu secourable, Deus auxilians, comme le motif formel de la foi est Dieu révélateur : Verilas prima revelans.
Tout bon chrétien a cette vertu infuse, unie à la charité; et c'est bien Dieu qu'il espère en demandant la grâce nécessaire au salut. Mais bien souvent notre espérance manque d'élévation, en ce sens que nous désirons trop certains biens temporels, qui peuvent nous paraître utiles à notre salut et qui ne le sont pas; et même il nous arrive de trop désirer certains biens humains qui nous seraient nuisibles et empêcheraient les biens supérieurs qui viennent du détachement et de l'humilité. De ce point de vue notre espérance manque d'élan, elle ne s'élève pas assez directement vers Dieu.
De plus, il y a souvent en elle de l'alliage du côté du motif qui l'inspire. Nous comptons sans doute sur le secours de Dieu, mais nous nous appuyons aussi, et parfois beaucoup trop, sur des motifs inférieurs bien peu sûrs; il nous arrive d'avoir trop de confiance en nous- mêmes, en notre savoir-faire, en notre énergie, en nos vertus, en divers secours humains qui sont à notre portée, comme il nous arrive de passer par des moments de découragement, lorsque nous ne réussissons pas et que les secours humains nous manquent.
Si Dieu, voulant purifier notre espérance de tout alliage, nous enlevait subitement les biens temporels que nous espérons et aussi les motifs secondaires qui soutiennent la confiance : la sympathie et le secours de nos amis, l'encouragement et l'estime des supérieurs; si en même temps il nous manifestait notre fragilité à un degré que nous ne soupçonnions pas, s'il permettait des calomnies, des contradictions tenaces contre nous, et avec cela la maladie, espérerions-nous encore « contre toute espérance humaine » pour cet unique motif : Dieu, quoi qu'il arrive, reste infiniment secourable?
C'est le moment de se dire : Les miséricordes divines ne sont pas épuisées (12). Dieu ne commande jamais l'impossible (2), il ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces aidées de sa grâce (13); le secours divin nous est toujours offert pour le salut; ce n'est pas Dieu qui nous abandonne le premier; il veut toujours nous relever de nos fautes, lorsque notre âme crie vers lui.
Le Seigneur dit par Isaïe (Liv, 10) « Quand les montagnes se retireraient et que les collines chancelleraient, mon amour ne se retirera pas de toi, et mon alliance de paix ne sera point ébranlée, dit celui qui a compassion de toi, Yaweh. »
Le Psalmiste (Ps. xxvs, 5) écrit : « Le Seigneur m'abritera dans sa demeure au jour de l'adversité. Il me cachera dans le secret de sa tente, il m'établira sur un rocher... Je cherche ta face, Yaweh; ne repousse pas ton serviteur. Tu es mon secours, ne me délaisse pas et ne m'abandonne pas, Dieu de mon salut ! Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais Yaweh me recueillera. »
Les saints, aux heures de leurs grandes épreuves, ont ainsi espéré. Jérémie, dans ses Lamentations, III, 18, laisse échapper ce cri d'angoisse : « Ma force est perdue, je n'ai plus d'espérance en Dieu », mais aussitôt après il s'écrie : « Souvieus-toi, Seigneur, de mon affliction et de ma souffrance, de l'absinthe et du fiel... C'est une grâce du Très-Haut que nous ne soyons pas anéantis; car tes miséricordes ne sont pas épuisées... Le Seigneur ne rejette pas à toujours. Mais quand il afflige, il a compassion selon sa grande miséricorde ; car ce n'est pas de bon coeur qu'il humilie et qu'il afflige les enfants des hommes (14). »
Ainsi espéra saint Jean-Baptiste dans sa prison, lorsqu'il vit tout ce qui s'opposait au règne de Dieu, dont il avait annoncé la venue. Ainsi les Apôtres restèrent fermes jusqu'au martyre. Ainsi encore espéra saint Jean de la Croix en son cachot lorsque tout semblait se liguer contre la réforme du Carmel; ainsi saint Alphonse de Liguori mit héroïquement sa confiance en Dieu lorsque la famille religieuse qu'il avait fondée semblait sur le point de périr. C'est le sacrifice d'Isaac qui est de nouveau demandé, à certains jours, aux vrais serviteurs de Dieu pour qu'ils travaillent à l'oeuvre qui leur a été confiée, non plus du tout comme à la leur, mais comme à celle du Très-Haut, qui peut vaincre tous les obstacles et qui les vaincra in failliblement s'il a décrété de toute éternité que cette oeuvre s'établirait.
Alors, au-dessus de tout motif inférieur de confiance, de plus en plus apparaît le motif formel de l'espérance chrétienne : Deus auxilians, Dieu toujours secourable, sa toute-puissance auxiliatrice et les mérites infinis de Jésus. L'âme est alors portée à faire la prière d'Esther (xlv, 3-19) : « Mon Seigneur, qui êtes seul notre Roi, assistez-moi dans mon délaissement, moi qui n'ai d'autre secours que Vous; car le danger qui me menace, je le touche déjà de mes mains... Ne livrez pas, Seigneur, votre sceptre à ceux qui ne sont rien... Souvenez-Vous de nous, Seigneur : faites- Vous connaître dans ce temps de notre affliction et donnez-moi du courage. . O Dieu, qui l'emportez sur tous en puissance, exaucez la prière de ceux qui n'dnt aucun autre espoir; délivrez-nous des mains des méchants et tirez-moi de mon angoisse. » L'espérance ici se transforme en abandon parfait, qu'il s'agisse d'une oeuvre divine à accomplir sur la terre ou de notre salut éternel. Cet abandon confiant se repose sur la volonté divine non encore manifestée ; mais pour s'y reposer ainsi, il suppose la fidélité constante à la volonté divine déjà signifiée par le devoir de la minute présente. Plus notre volonté se conforme par obéissance à cette volonté divine signifiée, plus elle peut s'abandonner avec confiance à la volonté divine de bon plaisir non encore manifestée, dont dépend notre avenir et notre éternité.
Il en est de même lorsque nous devons assister les mourants, pendant l'agonie ; il faut demandes- pour eux cette confiance, unie à l'abandon parfait, et plus la volonté se conforme à la volonté divine signifiée, plus elle peut faire ce saut dans l'Inconnu, qui est l'abandon au bon plaisir divin qui reste encore caché pour nous. Ainsi l'âme s'élève au-dessus de l'obscurité d'en bas, qui vient de la matière, de l'erreur et du péché, pour se perdre dans l'obscurité d'en haut, qui est celle de la vie intime de Dieu et de son amour pour nous, pour chacun de nous (15).
Au terme de cette purification de l'espérance, cette vertu est dégagée de l'amour-propre qui se mêlait à elle, du désir plus ou moins désordonné de consolation, et elle devient beaucoup plus forte en sa pureté. C'est le désir ardent de Dieu, de le posséder lui-même, au-dessus de ses dons, et pourtant Dieu ne se montre pas, ne fait pas sentir sa présence. Ici on commence à expérimenter l'effet de la purification passive de la charité.
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Purification de la charité
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C'est particulièrement ici que les purifications passives de la vie présente ressemblent à celles du purgatoire, bien qu'elles en diffèrent grandement eu ceci que, au purgatoire, il n'v a plus de mérite, ni d'augmentation de la charité.
Cette vertu théologale, la plus haute des vertus infuses, est celle qui nous fait aimer Dieu pour lui-même, parce qu'il est infiniment aimable en soi, infiniment meilleur que toute créature et que tous ses dons. Elle nous le fait aimer aussi parce qu'il nous a aimés le premier en nous communiquant une participation de sa vie intime; la charité est ainsi une sainte amitié par laquelle nous rendons à Dieu l'amour qu'il a pour nous, et par laquelle aussi nous aimons le prochain en tant qu'il est aimé par Dieu, en tant qu'il est enfant de Dieu ou appelé à le devenir.
Sans doute tout bon chrétien a cette vertu, et par elle c'est bien Dieu que nous aimons pour lui-même, mais nous l'aimons aussi pour les consolations qu'il nous donne, parce qu'il se fait sentir à nous, parce que ce que nous entreprenons pour lui réussit et nous donne du contentement. De même, nous aimons le prochain pour l'amour de Dieu, parce qu'il est aimé par notre Père commun, mais nous l'aimons aussi parce qu'il répond à notre charité, à nos prévenances, à notre dévouement, parce qu'il se montre reconnaissant, et parfois lorsque cette reconnaissance ne parait pas, mais plutôt l'ingratitude, nous n'aimons pas assez l'âme du prochain qui nous paraît ingrat, alors que nous devons pourtant aimer même nos ennemis et que nous devons prier pour ceux qui nous persécutent, pour qu'ils retrouvent le chemin du salut. Il y a ainsi dans notre charité de l'alliage, et parfois elle ne domine pas assez une certaine amertume ou aigreur, à la suite de manques d'égard.
Dès lors, lorsque le Seigneur veut conduire une âme, dans laquelle déjà il y a une grande espérance, à une charité plus pure, plus désintéressée, qui aime vraiment Dieu pour lui-même, au-dessus de tous ses dons, il la prive de toute consolation spirituelle, de sa présence sentie, pendant des mois et des années, bien qu'il devienne plus intimement présent en elle et y agisse plus profondément. H semble se retirer d'elle, comme Dieu le Père sembla se retirer de l'âme de Jésus sur la Croix lorsqu'en son agonie il s'écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » C'était une parole d'un psaume messianique (ps. xxl, 2) qui est immédiatement suivie, dans ce même psaume, comme elle le fut dans le coeur de Jésus, des sentiments de parfaite confiance, d'abandon et d'amour.
Dans cette nuit spirituelle, au moment où l'âme semble abandonnée de Dieu, elle fait un grand acte d'amour pour ce seul et unique motif, très pur : Dieu est infiniment bon en lui-même, infiniment meilleur que tout don créé, et c'est Lui qui nous a aimés le premier. A l'exemple de son Fils crucifié, je dois lui rendre amour pour amour.
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a bien connu ces heures si douloureuses, et ce qui en est rapporté dans sa vie nous aide à mieux comprendre la doctrine de saint Jean de la Croix sur la purification de l'amour, et ce que dit saint Thomas sur le motif formel de la charité, motif qui apparaît ici dans toute son élévation, comme une étoile de première grandeur dans la nuit de l'esprit, avec le motif de la foi et celui de l'espérance.
On lit, en effet, à la fin de la vie de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (16) « Mon âme a connu bien des genres d'épreuves. J'ai beaucoup souffert ici-bas! Dans mon enfance, je souffrais avec tristesse ; aujourd'hui, c'est dans la paix et la joie que je savoure tous les fruits amers... Aux jours si lumineux du temps pascal de l'année dernière, Jésus me fit comprendre qu'il y a réellement des âmes impies sans foi et sans espérance (ce que j'avais peine à croire). Il permit alors que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel, si douce pour moi depuis ma petite enfance, me devint un sujet de combat et de tourment. La durée de cette épreuve n'était pas limitée à quelques jours, à quelques semaines; voilà des mois que je la souffre et j'attends encore l'heure de ma délivrance. Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens; mais c'est possible! Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité...
« Seigneur, votre enfant a compris votre divine lumière qui luit dans les ténèbres! Elle vous demande pardon pour ses frères incrédules, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur, elle s'assied pour votre amour à cette table remplie d'amertume, où les pauvres pécheurs prennent leur nourriture et dont elle ne veut point se lever avant le signe de votre main. Mais ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères coupables : « Ayez pitié de nous, Sei« gneur, car nous sommes de pauvres pécheurs! » (Luc., xvitt, 13). Renvoyez-nous justifiés! Que tous ceux qui ne sont point éclairés du flambeau de la foi le voient luire enfin...
« Lorsque je veux reposer mon coeur, fatigué des ténèbres qui l'entourent, par le sowenir fortifiant d'une vie future et éternelle, mon tourment redouble. Il me semble que les ténèbres, empruntant la voie des impies, me disent en se moquant de moi : « Tu rêves la lumière, une « patrie embaumée, tu rêves la possession éternelle du Créateur de ces merveilles, tu crois sortir un jour des « brouillards où tu languis; avance !... avance!... réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant!....»
« Sachant que c'est une lâcheté de se battre en duel, je tourne le dos à mon adversaire, sans jamais le regarder en face; puis je cours vers mon Jésus, je lui dis être prête à verser tout mon sang pour confesser qu'il y a un ciel, je lui dis être heureuse de ne pouvoir contempler sur la terre, avec les yeux de l'âme, ce beau ciel qui m'attend, afin qu'il daigne l'ouvrir pour l'éternité aux pauvres incrédules.
« Aussi, malgré cette épreuve, qui m'enlève tout sentiment de jouissance, je puis m'écrier encore : « Seigneur, vous me comblez de joie par tout ce que vous faites » (Ps. xci, 4). Car est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour? Plus la souffrance est intense moins elle paraît aux yeux des créatures, plus elle vous fait sourire, ô mon Dieu... Puis-je empêcher ou réparer une seule faute commise contre la foi...
« Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie; car je chante simplement ce que je veux croire. Parfois, je l'avoue, un tout petit rayon de soleil éclaire ma sombre nuit, alors l'épreuve cesse un instant ; mais ensuite, le souvenir de ce rayon, au lieu de me consoler, rend mes ténèbres plus épaisses encore.
ce Ah! jamais je n'ai si bien senti que le Seigneur est doux et miséricordieux ; il ne m'a envoyé cette lourde croix qu'au moment où je pouvais la porter; autrefois je crois qu'elle m'aurait jetée dans le découragement. Maintenant elle ne produit qu'une alose : enlever tout sentiment de satisfaction naturelle dans mon aspiration vers la patrie céleste. »
Voilà bien la purification passive simultanée de la foi, de l'espérance et de l'amour de Dieu et des âmes en Dieu, purification qui est ici unie à la souffrance réparatrice pour les pécheurs.
Alors apparaît dans toute son élévation le très pur motif de cet amour de charité : Dieu est souverainement aimable en lui-même, infiniment plus que tous les dons qu'il nous a accordés et que nous attendons de lui. Ici les actes de foi, d'espérance et de charité se fondent pour ainsi dire en un acte d'abandon parfait à la volonté divine, en répétant les paroles de Jésus sur la Croix : « Père, je remets mon âme entre vos mains. »
On comprend alors ce que dit saint Jean de la Croix (Nui! obscure, I. II, ch. xi) « Il s'agit d'une ardeur qui s'allume dans l'esprit lorsque l'âme, accablée de peines, est très vivement blessée d'amour divin... C'est un amour infus, plus passif qu'actif, qui engendre ainsi dans l'âme cette forte passion d'amour... qui la blesse et la brûle, comme une flamme dévorante... Et, au milieu_de ces pelnes obscures d'amour, l'âme sent une présence amie, une force intérieure qui l'accompagne et: qui l'anime. »
Sainte Thérèse parle de même (VI' Demeure, ch. xt) de cette dernière purification qui précède l'union transformante : « Plus, dit-elle, l'âme connaît la grandeur de Dieu et voit combien il mérite d'être aimé, plus son amour pour lui s'enflamme et plus elle sent croître sa peine de se voir encore séparée de lui... Elle est comme une personne suspendue en l'air, qui ne peut poser le pied sur la terre, ni s'élever vers le ciel; elle brûle de soif, et cette soif est de telle nature qu'il n'y a point d'eau ici-bas qui soit capable de l'éteindre. »
Au terme de cette épreuve, la charité à l'égard de Dieu et du prochain est purifiée de tout alliage, comme l'or dans le creuset est débarrassé de sa gangue. Et non seulement l'amour de charité est ainsi purifié, mais il a considérablement grandi. Il y a là des actes intenses et héroïques de charité, qui obtiennent aussitôt l'augmentation de grâce qu'ils méritent, et avec la grâce sanctfiante augmentent en même temps et beaucoup toutes les vertus infuses et les sept dons du Saint-Esprit, qui sont connexes avec la charité.
L'amour de Dieu et des âmes devient alors de plus en plus désintéressé, toujours plus ardent et oublieux de soi nous admirons la pureté de l'amour conjugal chez la femme du marin, qui ne cesse de penser au mari absent, peut.être mort, qui depuis plusieurs mois n'a plus donné signe de vie; elle l'aime comme s'il était présent et elle élève ses enfants dans l'amour du père disparu. Comment ne pas admirer la pureté de l'amour en ces épouses de Jésus-Christ qui, comme sainte Thérèse de Lisieux, restent longtemps, des mois et des mois, privées de sa présence, dans la plus grande obscurité et sécheresse, et qui ne cessent pas de l'aimer d'un amour aussi fort qu'il est pur, pour L'unique motif qu'Il est infiniment bon en lui- même et incomparablement plus que tous ses dons. Ici la tendresse de l'amour se transforme en force d'union, selon l'expression du Cantique des cantiques « L'amour est fort comme la mort », plus fort qu'elle, aucune épreuve ne saurait l'abattre. On se rappelle alors qu'en Notre-Seigneur, qui façonne les âmes à son image, l'amour sur la croix a été plus fort que la mort spirituelle, vainqueur du péché et du démon, et, par la résurrection, vainqueur de la mort suite du péché. La mystique chrétienne et catholique, dans les purifications passives décrites par saint Jean de la Croix, revit ces grandes vérités de la foi, et par là même l'âme est configurée au Christ en sa vie douloureuse, avant de lui être configurée dans sa vie glorieuse pour l'éternité.
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Souffrances qui accompagnent parfois la purification passive de l'esprit
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Sainte Thérèse (Vle Demeure, ch. i) parle de cette purification, mais elle distingue moins que saint Jean de la Croix ce qui la constitue essentiellement des peines qui assez souvent l'accompagnent et qu'elle connut personnellement, comme on le voit par sa Vie écrite par elle- même, ch. xxIIIà xxx.
Dans le Château intérieur (VIe Demeure, ch. 1) elle écrit : « 0 Dieu! quelles peines intérieures et extérieures l'âme n'endure-t-elle pas avant d'entrer dans la septième Demeure? En vérité, quand j'y pense, il me semble que si elle les connaissait à l'avance, sa faiblesse naturelle aurait bien de la peine à s'y résoudre, quelque avantage qu'on lui promît d'ailleurs... Réellement, on s'imagine alors que tout est perdu.
« Ce sont les murmures des personnes avec lesquelles on a des rapports... Voilà, disent-elles, que celleci fait la sainte; elle donne dans les extrêmes pour tromper le monde. Ceux qu'elle regardait comme ses amis la quittent. Ils sont mêmes les plus ardents à mettre la dent sur elle, et c'est chose sensible, je vous assure. A les entendre, cette âme s'égare et s'illusionne singulièrement; ce qui lui arrive vient du démon ; il en sera d'elle comme de tel et tel qui se sont perdus... Ce sont des moqueries sans fin, des coups de langue de toutes sortes.
« Je connais une personne qui, au point où en étaient les choses, avait grand'peur de ne plus trouver personne pour la confesser (17)... Le pire est que ces propos, au lieu de cesser promptement, durent parfois toute la vie... Et qu'il est petit le nombre de ceux qui jugent favorablement, auprès de ceux qui noircissent à plaisir... L'expérience montre ensuite que les hommes sont aussi prompts à distribuer les éloges que les blâmes, en sorte que l'âme ne tient plus compte ni des uns ni des autres... (Plus tard) elle est plutôt fortifiée qu'abattue de se voir critiquée, parce que l'expérience lui a montré tous les avantages qu'elle en retire. Il lui semble que ceux qui la persécutent n'offensent pas Dieu,, mais que sa Majesté le permet ainsi pour son plus grand bien. C'est bien évident pour elle.
« Le Seigneur alors envoie d'ordinaire de très grandes maladies...
«Et maintenant que dirons-nous des peines intérieures? Si l'on pouvait en donner une idée, oh! que les premières paraîtraient légères ! Mais il est impossible de les décrire telles qu'elles sont. Commençons par le tourment qu'on endure quand on tombe sur un confesseur de tant dé circonspection et de si peu d'expérience que tout lui paraît suspect. Voyant des choses qui ne sont pas ordinaires, il craint tout et doute de tout. Remarque-t-il quelque imperfection chez une âme qui est l'objet de ces faveurs, persuadé que celles qui les reçoivent doivent être des anges et c'est chose impossible tant que nous vivons dans un corps mortel sur le champ il condamne tout, il met tout sur le compte du démon ou de la mélancolie...
« Voici un autre supplice que ces âffies endurent, surtout lorsqu'elles ont été très imparfaites : elles se figurent que, à cause de leurs péchés, Dieu permet qu'elles soient trompées. Il est vrai qu'au moment où sa Majesté leur accorde ses grâces elles sont en assurance et ne peuvent douter que ce ne soit l'Esprit de Dieu qui agisse en elles. Mais comme ces faveurs passent vite et que le souvenir de leurs péchés est permanent, que de plus elles remarquent en elles-mêmes plusieurs fautes - et qui en est exempt? leur tourment recommence. Le confesseur les rassure-t-il, ce tourment s'apaise, mais c'est pour revenir. Est-ce lui, aucontraire, qui accroît leurs frayeurs, leur peine devient presque intolérable, surtout si elles se trouvent alors dans une de ces sécheresses où il semble qu'on n'ait jamais eu et qu'on n'aura jamais la moindre pensée de Dieu, et où, entendant parler de lui, c'est comme si l'on vous nommait une personne dont on a ouï parler il y a longtemps.
« Tout cela est peu encore, car voici maintenant que cette âme se persuadequ'elle ne sait pas se faire connaître des confesseurs et qu'elle les induit en erreur... Notre- Seigneur permet au démon de la tenter et de lui faire entendre qu'elle est réprouvée de Dieu...
« Durant cette tempête, on est incapable de recevoir aucune consolation..., il n'y a pas d'autre remède que d'espérer en la miséricorde de Dieu, et celui-ci, lorsqu'on s'y attend le moins, par une seule parole qu'il adresse à l'âme ou par un événement qui se présente, la délivre soudain de tous ses maux... Elle bénit Notre-Seigneur, car c'est lui qui a combattu pour elle et l'a rendue victorieuse. Elle voit jusqu'à l'évidence que ce n'est pas elle qui a livré le combat, car toutes les armes dont elle aurait pu se servir pour sa défense étaient, ce semble, aux mains de son adversaire. Alors, elle reconnaît clairement sa misère et le peu dont nous sommes capables par nous- mêmes quand Dieu nous retire son secours. »
Tauler parle de même, nous l'avons noté plus haut. Il convient de lire à ce sujet les pages où il parle de la purification passive de l'esprit, elles se trouvent surtout dans ses Sermons pour le lundi avant les Rameaux (n° 7, S), pour le dimanche de Pâques, pour le lundi avant l'Ascension, dans le troisième sermon pour l'Ascension (18).
Il serait facile de montrer, par des citations d'autres maîtres, que l'enseignement de saint Jean de la Croix est bien conforme à la tradition des grands spirituels, à ce qu'ils ont dit de la voie royale de la croix, ad lucem per crucem, et de la configuration progressive de l'âme à Jésus crucifié (Rom., vin, 17) : « Heredes quidem Dei, coheredes autem Christi; si tamen compatimur, ut et conglorificemur (19). »
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(i) Cf. SAINT THOMAS , in Isaiam, ch. xxtv fin : « Visitatio Domini est multiplex : consolationis correptionis... et quandoque condemnationis. »
(2 ) Quelqu'es personnes, par exemple, vont à la messe tous les jours et y communient parce que sans doute c'est mieux en soi et plus profitable pour l'Arne, mais aussi parce que c'est l'habitude dans le milieu où elles se trouvent, et si cette habitude disparaissait, elles cesseraient peut-être elles aussi de venir entendre la messe et communier tous les jours. Il faut que les vertus soient de plus en plus pratiquées par amour de Dieu, indépendamment de ces motifs inférieurs, tout à fait accessoires.
(3 ) C'est ainsi qu'à la messe, avant la communion, nous disons : « Fac me luis semper inhaererc mandatis et a te nunquam separari permittas. »
(4 ) Lib. de similitudinibus. Ch. c et sq.
(5 ) Une àme de grande piété avait demandé au Seigneur de lui faire connaitre son néant; quelque temps après, elle dut passer une nuit en adoration devant le Saint-Sacrement. Elle avait (l'habitude une oraison facile, qui semblait titre l'oraison de quiétude; mais, au début de cette nuit d'adoration, elle sentit en elle un vide complet, une froideur absolue, et elle entendit cette parole « Tu m'as demandé de te faire connaître ton néant : le voilà.»
(6) Nous avons plus longuement traité ailleurs de la purification passive de la foi, de l'espérance et de la charité, cf. L'Amour de Dieu et la Croix de Jésus, t. Il, pp 575.632 : Nous avons particulièrement saisi le sens et la portée de la doctrine de saint Jean de la Croix sur ce point, en lisant, quand elle parut, La petite vie de sainte Thérèse de l'En font-- Jésus, surtout le chapitre ix, où il est parlé de la nuit obscure et du tunnel qu'elle dut traverser pour arriver à l'union transformante. L'idée nous vint alors de comparer l'enseignement de saint Jean de la Croix sur la purification passive de l'esprit avec ce que dit saint Thomas du motif formel des vertus théologales. Qui n'admirerait comment les doctrines de ces deux grands maîtres s'éclairent mutuellement?
(7) Une personne très éprouvée nous écrivait à ce sujet . Ces jours derniers, un voile épais et sombre couvrait ma pauvre âme... Je marchais comme à tâtons. m'efforçant de me rappeler, pour me conduire, les vérités de la foi, auxquelles j'aurais voulu m'accrocher; mais comme un naufragé, qui pour se sauver se porte éperdument vers un rocher et, quand il semble l'atteindre, se voit rejeté par les flots; ainsi mon âme ne pouvait saisir la certitude de ce que l'on doit croire... Une seule conviction semblait s'imposer à moi : le néant de tout surnaturel, et, avec une sorte de certitude, la négation de la vie éternelle. Tout cela s'imposait à mon esprit malgré moi, avec une sorte d'évidence indiscutable, à laquelle je devais fatalement me résigner... C'était comme l'écroulement de ma foi très aimée, qui avait depuis longtemps guidé ma vie... Cependant, par moment, une pensée me frappait : si j'acguiescais à ces invitations, je mettrais en doute la parole de Notre-Seigneur, qui était trop saint pour avoir pu mentir, et je sentais comme un devoir impérieux la nécessité de lui etre fidèle pour l'honneur de notre amour réciproque, car lui et moi nous nous sommes tout donné. Et alors, je pouvais dire : Seigneur, je crois, je veux croire, mais augmentez ma foi. » Nous avons plus longuement rapporté les luttes de cette âme vaillante dans sa vie : Mère Françoise de Jésus, fondatrice de la Compagnie de la Vierge, Desclée de Brouwer, 1937, pp. 43-55.
(8) L'âme contemplative reçoit alors, comme l'explique saint Jean de la Croix (Nuit obscure, I. Il, ch. v, VIII, ix), une lumière surnaturelle, celle du don d'intelligence, qui, découvrant l'esprit de la parole de Dieu, oblige à dépasser la lettre et nos habitudes inférieures de concevoir les perfections divines. Cette lumière infuse éclaire les hauteurs toutes surnaturelles des mystères de l'infinie Justice, de l'infinie Miséricorde, de la Prédestination, de la Passion du Sauveur, du salut des âmes. Alors les petites conceptions auxquelles nous nous étions habitués éclatent en quelque sorte. L'âme est dans l'étonnement en cette nuit spirituelle. En réalité, il y a ici trop de lumière pour des yeux trop faibles encore. Mais l'âme sort du creuset avec une connaissance beaucoup plus haute et plus ferme des vérités de la foi ; elle dépasse les formules dogmatiques pour croire profondément aux mystères exprimés par ces formules, et pour vivre d'eux désormais continuellement
(9) Nous avons expliqué ailleurs les fondements de cette doctrine, cf. Perfection chrétienne et contemplation, t. I, pp. 83 sq.
(10) Le Concile de Trente,sess VI, cap 6 (Denzinger 798) énumére parmi les actes qui disposent le pécheur à la conversion ou juslifica tion : l'acte de foi, uni à la crainte de Dieu, l'acte d'espérance, et l'amour initial de Dieu source de toute justice, qui incline à la détestation du péché Saint Thomas (P I, q 113, a 3, 4, 5) explique plus longuement comment la foi, l'espérance et la charité concourent à la conversion de l'âme vers Dieu Dans la deuxième conversion, qui est la purification passive des sens, et dans la troisième, qui est la nuit de l'esprit, il y a quelque chose de semblable, mais de plus élevé et de plus profond. Ici l'âme se tourne définitivement vers Dieu pour arriver à cette union transformante et cette confirmation en grâce qui fut accordée aux apôtres à la Pentecôte, alors qu'ils étaient privés depuis l'Ascension de la vue de l'humanité du Sauveur
(11) Cf. Marc, iv, S : « D'autres grains de froment torrbèrent dans la bonne terre, et rapportèrent l'un trente pour un, l'autre soixante et l'autre cent. »
(12) Misericors Dominus, longanimis et multum misericors », Ps.em 8. Item, Jérémie, Lament., III, a (i Non defecerunt miserationes Domini. » (( Deus impossibilia non jubet, sed jubendo monet facere quod possis et postulare quod non possis. » Concile de Trente, secs. VI, cap. Il (Denzinger, 804) ex S. Angaslino , c n De natura et gratin, » ch 11.111, n° 5o
(13) 1 Cor., 1, 13 : a lieus non patietur vos tentari supra id quod potestis, sed faciet etiam cum tentatione proventum, ut possitis sus t inere»
(14) Nous avons constaté que cette page de Jérémie a rendu la confiance à des âmes très éprouvées, qui se croyaient sur le point de dire, comme le prophète : « Ma force est perdue, je n'ai plus d'espérance en Dieu ! » Il s'agit véritablement ici d'espérer contre toute espérance, selon l'expression de saint Paul, Rom., iv, 18.
(15) Cf. sainte Thérèse, VP Demeure, ch. I. Ici il n'est pas rare que l' àme soit tentée au sujet du mystère de la Prédestination, comme le fut sainte Catherine de Sienne par le démon, qui lui disait : « A quoi bon ces mortifications si tu n'es pas prédestinée? et, si tu l'es, tu seras sauvée sans elles. » A quoi elle répondit « Si je suis prédestinée à quoi bon tes efforts pour me perdre? et si je ne le suis pas, pourquoi te donner tant de peine? » La prédestination comme la Providence porte non pas seulement sur le but, mais sur les moyens pour y parvenir. Et comme dans l'ordre naturel la moisson ne s'obtient que par la semence, dans l'ordre de la gràce, le salut ne s'obtient que par la prière et la pratique des vertus. Il faut aussi se dire ici que la certitude de l'espérance n'est pas précisément celle d'arriver au but, il faudrait pour cela une révélation spéciale de notre prédestination, c'est une certitude de tendance, comme le dit bien saint Thomas , Il ' 11, q. i8, a./1 : « Spes cerlitudinaliter tendit in saurs finem quasi participans certitudinem a fide. » La certitude de l'espérance est celle d'une tendance, qui est Infailliblement, sous la lumière de la foi, dans la vraie direction du but à atteindre. C'est la confiance en Dieu infiniment secourable et en ses promesses. Ainsi quand nous avons pris à Paris le train qui mène à Rome , nous espérons fermement arriver au but du voyage, nous tendons sûrement vers lui.
(16) Petite vie, une Rose effeuillée, ch.
(17) Voir Livre de sa Vie, ch. xxviii.
(18) Voir la traduction française des Sermons de Tailler, par les RR. PP. ilugueny et Théry, t. I, pp. 252, a63, 3o2, 32! sq, 365.
(9) La bienheureuse Angèle de Foligno a des pages magnifiques et d'un réalisme incomparable sur la nuit de l'esprit. Voir surtout Le livre des visions et instructions, trad. E. Hello, ch. vil : Vue de la croix; ch. rx : Voie de la croix; ch. xxvr : La grande ténèbre : « Un jour mon âme fut ravie et je vis Dieu dans une clarté supérieure à toute clarté connue... le vis Dieu dans une ténèbre, et nécessairement dans une ténèbre. parce qu'il est situé trop haut au-dessus de l'esprit, et tout ce qui peut devenir l'objet d'une pensée est sans proportion avec lui... Je ne vois rien, je vois tout : la certitude est puisée dans la ténèbre, Plus la ténèbre est profonde, plus le bien excède tout. C'est le mystère réservé... La divine puissance, sagesse et volonté, que j'ai vue ailleurs merveilleusement, parait moindre que ceci. Ceci c'est uni tout; les autres, on dirait des parties. » La bienheureuse Angèle à eu alors, par une contemplation infuse éminente, la connaissance expérimentale de ce que la théologie spéculative exprime en disant : La Déité ou vie intime de Dieu contient dans son éminence (formaliter eminenter) les perfections absolues : être, intelligence, sagesse, amour, etc., qui sont naturellement participables et naturellement connaissables. La Déité en soi dépasse tout concept, elle ne peut être participée que par la grâce sanctifiante, laquelle n'est pas naturellement connaissable. Cf. Cajetan, in q. 3p, a. I, 7 : « [tes divisa prier est ente et omnibus differentiis clos est ceins super ans et super unurn, etc. »
Voir aussi, B" Angèle de Foligno, op. cil., ch. min : L'amour vrai et l'amour menteur; ch. : L'embrassement; ch. Ly : La pauvreté d'esprit; ch. [si : L'extase; ch. Lxi : Troisième compagne de Jésus Christ : la douleur; ch. Lay . Les voies de l'Amour.
Depuis une trentaine d'années, dans notre ministère, dans les milieux contemplatifs, nous avons trouvé au moins une vingtaine de fois la nuit de l'esprit assez nettement carctérisée, et, dans plusieurs cas, sans aucune maladie, en des sujets très raisonnables, qui avaient à diriger une communauté ou une congrégation et qui la dirigeaient fort bien . |
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