Tome II-Partie-4-Chapitre 4
L'obscurité translumineuse
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Nous avons vu que la lumière spirituelle du don d'intelligence, qui est donnée à l'âme dans la purification passive de l'esprit, l'éclaire sur l'infinie grandeur de Dieu d'une part, et d'autre part, par contraste, sur sa pauvreté à elle et sa misère.
Il reste à dire pourquoi cette lumière infuse purificatrice se manifeste comme ténèbres ;pour quoi donne-t-elle l'impression d'une grande obscurité et pourquoi fait-elle parfois beaucoup souffrir ?
Il y a à cela trois raisons, indiquées par saint Jean de la Croix et dont la théologie de saint Thomas facilite l'intelligence. Une grande lumière donne l'impression de l'obscurité, à cause de sa force même et de l'élévation de l'objet sur lequel elle porte De plus, elle néus fait souffrir à cause de notre impureté et de notre faiblesse, plus vivement sentie sous certaines tentations du demon, qui se porduisent en cette période.
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L'effet d'une trop grande lumière
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Tout d'abord, comme le dit saint Jean de la Croix (1), après Denys et tous les grands théologiens, « la sagesse du démon, qui se produisent en cette période divine nous paraît obscure parce qu'elle dépasse la capacité naturelle de notre intelligence, et plus elle se manifeste à nous plus elle nous paraît obscure », parce que nous saisissons de mieux en mieux que l'Essence divine ou la Déité dépasse toutes les notions que nous pouvons nous en faire, notions d'être, de vérité, de bien, d'intelligence, d'amour ; elle les contient toutes dans une éminence qui nous reste inaccessible, qui est en soi souverainement lumineuse, mais qui nous paraît obscure parce que nous ne pouvons l'atteindre (2). Cette « lumière inaccessible où Dieu habite » (I Tim., vi, 16) est pour nous la grande ténèbre. Ainsi la lumière du soleil paraît obscure à l'oeil de l'oiseau de nuit, qui ne peut supporter et atteindre que la faible lumière du crépuscule ou de l'aurore. Aristote l'avait déjà remarqué (3), et Denys le Mystique dit de même que la contemplation est comme « un rayon de ténèbres ».
Il suit de là que ce qui nous, parait clair en Dieu, comme son existence et l'existence de sa Providence , c'est ce que nous en atteignons dans le miroir des choses sensibles, dans une lumière crépusculaire à notre portée. Mais l'intime conciliation de l'infinie justice, de l'infinie miséricorde et de la suprême liberté, dans le mystère de la prédestination, nous paraît très obscure, quoique cette intime conciliation soit très lumineuse en soi, Les âmes qui traversent la nuit de l'esprit sont ainsi souvent tentées au sujet du mystère de la prédestination ; et, dans cette épreuve, elles ne peuvent s'arrêter aux conceptions trop humaines et apparemment plus claires de ce mystère (4). Elles auraient l'impression de descendre au lieu de monter. Elles doivent survoler la tentation en se portant par un grand acte de foi vers l'obscurité supérieure de la vie intime de Dieu, de la Déité, où se concilient précisément l'infinie Justice, l'infinie Miséricorde et la suprême Liberté du Très-Haut. De même encore, la Sainte Trinité, qui est la Lumière méme, nous parait obscure parce que trop lumineuse pour les faibles yeux de notre esprit. C'est ce qui faisait dire à sainte Thérèse : « J'ai d'autant plus de dévotion aux mystères de la foi qu'ils sont plus obscurs; parce que je sais que cette obscurité provient d'une trop grande lumière pour notre faible intelligence. » La Passion de Jésus, qui fut l'heure la plus ténébreuse e la plus déconcertante pour les apôtres, a été celle de la plus grande victoire du Christ sur le péché et sur le démon (5)
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L'effet de la lumière sur les yeux malades
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De plus, la lumière divine, qui est donnée dans la nuit de l'esprit, fait souffrir à cause de l'impureté qui existe encore dans l'âme. Saint Augustin l'a noté : « Oculis cegris odiosa lux, quae puris est amabilis : Aux yeux malades la lumière est odieuse. elle qui plaît tant aux yeux purs. » Cela se vérifie d'autant plus que cette lumière divine doit vaincre une résistance spéciale de l'âme, qui ne voudrait pas être éclairée sur certains de ses défauts, dans lesquels parfois elle veut voir des vertus, par exemple sur un zèle un peu amer et sur une secrète complaisance, qui fait qu'elle est trompée par son amour-propre et par l'ennemi du bien. « La lumière luit dans les ténèbres, dit saint Jean , 1, 5, et les ténèbres (inférieures) ne veulent pas la recevoir. » Elle paraît douloureuse, cette lumière, lorsqu'elle doit vaincre une résistance, surtout une résistance prolongée.
Et même il arrive assez souvent que l'âme souffre beaucoup, parce qu'elle ne peut comprendre pourquoi Dieu l'éprouve ainsi, comme s'il était un juge implacable. D'où sa difficulté de croire pratiquement à sa bonté, qui, lorsqu'on lui en parle, lui paraît une bonté abstraite et théorique, alors qu'elle aurait besoin de l'expérimenter, dit- elle, par un peu de consolation (7).
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La crainte de consentir ou d'avoir consentiaux tentations
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Cette souffrance intérieu're augmente encore par la crainte de consentir aux tentations qui se présentent alors contre la foi, l'espérance, l'amour de Dieu et du prochain. C'est ce qui arriva pour le saint homme job et aussi pour les apôtres durant la Passion et lorsque Jésus les eut quittés et laissés seuls.
Dans cet état douloureux, l'âme voit bien qu'elle résiste quelquefois à ces tentations, rhais d'autre fois elle craint d'avoir consenti. Cette crainte la met dans l'angoisse, car, en cet état, l'âme aime déjà beaucoup le Seigneur et ne voudrait pour rien au monde offenser sa majesté ou méconnaître sa bonté (8).
On s'explique ainsi que, tandis qu'au sommet de l'esprit il y a un acte de foi éclairée par le don d'intelligence, un acte direct et très simple de contemplation aride, acte inaperçu, au même instant le juste est porté à conclure, par sa raison inférieure, qu'il est abandonné de Dieu. Tel saint Paul de la Croix, lorsqu'il disait dans les rues de Home : « A via Pauli, libera nos Domine »; tel saint Alphonse de Liguori, croyant que l'Ordre qu'il avait fondé allait s'écrouler ; tel le P. Surin dans ses désolations, d'où il sortait parfois pour faire, par charité, un sermon admirable qui jaillissait des profondeurs de sa foi tourmentée, qui grandissait chaque jour dans cette lutte. Il y a alors dans l'âme éprouvée, comme dans celles du purgatoire, un flux et un reflux; portées vers Dieu par l'élan de leur amour, elles se sentent repoussées par tout ce qu'elles constatent en elles de misère et de pusillanimité.
Généralement, le directeur ne peut apporter aucune consolation à l'âme ainsi affligée, dit saint Jean de la Croix (Nuit obsc., 1. Il, ch. vit). Il lui parle de la fin glorieuse de cette épreuve, de la douce lumière qui se retrouvera au sortir de ce tunnel, mais l'âme, immergée dans la souffrance, ne peut comprendre ces paroles. Elle ne peut recevoir la consolation par cette voie humaine et discursive, mais seulement par une inspiration spéciale du Saint-Esprit et par des actes directs très simples qu'il suscite en elle. C'est pourquoi le cher P. de Caussade (9) dit avec son charme habituel : « Les âmes qui marchent dans la lumière chantent des cantiques de lumière; celles qui marchent dans les ténèbres chantent des cantiques de ténèbres. Il faut laisser chanter aux unes et aux autres, jusqu'au bout, la partie et le motet que Dieu leur donne. Il ne faut rien mettre dans ce qu'il remplit ; il faut laisser couler toutes les gouttes de ce fiel des divines amertumes, quand il enivrerait. Ainsi faisaient Jérémie et Ezéchiel... L'esprit qui désole est le seul qui puisse consoler. Ces différentes eaux coulent de la même source. »
L'Écriture le dit plusieurs fois : « Dominus mortificat et vivifical, deducit ad inferos et reducil (10) : Le Segneur fait mourir et il fait vivre, il mortifie et il vivifie, il conduit à toute extrémité et il en ramène ; il appauvrit et il enrichit, il abaisse et il élève. » Ceci se vérifie surtout dans la nuit de l'esprit, qui est la mort mystique; elle prépare à l'intimité de l'union à Dieu. L'âme vide de tout amour-propre peut parvenir à l'absolue sincérité, tout masque tombe ; l'âme n'a plus rien à elle, mais elle est prête à posséder Dieu, comme il est dit des apôtres : Nihil habenles, el omnia possidenles (II Cor., vi, 10). Le vide qu'elle éprouve la rend encore plus avide de Dieu
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Confirmations
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Ce que nous venons de dire se confirme de plusieurs manières.
D'abord, c'est confirmé par le dogme du purgatoire. Rien de souillé n'entre au ciel, et alors, la purification de l'esprit, dont nous parlons, il faut la subir avant la mort ou après elle ; mais il est beaucoup mieux et plus profitable de la subir avant ; car dans la vie présente on mérite en grandissant dans la charité, tandis qu'au purgatoire on ne mérite plus. Il faut lire sur la purification d'outre-tombe ce qu'en dit sainte Catherine de Gènes dans son Traité du purgatoire. Mieux vaut être purifié par le feu spirituel de l'amour infus grandissant que par un autre feu inférieur.
Autre confirmation, indiquée par saint Jean de la Croix (11) : « Dans la nuit de l'esprit, Dieu éclaire el purifie l'homme, comme il illumine les anges; mais l'ange au ciel est déjà disposé à recevoir cette illumination, tandis que l'homme encore impur ne peut la recevoir sans douleur, comme une lumière trop forte pour des yeux malades. »
Quand on reçoit cette illumination divine, on n'a généralement pas conscience que Dieu nous éclaire, mais cependant telle parole de l'Évangile sur la miséricorde ou la justice s'éclaire pour nous, et c'est un signe que nous avons reçu une grâce de lumière.
Une troisième confirmation de ce que nous avons dit se trouve dans l'analogie de la nuit sensible. C'est là un symbole qui fait entendre un peu l'état de purification appelé nuit de l'esprit. — Lorsque, en effet, dans la nature, le soleil disparaît et que la nuit est arrivée, nous ne voyons plus les objets qui nous entourent, mais nous voyons des objets très éloignés, qui le jour n'apparaissent pas. La nuit, on voit beaucoup plus loin que le jour, puisqu'on voit les étoiles qui sont à des milliers de lieues. Et il est nécessaire que le soleil se cache pour que nous les voyions, pour que nous puissions entrevoir les profondeurs du firmament. Ainsi, pendant la nuit de l'esprit, nous voyons beaucoup plus loin que pendant la période lumineuse qui a précédé; et il fallait que ces lumières inférieures nous soient enlevées pour que les hauteurs du firmament spirituel commencent à se montrer à nous (12). C'est pourquoi Jésus dit à ses apôtres : « Il faut que je m'en aille, autrement le Saint-Esprit ne viendra pas en vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai)) (Jean, x vi, 7). De fait, lorsque les apôtres ne purent plus voir l'humanité de Jésus, ils commencèrent à entrevoir, pour a,insi dire, la grandeur de sa divinité. Ils furent si bien éclairés et fortifiés que Pierre , le jour de la Pentecôte, prêcha à tous ceux qui étaient dans le temple de Jérusalem :« Vous avez fait mourir l'Auteur de la vie, que Dieu a ressuscité des morts, nous en sommes tous témoins » (Actes Ap., ut, 15). — « Le salut n'est en aucun autre; il n'y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ibid., iv, 12). La prédication de Pierre dérive de la plénitude de la contemplation du mystère du Christ. Saint Thomas dit qu'il doit en être ainsi pour que la prédication soit vivante et profonde ( 13 ) , mais cela ne se réalise pleinement qu'après la purification de l'esprit.
Ce que dit saint Jean de la Croix, Tauler l'avait noté plusieurs fois dans ses sermons, par exemple dans celui pour le deuxième dimanche de carême (14). Il dit que l'âme éprouvée et qui d'abord semble prier en vain, comme la Chananéenne, est pourtant comme poursui vie par Dieu : « Cette poursuite divine provoque en elle un cri d'appel d'une farce immense...; c'est un soupir qui vient comme d'une profondeur sans fin. Cela dépasse de beaucoup la nature, et c'est le Saint-Esprit qui doit lui-même proférer en nous ce soupir; comme le dit saint Paul : Le Saint-Esprit prie pour nous avec d'inexprimables soupirs... — Mais Dieu se comporte alors comme s'il n'entendait absolument rien... comme Jésus semblait d'abord ne pas vouloir entendre la prière de la Chananéenne, en lui disant : été envoyé aux brebis perdues d'Israël, et il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le donner aux chiens. ... Elle répondit alors en s'humiliant, mais avec confiance : O Seigneur, il arrive cependant par fois que les petits chiens sont nourris des miettes qui tombent de la table du maître... C'est pourquoi il lui fut répondu : 0 femme la foi est grande! Que ce que lu veux te soit accordé. En vérité, dit Tauler, c'est la réponse qui sera faite à tous ceux qui seront trouvés dans de telles dispositions (d'humilité profonde et de confiance) sur ce chemin. Tout ce que tu veux t'arrivera, et tout de la façon que tu voudras, car dans la mesure où tu es sorti de ce qui est tien, dit le Seigneur, en celte mesure tu dois entrer en partage de ce qui est mien... Autant l'homme sè renonce et sort de lui-même, autant Dieu y entre en vérité... Place-toi à la dernière place, comme dit l'Évangile, et tu seras élevé. Mais ceux qui s'élèvent eux-mêmes seront abaissés. Désire ce que Dieu a éternellement voulu, accepte la place que, dans sa toute aimable volonté, il a décidé devoir être la tienne. — Mes enfants, conclut Tauter, c'est de cette façon qu'on va à Dieu, en se renonçant soi-même entièrement, de toute manière et en tout ce qu'on a. Celui qui pourrait obtenir une goutte de ce renoncement, en recevoir une étincelle, s'en trouverait préparé davantage et conduit plus près de Dieu que par le dépouillement extérieur le plus absolu... Un petit instant vécu dans ces dispositions nous serait plus utile que quarante ans de pratiques de notre choix. » C'est une manière des plus pressantes de parler de l'Unique nécessaire. La grâce de dépouillement dont il est ici question réalise très profondément la parole de l'Évangile : « Si le grain de froment mis en terre vient à mourir, oh! alors, il porte beaucoup de fruit. » Bienheureuse mort, celle qui est suivie d'une pareille résurrection spirituelle! (15)
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— (1 ) Nuit obscure, 1.11, ch. y.
— (2 ) Saint François de Sales (Amour de Dieu, 1. lI, ch. 1) dit à ce sujet : « Nous disons, quand le soleil à son lever est rouge..., ou bien quand à son coucher il est blafastre, pasle, have, que c'est signe de pluie. Théotime, le soleil n'est ny rouge, ny noir, ny pasle, ny gri, ny vert. Ce grand luminaire n'est point subject à ces vicissitudes et changements de couleurs, n'ayant pour toute couleur que sa très claire et perpétuelle lumière... Mais nous parlons de la sorte parce qu'il nous semble estre tel, selon la variété des vapeurs qui sont entre luy et nos yeux, lesquelles le font paraistre de diverses façons. Or nous devisons ainsi de Dieu : non tant selon ce qu'il est en lui-même, comme selon ses oeuvres par l'entremise desquelles nous le contemplons... Il n'y a en Dieu qu'une perfection, qui comprend toutes les autres d'une façon infiniment excellente et éminente que notre esprit ne peut penser. »
— (3 ) IL disait que les choses divines sont d'autant plus obscures pour nous qu'elles sont plus intelligibles et plus lumineuses en elles-mêmes, parce qu'elles sont les plus éloignées des sens. Cf. Métaph., 1. lI, c. 1. De fait, cette affirmation : le soleil existe, est pour nous plus claire que celle-ci : Dieu existe. Cependant, en soi, Dieu seul est l'Ètre subsistant, Dieu seul est Celui qui est, et la lumière du soleil n'est qu'une ombre auprès de la lumière divine. Le temps nous paraît plus clair que l'éternité, et cependant l'instant qui fuit est en soi beaucoup moins intelligible que l'instant immuable, que l'unique instant de l'immobile éternité.
— (4) Par exemple, elles ne peuvent guère s'arrêter à la conception de Molina.
— (5) Les heures obscures de la Passion de Jésus éclairent les saints. De même, comme le remarque saint Jean de la Croix (Nuit obscure, 1. 11,
— (6): « Quand le divin rayon de la contemplation entre dons l'âme, il l'envahit de clarté, mais comme il dépasse la nature de l'âme, il l'obscurcit en ce sens qu'il lui enlève ses perceptions et affections naturelles, alors qu'elles les saisissait auparavant grâce à la lumière naturelle. Ainsi l'étage inférieur de l'âme s'obscurcit, pendant que l'étage supérieur peu à peu s'éclaire, et « l'âme commence alors à Juger beaucoup mieux de ce qui est vrai ou faux, elle le voit aussitôt et le comprend beaucoup plus clairement qu'avant d'avoi• été placée dans cette obscurité » (Ibidem). Nous avons connu une petite Soeur converse contemplative qui n'avait aucune culture humaine, mais qui était très spiritualisée par les épreuves intérieures, elle était comme consumée. Elle avait trouvé, parmi les saints, deux grands amis saint Thomas d'Aquin et saint Albert le Grand; elle qui n'avait absolument aucune culture philosophique ou théologique, aimait à lire comment ces grands saints priaient, et souvent elle s'adressait à eux en disant . « Ils sont de grands Docteurs de L'Église, ils éclairent les âmes qui le leur demandent. De fait saint Thomas lui montrait où devait,-la conduire l'obscur tunnel qu'elle traversait. Et saint Thomas a souvent éclairé ainsi les âmes éprouvées qui font appel à lui, nous l'avons souvent remarqué.
— (7) Saint Jean de la Croix dit à ce sujet (Nuit obscure, I. Il, ch. v): « Une telle peine end très vive pour l'âme encore impure, quand elle est formellement envahie par cette lumière purificatrice. Car celte pureté qui s'attaque aux impuretés, pour les chasser, fait si bien voir à l'âme combien elle est souillée et misérable qu'elle se ligure être persécutée par Dieu comme son ennemie. »
— (8) Cf. saint Jean de la Croix, .Nuit obscure, L II, ch. V et VI
— (9) L'abandon à la Providence divine, 1. III, ch. III., édit. abrégée, dans l'édition complète, I. Il, ch. tv, s Il.
— (10) Reg., 11, 6; Deut., zxxn, 39; Tobie, XIII, 1a; Sagesse, xvi,-3
— 11) Nuit obscure, 1. lI, ch. au.
— (12) Saint Thomas , II", q .18o, a. 6, fait allusion à cela en expliquant comment l'esprit s'élève du mouvement direct de la contemplation (qui part du sensible) au mouvement en spirale (obliquus), puis au mouvement circulaire, semblable à celui de l'aigle qui, au plus haut des airs, décrit plusieurs fois un cercle en contemplant le soleil et l'horizon. Il dit : « Avant que l'àme arrive à cette uniformité supérieure (où elle contemple d'un seul regard Dieu et le rayonnement de sa bonté), elle doit se libérer d'une double difformité (difformilas) ou multiplicité, de celle qui vient de la diversité des choses extérieures... et de celle qui provient du raisonnement (discursus rationis); il faut qu'elle arrive à une contemplation simple de la vérité intelligible, au simples intuitus verilatis. » Ce double sacrifice des sens et de la raison discursive ne se fait que lentement dans l'oraison, et peu à peu l'intelligence arrive à juger spirituellement de tout, selon le mot de saint Paul : « Spiritualis autem juchent omnia... Quis eniin cognovit sensu,» Domini, qui instruat eum'? » I Cor.II, 15.
— (13) Il' Il", q. i88, a. 6 . « Ex plenitudine contemplationis derivatur doctrina et praedicatio. »
—(14) Cf. trad. Hugueny, t. 1, p. 241 sq.
— (15) Voir le Traité du purgatoire de SAINTE CATHERINE DE Ci:NU, cf. Dict. de spiritualité, art. Catherine de Gênes, col. 3o4-3o8 : « La sainte nous décrit l'état des âmes souffrantes par comparaison avec son propre état, l'état d'une âme que Dieu fait. passer par les purifications passives. C'est ce qui explique pourquoi elle insiste si fortement sur certains traits, en particulier sur le déchirement produit dans l'âme par l'effet de deux forces opposées : une force qui l'attire vers Dieu, objet de la béatitude; une force qui la repousse, l'opposition entre la pureté de Dieu et sa propre imperfection. » Elle décrit la faim insatiable de la Divinité, et dit que les âmes du purgatoire souffrent une peine si grande qu'aucune intelligence ne peut, dans la vie présente, la comprendre. Elle tient aussi que cette souffrance augmente avec le progrès de la purification, car le désir de Dieu grandit, et cependant il y a une sainte joie, qui s'accroît elle aussi, car l'âme fait plus de cas du vouloir divin que de sa peine. Dieu enlève toute racine d'égoïsme en produisant dans l'âme « le dernier acte d'amour par lequel il achève de la purifier » (Purg., ch. xi). Le purgatoire cesse d'être une prison imposée pour devenir une prison désirée, voulue, anxieusement recherchée (Purg., ch. avili). Tout cet article du Dict. de spir. sur sainte Catherine de Gênes est d'un grand intérêt; voir comment elle concevait la voie purgative, la voie illuminative et la voie unitive.
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