+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.


Ermite laique consacrée
par voeux publics
  mère et grand-mère.

Dans le diocèse de Rimouski..  Qc.Canada

ermite franciscaine consacrée par voeux  public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous l'obéissance de Mgr Pierre André Fournier et amis de ma famille. 
et ami de ma famille depuis quelques années

Je suis une ermite franciscaine qui a été mariée, séparée, divorcée et mon mariage a été déclarer Nul et Invalide, , et je suis aussi mère et grand-mère. J'ai 2 fils et 3 petits fils.

-Ma consécration est pour:
- Ma famille- et les membres o.f.s.- mes amis (es)
- Mes Fils spirituels
- Mes prêtres vivants ou décèdés du monde
- Toute personne qui fait une demande soit en personne ou @, ou Skype et Nsm



DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie-4-Chapitre 22
Appendice
La perfection de l'amour et l'union mystique
ou
La mystique du Cantique spirituel de
saint Jean de la croix
par le P. Alexandre Rozwadowski.s.j.

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.

La perfection de l'amour et l'union mystique ou
La mystique du 11 Cantique spirituel » de saint Jean de la Croix

par le P. ALEXANDRE HOZWADOWSKI, S. J.

NOUS reproduisons ici un article paru dans La Vie Spirituelle, en remerciant l'auteur de nous le permettre et d'avoir si bien exprimé, sur plusieurs points de grande importance, ce qui nous parait être la vraie doctrine de saint Jean de la Croix.


LA PERFECTION DE L'AMOUR ET LA CONTEMPLATION INFUSE


On a récemment affirmé que, selon la spiritualité du Carmel, et de sainte Thérèse en particulier, la perfection de l'amour se trouve dans la voie ascétique, qu'à la sainteté n'est point nécessaire la contemplation infuse (1).

Ces grâces mystiques, Dieu les accorde volontiers, dit-on aux âmes généreuses : on fait bien, dès lors, de les désirer, de s'y disposer et d'y tendre, de diriger même toute sa vie vers l'idéal contemplatif, cependant, ajoute-t-on, il reste qu'on peut sans elles parvenir à la sainteté.

On a d'ailleurs distingué deux sortes de contemplations la contemplation acquise et la contemplation infuse. La première peut être aussi appelée contemplation mixte ou actiuo-passive ; c'est une contemplation mystique latente. On concède que cette contemplation est dans la voie normale de la sainteté. La seconde. la contemplation mystique proprement dite, expérimen­talement passive ou infuse, surtout dans ses degrés supérieurs (fiançailles et mariage spirituels), n'est pas, affirme-t-on, dans l a voie normale (2).

Cette opinion, nous semble-t-il, n'est pas en accord avec la doctrine de saint Jean de la Croix (3).

Affirmer d'une part que la contemplation mystique n'est pas nécessaire à la perfection, et soutenir d'autre part qu'il est bon d'y tendre 'nous parait difficilement conciliable avec l'enseignement du Docteur mystique.

On sait avec quelle insistance il exige le dépouillement absolu de tout ce qui est accidentel, accessoire, extraordinaire, et n'est pas essentiel ou nécessaire à la perfection (4). Pour lui l'unique but, en cette vie, est l'union parfaite avec Dieu par les vertus théologales : tout ce qui n'est point nécessaire à cette union seraient-ce des grâces d'ailleurs précieuses — est, dès lors qu'on s'y arrête, un obstacle; il faut y renoncer, les rejeter. autant qu'on peut, les dépasser, et ainsi rester dans le vide, dans la nudité d'esprit la plus absolue. C'est l'essence même de la doctrine de saint Jean de la Croix dans la Montée du Carmel et dans la Nuit obscure (5). Comment dès lors concilier cette doc­trine du vide, excluant tout l'accidentel, avec la recherche d'une contemplation mystique qui serait précisément de l'accidentel?

Cette mortification de tout désir, à l'exception de l'union divine, cc dépouillement de tout ce qui n'est pas Dieu, constitue pour l'âme la nuit obscure, qui est au centre de la doctrine du Saint, et s'il conduit l'âme par cette nuit à la contemplation mystique, obscure et générale (6), n'est-ce point que, selon lui, cette contemplation fait partie de l'union parfaite où tend le dépouillement des purifications et qu'il y a une connexion nécessaire entre l'amour parfait, fruit du dépouillement et des purifications, et la contemplation mystique où l'âme accède à travers la nuit obscure?

La chose est surtout claire dans le Cantique Spirituel, et nous voudrions le montrer. Notre raison fondamentale est la suivante, qui se résume en cet argument.

L'union transformante décrite en cet ouvrage est certainement•un état mystique très élevé : personne ne peut le nier. Or cet état est dans la voie normale de la sainteté, puisque le saint l'appelle l'union d'amour, l'état de perfection, l'union pleine avec Dieu, le plein et parfait amour (7). Donc l'état mystique même le plus élevé, dit moins en ce qu'il a d'essentiel, est dans la voie normale de la sainteté.

Il serait d'ailleurs difficile de comprendre que la perfection d'amour d'écrite par le Saint, au Cantique, se puisse atteindre sans le secours des grâces mystiques et de la contemplation in­fuse. Nous le verrons par l'analyse du Cantique.

Une autre considération s'ajoute aux précédentes. Si la connexion entre l'état d'amour parfait et l'état mystique des flançailles ou du mariage spirituel n'était qu'accidentelle, saint Jean de la Croix aurait commis à chaque pas une confusion incroyable en les unissant d'une façon constante, sans jamais nous averti que l'un peut exister sans l'autre. Il affirme, au contraire, explicitement que la perfection consommée ne s'obtient qu'en l'état des fiançailles et du mariage spirituel et qu'avant cet état l'amour est toujours imparfait. C'est ce que nous essaierons d'établir sur pièces (8).

Nous montrerons d'abord que l'union décrite dans le Cantique est l'état mystique le plus élevé ; par l'analyse du texte nous établirons ensuite que cette union est dans la ligne normale du développement de la charité parfaite, terme nécessaire de la sainteté.

L'UNION DÉCRITE AU « CANTIQUE » EST MYSTIQUE

Il nous est d'abord facile d'établir que l'union décrite au Cantique est l'union mystique la plus élevée.

— 1- Saint Jean appelle cette union fiançailles spirituelles en son degré inférieur (9), et, dans son degré supérieur, mariage spirituel (10). Or ces expressions sont communément appropriées à l'union mystique, celle du mariage à l'union la plus sublime, celle des fiançailles à l'union qui précède immédiatement le mariage spirituel. L'union à laquelle conduit saint Jean de la Croix est donc l'union mystique la plus élevée.

— 2. Saint Jean de la Croix appelle cette union : union transformante, transformation de l'âme en Dieu (11), et ces expressions, tout comme le mariage spirituel, désignent en propre l'union mystique la plus élevée.

— 3. Le Docteur mystique attribue aux fiançailles l'entrée dans la « science savoureuse » que Dieu enseigne à l'âme en cette union et cette science est la « théologie mystique, ou science cachée de Dieu que les spirituels nomment contemplation (12) ».

ll s'agit évidemment de la contemplation mystique. C'est Dieu qui « confère à l'âme cette science et connaissance dans l'amour par lequel lui-mime se communique à l'âme (13) ». En cette union lumineuse Dieu transforme l'âme, « la fait complètement sienne et la délivre de tout ce qu'elle avait d'étranger à Dieu (14) », ce qui ne peut se faire sans les grâces mystiques.

Au degré supérieur de l'union nous trouvons plus clairement décrite la contemplation infuse.

En cet état sublime du mariage spirituel, très facilement et fort souvent l'Époux découvre à l'âme ses merveilleux secrets et lui donne le sens de ses œuvres; le véritable et plein amour ne sait pas cacher quelque chose. L'Époux lui fait spécialement part des doux mystères de son Incarnation, du mode et procédé de la Rédemption des humains, l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de Dieu, l'un des plus savoureux àme. L'Époux fait tout ceci en cette strophe qui marque avec quel tendre amour il découvre intérieurement à de tels mystères (15).

L'état que décrit ici saint Jean de la Croix est un état d'amour lié à un état de contemplation infuse. La connexion tient à un besoin de l'amour : Le véritable et plein amour ne sait pas cacher quelque chose. » Cette connexion n'est pas accidentelle, ce besoin étant connaturel à la parfaite charité. La remarque est d'importance.

Le Docteur mystique affirme constamment que c'est Dieu seul qui agit et opère immédiatement dans l'âme en cet état, que l'âme y reçoit passivement la contemplation (16). Mais la passivité caractérise précisément la contemplation mystique.

5. Enfin saint Jean de la Croix parle des louches divines, de l'attouchement de la divinité, comme propres à cette union, comme ordinairement produits en cet état (17). Or ce sont là, certainement. des grâces mystiques très élevées.

Il n'y a, semble-t-il, aucun doute : l'union décrite dans le Cantique spirituel est l'union mystique la mieux caractérisée et la plus élevée (18).

Or, celle union est dans la voie normale. Saint Jean de la Croix décrit constamment l'état où l'âme doit tendre : le mariage spirituel comme l'union pleine avec Dieu, comme l'union con­sommée, comme l'étal de l'amour parfait. Il affirme que la pleine perfection de l'amour ne s'obtient que dans le mariage spirituel (19).

Mais la pleine union à Dieu, la perfection consommée, l'amour parfait sont certainement dans la voie normale : c'est tout le but de notre vie (20). Il nous suffira donc de bien établir que, pour le Docteur mystique, fiançailles spirituelles, mariage spirituel ne sont que l'état du parfait amour pour conclure qu'il les situe dans la voie normale de la sainteté. Les textes vont nous en fournir une preuve abondante.

LA PERFECTION DE L'AMOUR DANS LES FIANÇAILLES SPIRITUELLES

Str.13. — Le vol de la contemplation mystique et l'état d'union d'amour

La strophe douzième de saint Jean de la Croix décrit le vol de l'âme en cet état d'amour ardent et de grands désirs qu'il a exposés aux premières strophes.

Dans la strophe treizième il continue :

A ce vol spirituel répond un haut étai d'union d'amour : Celui où Dieu habiluellement met l'âme quand elle s'est beaucoup exercée dans la vie spirituelle. Cet étal a pour nom les fiançailles spirituelles avec le Verbe, le Fils de Dieu (13, annotation 11) (21).

Nouss avons ici deux affirmations très importantes :
1° l'état des fiançailles spirituelles n'est rien d'autre que l'état d'union d'amour;
2° Dieu met habituellement l'âme dans cet état, quand elle s'est beaucoup exercée dans la vie spirituelle, ce qui revient à dire que cet état est normal.


Str. 15. — L'état des fiançailles spirituelles, état de l'amour parfait

Saint Jean décrit l'état des fiançailles spirituelles comme l'état de l'amour parfait et des vertus parfaites et héroïques : l'âme dit bien qu'elle est à présent unie au Bien-Aimé, puisqu'elle a les vertus solides avec une charité parfaite (Éclaircissement c). Elle nomme donc notre union d'amour un lit de fleurs (15, 1, d). Elle le dit aussi t'ait de fleurs parce que, dans cet état, les vertus de rame sont parfaites et en plein exercice eceuvres parfaites et héroïques, chose qui n'avait pas pu être avant qu'il y ait un lit de fleurs, fruit de l'union parfaite à Dieu (15, 1, e).

Les vertus parfaites et héroïques ne peuvent donc être avant l'union des fiançailles spirituelles; ces vertus sont le fruit de cette union.

Pareillement chacune des vertus (l'âme les possède maintenant en perfection) devient comme une caverne de lion (15, s, e).

Le lit de l'âme est enlacé de ces vertus, en ce sens qu'à présent elles se trouvent si bien jointes entre soi, si bien fortifiées l'une par l'autre, si bien fondues dans la même perfection consommée de l'âme, que non seulement le démon n'a plus par où pénétrer dans cette âme, mais elle-même se trouve en sùreté au point que rien au monde, soit en haut, soit en bas, ne saurait l'inquiéter, la molester ou l'émouvoir; libre de tout tracas des passions naturelles, exempte et affranchie du souci et du nombre de toutes les choses du temps, en sécurité elle jouit de ce qu'elle partage avec Dieu (15, 2, g , h).

Il est clair que pour saint Jean l'état des fiançailles spirituelles c'est l'étal de perfection consommée, à ses débuts.

Str. 17. — Le cellier secret et l'union du plus intime amour

Saint Jean de la Croix décrit ici l'état des fiançailles et du mariage spirituels comme l'union pleine avec Dieu et comme le suprême degré d'amour que l'âme puisse atteindre en cette vie.

L'âme expose en cette strophe la très grande grâce que Dieu lui fit en la faisant entrer au plus intime de son amour qui est l'union ou transformation d'amour en Dieu (17, b). Le cellier dont parle l'âme est le suprême degré du plus intime amour que l'âme puisse atteindre en cette vie, aussi le nomme-t-elle le cellier secret, entendons bien, le plus secret.

C'est qu'il en est d'autres moins secrets : tels sont les degrés d'amour par où on monte jusqu'au suprême : degrés ou celliers, nous pouvons dire quíil y en a sept.

L'âme les possédera tous dès qu'elle aura en perfection les sept dons du Saint-Esprit (17, b, c).

En lui le dernier et plus secret cellier est contractée l'union pleine arec Dieu, qu'on nomme le mariage spirituel et que l'âme vise ici (22) (17. I, f)-

Ainsi pour saint Jean de la Croix le mariage spirituel s'identifie avec l'union pleine avec Dieu. Les effets de. cette union sont ensuite décrits:

Jusqu'à ce que l'âme parvienne à l'état de perfection dont nous parlons, si spirituelle soit-elle, elle garde toujours quelque petit troupeau de désirs et de petits goûts on autres défauts bien à elle, soit naturels, soit spirituels, à la remorque (lesquels elle marche avec souci de les paître, c'est-à-dire de les suivre et de les satisfaire (17, 5, a ).

D'un tel troupeau certains ont plus, les autres ont moins; mais tous les spirituels le suivent jusqu'à ce qu'ils entrent pour boire dans le cellier secret et là s'en séparent complètement, parce qu'eux-mêmes, comme nous l'avons dit, sont devenus tout amour. Dans ce cellier ces troupeaux des imperfections de l'âme se consument avec lui, de hâte que le feu n'en met à détruire la rouille et les taches des métaux (17, 5, f ).

On le voit, selon saint Jean de la Croix, le plus haut degré d'amour et de perfection ne s'obtient que dans l'étal des fiançailles et du mariage spirituels, dans le « cellier secret s, et l'on ne saurait dire que le plus haut degré d'amour soit hors de la voie normale des saints.

Str. 18. — L'état des fiançailles spirituelles et l'élan total de l'âme vers Dieu

Dans cette strophe saint Jean décrit l'étal des fiançailles spirituelles comme l'état du parfait amour, où même les premiers mouvements de la volonté et les appétits sensibles sont ordonnés vers Dieu: C'est en vain que nous voudrions obtenir une telle perfection activement par nos propres efforts dans la voie purement ascétique. Et saint Jean d'ailleurs nous enseigne explicitement que c'est Dieu lui-même qui cause cette perfection dans l'âme par le moyen de la « théologie mystique », c'est-à-dire de la contemplation infuse.

La science savoureuse qu'il lui a apprise, dit-elle [l'âme' ici, est la théologie mystique, ou science cachée de Dieu que les spirituels nomment contemplation...

C'est Dieu qui cause en elle, comme effet de la dite union, la pureté et la perfection requises pour ce dessein; de fait, il la transforme en soi, la fait complètement sienne et la délivre de tout ce qu'elle avait d'étranger à Dieu (18, 3, c). L'âme, en l'état présent, n'a ni attaches en la volonté, ni lumières en l'intelligence, ni sollicitudes, ni vigueurs qui ne soient complètement orientées vers Dieu avec tous leurs désirs. L'âme est en quelque sorte divine ou déifiée, au point qu'elle n'a même plus quelque premier mouvement contre la volonté divine en tout ce qu'elle peut savoir (18, 5, a, b).

L'âme, en l'état présent, dans son intelligence, sa mémoire, sa volonté et ses appétits, dès les premiers mouvements se p )rte et s'incline habituellement vers Dieu, tant elle trouve actuellement en Dieu de secours, d'assurance et de parfaite appartenance au bien (t8, 5, c).

Il est évident que ce degré de perfection est supérieur aux efforts humains, il ne peut être atteint que dans la voie mystique. Il est d'autre part l'effet d'une « union par échange e qui est dans le développement normal de la charité.

Str. 19. — Les fiançailles spirituelles et l'activité d'amour

Saint Jean décrit ici l'étal des fiançailles spirituelles comme l'état de l'amour parfait, où toutes les puissances supérieures et inférieures « se trouvent consacrées, non plus aux choses qui l'intéressent, mais à celles que demande le service de l'Époux » 19 b).

Et même avec Dieu l'âme n'a plus qu'une manière ou sorte de relation, l'activité d'amour (19, e). J'ai consacré mon cime : dire qu'elle a consacré son âme, c'est révéler le don qu'elle a fait de soi à l'Aimé en cette union d'amour, où son âme s'est trouvée, avec toutes ses puissances (intelligence, volonté et mémoire), dédiée et engagée à son service, consacrant son intelligence à entendre pour le mettre en pratique ce qui importe davantage à sa cause, sa volonté à préférer tout ce qui fait plaisir à Dieu, à diriger en tout son affection vers Dieu; sa mémoire à chercher ce qui peut le servir et lui faire un plus grand plaisir.

Elle continue : et tout mon domaine n sa cause : par tout son domaine elle entend ici tout ce qui touche à la partie sensible de l'âme; cette partie sensible, l'âme dit ici qu'elle l'a consacrée à son service, tout comme la partie raisonnable et spirituelle (19, 1, a, d; 2, a).

Tout ceci, dit-elle, est consacré à sa cause : elle conduit le corps selon Dieu; elle guide et gouverne selon Dieu les sens intérieurs et extérieurs, elle ordonne vers lui leurs actions; les quatre passions, elle les a toutes réglées selon Dieu : elle ne se réjeunit que de Dieu, elle n'a d'espoir qu'en Dieu, elle ne craint que Dieu, elle ne s'afflige que pour Dieu. Pareillement tous ses souhaits et tous ses soucis n'ont en vue que Dieu seul (19, 2, d-e)•

Tout ce domaine est si bien consacré à Dieu que même sans l'atten­tion de l'âme toutes les parties nominées de ce domaine, dès leurs premiers mouvements, se disposent à agir selon Dieu et pour Dieu : l'intelligence, la volonté et la mémoire vont à lui sur-le-champ, les affections, les sens, les désirs, les vouloirs, l'espérance, la joie, et tout l'avoir de l'âme se tournent immédiatement vers Dieu (1g, 2, g).

Je n'ai plus de troupeau à paitre; autrement dit : je ne vais plus derrière mes goùts et rues désirs. Elle les a remis à Dieu, elle les lui a tous consacrés, l'âme ne les nourrit plus, elle ne les soigne plus pour elle-même (19, 3, a). Je n'ai plus d'autre tdche. L'âme remplit bien des tâches inutiles avant de parvenir à faire pareille donation ou remise de soi et de tout son domaine au Bien-Aimé; autant elle conservait d'habitus imparfaits, autant, pouvons-nous dire, elle avait de tâches à remplir (19. 4, a-b).

L'âme a toujours une tâche illégitime dont elle ne se défait jamais, tant qu'elle ne consacre pas pour tout de bon son domaine au service de Dieu de façon que, nous l'avons dit, toutes ses paroles, ses pensées et ses oeuvres soient à présent de Dieu (19, 4, d).

Aimer est désormais toute mon activité Elle veut dire : actuellement, à toutes les puissances et ressources du domaine de mon âme et de mon corps qu'auparavant j'employais tant soit peu à d'autres choses sans importance, j'impose de pratiquer i'activiit, d'amour; en d'autres termes : toutes les ressources de mon âme et de mon corps appartiennent à l'amour, toute démarche se fait par amour, toute souffrance se porte par amour (in, 5, e; 5, a).

Quand l'âme en vient à cet état, toute son activité spirituelle et sensible, qu'il s'agisse d'accomplir, qu'il s'agisse de souffrir de quelque façon que ce soit, lui apporte toujours plus d'amour et de repos en Dieu; l'exercice même de l'oraison et de prière à Dieu, qui auparavant demandait d'autres pensées et d'autres actes, est maintenant tout entier activité d'amour (19, 5, e), l'âme en cet état de fiançailles spirituelles jouit de l'habituelle union d'amour à Dieu, c'est-à-dire que sa volonté est d'une façon normale et persistante attachée par l'amour à Dieu (19, 5, h).

Il est impossible de concevoir une telle perfection d'amour, un tel don de soi s'étendant jusqu'aux premiers mouvements de, toutes les puissances, dans la voie purement ascétique. Selon saint Jean de la Croix, cette perfection ne s'obtient que dans l'état des fiançailles spirituelles comme effet des grâces mystiques accordées dans cet état (22).

:Ainsi de nouveau l'étal d'amour parfait s'identifie pour saint Jean de la Croix avec l'étal des fiançailles spirituelles.

Str. 20. — L'âme perdue au monde pour son Aimé

Cette strophe se rapporte aussi a.l'état des fiançailles spirituelles:

Étant toute à l'amour, c'est-à-dire pratiquant les vertus uniquement par amour de Dieu, j'ai résolu de perdre. . et j'ai gagné... elle s'est perdue soi-même en ne tenant nul compte de soi, mais uniquement du Bien-Aimé, se livrant à lui à merci sans aucun intérét, décidant (le se perdre soi-même en refusant de gagner quoi que ce soit pour soi; elle a perdu encore toute chose en n'estimant de toutes ses choses que celles qui louchent le Bien- Aimé (2o, 5, a ).

Ainsi fait le coeur qui est tout à l'amour de Dieu il ne veut ni gain ni récompense, mais seulement perdre de volonté tout et soi-méme pour Dieu, parce qu'il y voit un gain (2o, 5, e).

C'est encore la description de l'amour parfait, c'est la voie de la foi pure et de l'amour pur, comme le manifestent les paroles suivantes:

Quand une âme en la voie spirituelle en est venue à se perdre à tous les modes et procédés naturels dans ses relations avec Dieu, si bien que désormais elle ne le cherche plus dans des thèmes, ni dans des images, ni dans des émotions, ni dans toute autre voie de la créature el des sens, et quand elle a franchi tout ceci, tout mode et moyen personnel pour s'approcher et jouir de Dieu dans la foi et l'amour, alors on dit qu'elle s'est pour tout de bon gagnée à son Dieu, car pour tout de bon elle s'est perdue à tout ce qui n'est pas Dieu et à tout ce qui est en elle (20, 5, h).

1v. — LA PERFECTION DE L'AMOUR DANS LE MARIAGE SPIRITUEL
Str. 27. — Le mariage spirituel et l'union transformante

Dans cette strophe il est question du mariage spirituel, comme le déclare saint Jean lui-même. Tout d'abord il nous dit que la perfection de cet état ne s'obtient pas par nos propres efforts, mais par le souille du Saint-Esprit, c'est-à-dire n'appartient pas à la voie ascétique, mais à la voie mystique :

L'âme a encore imploré et obtenu le souffle de l'Esprit-Saint qui demeure le moyen et l'instrument indispensable de la perfection de cet état (27, b).

Ensuite saint Jean décrit le mariage spirituel comme l'état de l'amour parfait

C'est une transformation complète en l'Aimé : les deux partis s'y donnent totale possession l'un de l'autre par l'union d'amour consommée en la mesure possible sur la terre; l'âme en devient divine et Dieu par participation, autant que celle vie le permet (27, i, f). Par la consommation du mariage spirituel entre Dieu et l'âme, deux natures sont en un seul esprit et amour de Dieu (27, i, g). L'Épouse s'est introduite, c'est-à- dire s'est défaite de tout le temporel, de tout le naturel, de toutes les allaches, façons et manières spirituelles... dans la transformation de cette sublime étreinte... l'âme s'est transformée en son Dieu (27, 1, j). La transformation est pleine (27, 2, b). On peut lui appliquer ce que saint Paul dit aux Galates (2, 20) : Vivo aulem, iom non ego, vieil veto in me Christus (17, 2, k).

Ainsi le mariage spirituel est pour saint Jean de la Croix l'union de l'amour parfait. Mais l'amour parfait est dans la voie normale; tous sont appelés à l'amour parfait, c'est la fin dernière de notre vie sur la terre : Finis autern proecepti est caritas (I , 1, 5) (23).

Saint Jean de la Croix l'affirme d'ailleurs : « L'àme et Dieu dans toutes les oeuvres de l'âme n'ont qu'une ambition, qu'une fin : la consommation et plénitude de cet état » (27, 2, j). Si donc l'état du mariage spirituel est la fin de toutes les actions de l'âme comme de l'opération divine, il s'identifie nécessairement avec l'amour parfait, il ne saurait être en rapport purement accidentel avec lui — ce qui l'amène incontestablement le mariage spirituel — état éminemment mystique — dans la voienormale de la sainteté. L'analyse des strophes suivantes ne peut que renforcer cette conclusion.

Str. 29-30. — Le mariage spirituel et la mort achevée des passions

Dans cette strophe saint Jean décrit le mariage spiritual comme l'état d'amour parfait où Dieu met fin « à toutes les opérations et passions de l'âme qui jusque-là lui étaient une gêne au temps du goùt paisible et suave » (29, b).

Les trois puissances de l'âme (l'intelligence, la volonté et la mémoire) réalisent en cet état la perfection et le juste milieu de l'ceuvre, autant que cette vie le permet (29, e).

Tous ces actes qui n'ont pas la juste mesure, l'Époux les adjure encore de disparaître par les lyres agréables et le chant indiqué : les lyres accordent aux trois puissances de l'âme une si parfaite activité et par là les emploient si bien en ouvrage exact qu'il leur faut que, non seulement elles ne tombent dans aucun excès, mais encore ne dévient absolument en rien (29, 3, e).

C'est un nouveau degré d'amour qtii dépasse manifestement nos propres efforts et la voie purement ascétique; saint Jean de la Croix le dit d'ailleurs explicitement : « L'aimé adjure donc les quatre espèces de mouvements des passions de l'âme, il leur impose silence et les apaise (29, 5, p).

Str. 31. — Le calme parfait des puissances et des sens

Le mariage spirituel est représenté ici comme l'étal de perfection qui exclut même l'inperfection des premiers mouvements désordonnés des puissances et des sens (cf. str. i8, 19).

Et ne touchez pas à nos seuils, c'est-à-dire : ne touchez même pas, par des premiers mouvements, à la partie supérieure; les premiers mouvements de l'âme sont les portes et les seuils par où on entre dans l'âme, et quand on dépasse les premiers mouvements on entre, puisqu'on dépasse le seuil. S'il n'y a que des premiers mouvements, on ne fait que toucher le seuil ou frapper à la porte ; ceci arrive quand la raison est attaquée par la sensibilité en vue d'un acte désordonné (31, 5, a ).

Ainsi, en cet état, cette partie sensible, avec toutes ses puissances, ses énergies et ses faiblesses, s'est rendue à l'esprit : cela constitue dès maintenant une vie bienheureuse, semblable à celle de l'état d'innocence, quand toutes les ressources el capacités de la partie sensible de l'homme permettaient à l'homme de connaître et d'aimer Dieu (3 t, 5, e).

Str. 34. — La solitude de l'âme avec l'Époux

Dans cette strophe, saint Jean montre avec évidence que le mariage spirituel est un étal mystique et que l'amour parfait n'est pas obtenu dans la voie ascétique, mais c'est Dieu qui l'opère en l'âne dans la voie mystique : en cette strophe l'Époux déclare non seulement qu'il guide l'âme, « mais qu'il le fait lui-même tout seul, se donnant à elle sans autre intermédiaire »( 34, g ).

Tout seul son Bien-Aimé : il veut dire que non seulement il la guide au milieu de la solitude, mais lui-même, tout seul, est celui qui travaille en elle sans autre intermédiaire; l'union de l'âme à Dieu que crée le mariage spirituel a ceci de particulier : Dieu agit en l'âme et se livre à elle par soi seul sans le secours des anges ni des facultés naturelles, vu que les sens, soit extérieurs, soit intérieurs, l'ensemble des créatures et l'âme elle-même, sont ici peu propres à jouer un rôle dans la réception des grandes faveurs surnaturelles que Dieu accorde en cet état, et qui dépassent le savoir-faire et l'activité naturels aussi bien que les forces de l'âme.

Dieu tout seul l'accomplit dans niole : et la raison en est que, la trouvant seule, comme c'est dit, il ne veut pas lui donner d'autre compagnie pour la faire avancer : il ne veut la confier à nul autre qu'à soi. Aussi bien c'est normal : l'âme a déjà tout quitté, utilisé tous les moyens, tout dépassé pour monter à Dieu, il convient que Dieu mème la guide et la conduise à soi; l'àme, dans sa solitude de toutes choses, est mon­tée au-dessus de tout, dès lors rien ne peut plus l'aider ou lui servir à monter davantage, si ce n'est le Verbe Époux en personne (VI, 4, a ).

Saint Jean distingue ici admirablement la voie ascétique de la voie mystique. A la première appartient de préparer l'âme à l'opération divine par le dépouillement de tout le créé, mais la perfection consommée, c'est Dieu qui l'opère dans l'âme elle appartient à la voie mystique.

Str. 37. — La parfaite pureté el l'égalité d'amour

Saint Jean de la Croix nous enseigne ici pourquoi l'âme désire la contemplation mystique, désignée par les « cavernes de la pierre »: c'est que la contemplation mystique est le moyen pour obtenir l'amour parfait et la parfaite pureté. Ensuite il décrit la peilection et la pureté de l'état du mariage spirituel.

Si l'âme désirait pénétrer dans les cavernes de la strophe précédente, c'est qu'elle visait à obtenir, aussi parfaitement que le souffre l'état présent sur terre, ce qu'elle avait toujours souhaité, c'est-à-dire le plein et parfait amour qui se donne lors d'une si haute faveur, c'est qu'elle voulait encore obtenir parfaitement, dans l'ordre spirituel, la rectitude et la pureté de l'état de justice originelle (37, b).

Si la connexion entre l'amour parfait et la contemplation mystique désignée par les « cavernes de la pierre » était purement accidentelle, si l'amour parfait et la pureté parfaite pouvaient s'obtenir sans contemplation mystique, ce désir de l'âme serait imparfait, selon les principes de saint Jean de la Croix.

Il continue :

Elle dit donc deux choses en cette strophe : elle dit d'abord que là, c'est-à-dire moyennant cette transformation par les lumières, il lui montrerait ce que son âme souhaitait en toutes ses activités et intentions, qu'il lui montrerait à aimer son Epoux comme il s'aime, avec les corollaires que marque la strophe suivante; — elle dit aussi que là encore il lui donnerait la netteté et pureté accordée soit dans l'état originel soit au jour du bapléme, en la rendant complètement pure de toutes ses imperfections et ténèbres, aussi pure qu'elle était alors.

Là tu me montrerais ce que mon rime avait commue but : ce but de l'âme est l'égalité d'amour; sans cesse elle la désire naturellement et surnaturellement : l'aimant ne peut être content s'il ne sent pas qu'il aime autant qu'il est aimé (37, d-f ; 37, r, a).

Le désir d'égalité d'amour est donc essentiel à l'amour — il est dans la nature et dans la grâce d'amour. Le saint continue :

Or l'âme voit la vérité de l'amour sans mesure dont Dieu l'aime; elle ne veut pas l'aimer moins dignement ni moins parfaitement; d'où son désir de la transformation actuelle, l'âme ne pouvant obtenir pareille égalité et plénitude d'amour que de la seule transformation de toute sa volonté en celle de Dieu, car dans ce cas les deux volontés sont unies au point d'être unifiées, et l'amour est égal de part et d'autre.

La volonté de l'âme, changée en celle de Dieu, se trouve en tout faite volonté de Dieu, non pas qu'elle soit détruite comme volonté de l'âme, elle est seulement changée en volonté de Dieu.

L'âme aime Dieu avec la volonté de Dieu, qui est aussi sa volonté à elle : elle peut donc aimer Dieu autant que Dieu l'aime, puisqu'elle l'aime par la volonté de Dieu même, par le même amour dont Dieu l'aime, qui est le Saint-Esprit vraiment donné à l'âme, selon la doctrine de l'Apôtre ( Rom. , v, 3), en ce lieu : « Gratin Dei diffusa est in cornostris per Spiritain Scindant qui dalus est nobis », soit : « Dieu a versé toute sa grâce en nos coeurs par le Saint-Esprit, dont il nous a fait don » (37, 1, c-g).

Voilà comment ici l'âme aime Dieu autant que Dieu l'aime, puisque les deux n'ont qu'un amour à deux (37, 1, p).

Sans doute ceci ne peut se faire exactement sur terre; du moins dans L'ÉTAT DE PERFECTION, L'ÉTAT DE MARIAGE SPIRITUEL dont nous parlons, c'est possible en quelque façon (37, r, r).

De nouveau saint Jean identifie l'étal du mariage spirituel avec l'état de l'amour parfait, avec l'état de parfaite conformité avec la volonté de Dieu — c'est le but normal de toute notre vie sur la terre. — ll explique ensuite la pureté de cet état :

Ceci suppose évidemment que Dieu a donné à l'âme en ce même état de transformation une grande pureté, pareille à celle de la justice originelle ou à celle de l'innocence baptismale (24). L'âme ajoute donc ici que cette pureté va lui être accordée par l'Époux, comme fruit de cette transformation d'amour; elle dit aussitôt : Tu m'accorderais là même, Toi, ma vie, ce que Tu m'as accordé l'autre jour; dénommant l'autre jour soit l'élut de justice originelle dans lequel Dieu lui a donné en Adam la gràce et l'innocence, soit le jour du baptème, où l'âme reçut une pureté et une netteté complète.

L'âme déclare ici en ces vers qu'elle retrouvera ce don en cette union d'amour : c'est bien là ce qu'elle signifie dans le dernier vers, ce que Tu m'as accordé l'autre jour, puisque, nous l'avons dit, âme , dans son état de pcifertion°,-arrive a la ménte pureté et à la mérite netteté (37, r, u; 37,a-e).

- Saint Jean affirme donc ici que dans le mariage spirituel l'âme arrive à une pureté pareille à celle de la justice originelle ou de l'innocence baptismale. C'est important. De cette affirmation on peut tirer deux conclusions qui nous intéressent : t) que le mariage spirituel est normal: 2) qu'il est mystique.

Il est normal, car la pureté de la justice originelle ou de l'innocence baptismale, que l'aine reçoit dans le mariage spirituel, c'est l'exclusion de toute imperfection morale, et cette exclusion est le luit normal où tous peuvent et doivent tendre. Cet état est mystique, car dans l'ordre présent un état permanent pareil à celui d'innocence originelle ou baptismale sans imperfection morale, en pleine activité des facultés spirituelles, ne peut être atteint dans la voie purement ascétique par nos propres efforts, mais seulement dans là voie mystique par l'opération spéciale du Saint-Esprit, il faut pour cela la grâce de la contemplation infuse et l'activité des dons du Saint-Esprit, comme il résulte de tous les textes de saint Jean de la Croix. En cet état l'âme « à l'inté­rieur... éprouve une sorte de frnition, une douceur qui la fait déborder de louange (37, r, t). La pureté où elle arrive lui est « accordée par l'Époux comme fruit de cette transformation d'amour „(37, 3, a ). Les touches des grâces passives sont là évidentes, et ne sommes-nous pas aussi dans un accroissement normal du parfait amour ?

Str. 38. — La flamine de douce transformation

Le mariage spirituel est décrit dans cette strophe comme l'état de la plus sublime perfection et transformation en Dieu, saint Jean fonde sa doctrine sur les paroles de saint Paul (Gal.,
6) « Quoniam autem estis fui Dci, misit Deus Spiritum sui in corda castra, clamantem : Abba, Pater », sur les paroles de Notre-Seigneur (Joan., XVII, 24) : « Pater quos dedisti mihi vol° ut ubi sain ego et illi sint itiecuin, ut videant dardaient meam quant dedisli mitai », et sur les paroles de saint Pierre (If Petr., r, 4):

« Maxima et pretiosa nobis promissa donavit ut per haec efficiamini divinae consortes naturae. » Tout cela confirme admirablement notre thèse que pour saint Jean de la Croix le mariage spirituel est le plein et normal développement, l'épanouissement de la vie de la grâce, le but normal de la vie surnaturelle sur la terre.

Il enseigne aussi dans cette strophe que l'amour parfait s'obtient dans la voie mystique par la « spiration du souffle », c'est-à- dire par l'opération du Saint-Esprit, et qu'il est accompagné de a contemplation mystique, qui est non seulement le moyen (25), mais aussi l'effet de l'amour parfait (26).

L'Épouse, disions-nous, veut deus choses dans la strophe précédente d'abord ce que son âme avait comme but : puis ce que l'Époux lui avait accordé l'autre jour... De la première, c'est-à-dire de ce que son âme, suivant ses termes, avait connu, but, l'âme expose en la strophe présente les parties : c'est non seulement l'amour parfait... mais aussi... tout ce qui vient à l'âme par lui.

L'âme énumère donc cinq objets qui détaillent tout ce qu'elle avoue avoir ici en vue : c'est premièrement la spiration du souffle : l'amour dont nous avons parlé, le principal objet qu'elle a en vue,... c'est trièmement la pure et sublime contemplation (38, b-j).

La spiration du souffle : cette spiration du souille est une propriété du Saint Esprit, que l'âme demande ici pour aimer Dieu en toute perfection : elle l'appelle spiration du souffle parce qu'elle est un attouchement ou sentiment très délicat d'amour, ordinairement produit dans âme en cet état par la présence du Saint-Esprit (38, 81, a-b).

Ainsi, selon saint Jean de la Croix, pour aimer Dieu en toute perfection est nécessaire la spiration du souffle ou l'attouchement du Saint•Esprit, qui est certainement une gràçe mystique et qui est ordinairement produit dans le mariage spirituel (27) vient la quatrième demande : durant la nuit sereine; cette nuit dans laquelle l'âme désire voir ces choses est la contemplation La contemplation est obscure pour cela on l'appelle encore théologie mystique ce qui veut dire sagesse cachée ou secrète de Dieu; par elle, de paroles, sans l'aide ni le secours d'aucun sens spirituel ou corporel, comme dans le silence et le calme de la nuit, sans aucune attention enseigne au sensible et au naturel, Dieu, dans le plus profond secret, l'âme sans qu'elle sache comment.

Non seulement l'âme appelle nuit cette contemplation, mais elle la dit encore sereine; car si la nuit se dit sereine quand l'air est dégagé des nuages et des vapeurs qui rendent bien impossible la l 'a séréintell nité de la nuit, la nuit de cette contemplation est, pour l'oeil igence, pure et débarrassée de tous les nuages des formes, images, notions particulières apportées par les sens, elle est pareillement nette de toutes vapeurs d'attaches et de désirs. La contemplation est vraiment une nuit sereine pour le sens et l'intelligence naturelle, comme l'enseigne le philosophe quand il dit : Si le rayon du soleil est obscur et ténébreux pour l'oeil de la chauve-souris, les choses sublimes et les plus claires de Dieu sont obscures pour notre intellect (3S, /1, a-k).

Cette magnifique description de la contemplation mystique nous montre en toute évidence que le mariage spirituel est un état mystique. Mais cette contemplation mystique, suivant les termes de saint Jean de la Croix, est « ce qui vient à âme par l'amour parfait ». Elle n'est donc pas purement accidentelle, mais elle est l'effet propre, la propriété de l'amour parfait, comme elle était aussi, — nous l'avons vu, — le moyen, la disposition pour obtenir cet amour (cf. strophes r8 et 37). Mais si la contempla­tion mystique est la propriété de l'amour parfait et sa disposition nécessaire, elle est sûrement dans la voie normale, comme l'est l'amour parfait lui-même.

Str. 39. — Les dernières préparations de l'âme

Dans la dernière strophe, saint Jean die la Croix décrit la perfection des vertus dans le mariage spirituel et l'harmonie parfaite qui règne en cet état entre la partie inférieure et la partie supérieure de l'homme.

En cette dernière strophe l'âme veut faire connaître qu'elle se trouve prête à recevoir les faveurs dont cet état donne la jouissance et qu'elle a demandées à l'Époux, car si l'âme n'est pas prèle, ces faveurs ne se peuvent ni recevoir ni conserver chez elle. Elle représente donc à l'Aimé quatre dispositions ou préparations qui rendent possible ce qui précède, afin de le pousser plus encore à lui faire les faveurs énoncées : premièrement, son dore est détachée et dégagée de toutes choses; deuxièmement, le démon est vaincu et mis en fuite; troisièmement, les passions de l'âme sont subjuguées; quatrièmement, la partie sensible est réformée, purifiée, en pleine entente avec d'esprit; non seulement elle ne le trouble plus, mais elle ne fait qu'un avec lui pour partager ses biens (39, 13--b).

Nul n'en était témoin : autrement dit, mon âme est à présent si bien seule, dégagée et détachée de toutes les choses créées,. soit d'en haut, soit d'en bas, elle est entrée si loin dans le recueillement avec Toi que rien ne l'aperçoit ou pour lui plaire par sa douceur, ou pour lui déplaire et l'ennuyer par sa misère et sa bassesse (39, r, a).

Ce n'est pas tout :Aminadab ne se montrait pas davantage; dans le texte sacré, Aminadab symbolise le démon, adversaire de l'âme épouse. Sans trêve il la combattait et la troublait par les innombrables ressources de ses tentations et de ses embûches pour l'empêcher de pénétrer dans la forteresse ou la cachette du recueillement intérieur en compagnie du Rien-Aimé; maintenant qu'elle s'y trouve établie, l'dme est tellement comblée, tellement forte en vertus et victorieuse que le démon n'ose plus se montrer devant elle.

Aussi comme elle a la faveur d'un tel embrassement, comme elle n par ailleurs par la pratique des vertus complètement vaincu le démon au point de l'avoir mis en fuite par la vigueur de ses vertus, il ne paraît plus devant elle; elle a raison de dire : Aminadab ne se montrait pas davantage.

Les assiégeants se reposaient : par les assiégeants elle entend ici les passions et les désirs de Vitale; tant qu'ils ne sont pas vaincus et mis à mort, ils l'assiègent et l'assaillent de toutes parts, d'où le nom d'assiégeants. Mais eux aussi se tiennent à présent en repos.

Puisqu'il en est ainsi, que l'Époux ne laisse pas d'accorder et de faire à l'âme les faveurs qu'elle lui a demandées : les assiégeants ne peuvent plus mettre obstacle à la paix intérieure requise pour recevoir ces grâces, les posséder, les conserver.

Elle dit ceci, vu qu'il est nécessaire en cet état que les passions de l'âme soient apaisées, les tendances et affections mises à mort de sorte qu'elles ne puissent plus ni gêner ni combattre. Au contraire, tous ces assiégeants nommés, avec leurs actions, se règlent sur l'esprit intérieur et se rectieillent leur mesure pour jouir comme lui de ses délices (39, 3, a-f).

L'épouse dit qu'en cet état les cavaliers descendent à la vue des eaux spirituelles, car la partie sensible de l'âme est à présent si bien purifiée, et en quelque sorte spiritualisée, que ses puissances sensibles et ses forces naturelles se recueillent avec elle pour avoir à quelque degré une part et une jouissance des grandeurs spirituelles que Dieu communique à l'esprit (39, 5, c-d).

Saint Jean de la Croix nous montre ici encore une fois que le mariage spirituel est l'étal de perfection consommée, but normal de la vie présente qui cependant ne peut être atteint que dans la voie mystique, « dans la forteresse ou la cachette du recueillement intérieur en compagnie du Bien-Aimé ».

Très suggestive est la conclusion par laquelle saint Jean termine son oeuvre : « Daigne Notre-Seigneur Jésus-Christ, le très doux Époux, y introduire quiconque invoque son nom très saint, auquel appartient l'honneur et la gloire avec le Père et l'Es­prit-Saint dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il! » Le Docteur mystique souhaite en ces paroles la grâce d'être introduit dans le recueillement intérieur qu'il vient de décrire, c'est-à-dire dans l'étal du mariage spirituel,, et il le souhaite à « quiconque invoque le nom très saint de. Jésus-Christ », c'est-à-dire à tous les fidèles; or, ce n'est pas une grâce extraordinaire, hors de la voie normale, qu'on souhaite à tous les fidèles, surtout si celui qui, souhaite est saint Jean de la Croix !.

Ajoutons encore deux textes de la Montée du Carmel, où le saint Docteur enseigne explicitement que la contemplation obscure (qui est sans aucun doute la contemplation mystique) fait partie de l'union parfaite avec Dieu, et par conséquent est dans la voie normale, et que le renoncement absolu à l'égard de toutes les autres connaissances ne s'applique pas à cette contemplation,

appartenant elle-même à l'union d'amour, but normal de notre vie sur la terre. Voici ses paroles :

Dans la seconde catégorie, celle dé la connaissance obscure et générale, il n'y a pas de division, c'est la contemplation reçue dans la foi. Cette contemplation est le but nous devons conduire !'âme ; toutes les autres connaissances doivent y concourir, en commençant par les premières, et l'âme doit aller de progrès en progrès, en se dépouillant de tontes (28).

Et ailleurs :

Ces notions divines ignorent les particularités. Ne s'occupant que du principe suprême, elles ne distinguent rien de spécial... Ces hautes notions d'amour ne sont du reste accessibles qu'il l'âme en état d'union avec Dieu ; elle, sont celle union mente, car elles proviennent précisément de certaine louche de l'âme dans la divinite. Ainsi c'est Dieu même qui est senti et goûté... Pour tes autres perceptions, nous avons dit que l'âme doit s'en abstraire, mais ce devoir cesse devant celles-ci, puisqu'elles sont des manifestations de celle union à laquelle nous nuis efforçons de conduire l'dme. Tout ce que nous avons enseigné précédemment au sujet du dépouillement, du détachement complet, a celle union pour but (29).

Bien de plus clair et de plus explicite.

De tous les textes que nous avons rapportés (et on pourrait les multiplier encore) il semble résulter que, pour saint Jean de la Croix, l'étal des fiançailles et du mariage spirituels s'identifie avec l'état de l'amour parfait, — il est donc dans la voie normale, c'est le but normal de notre vie sur terre (30).

En conclusion et pour mettre toutes choses au point, il faut, semble-t-il, éviter deux confusions :

(1) Il ne faut pas confondre ce qui est essentiel à la contemplation mystique et ce qui est accidentel, accessoire dans cette contemplation. L'essence de la contemplation mystique c'est la contemplation infuse obscure et générale dont parle saint Jean de la Croix dans la Montée du Carmel (31), dans le Cantique spirituel(32). Cette contemplation est produite par les dons du Saint-Esprit, par les dons de sagesse et d'intelligence. Les autres connaissances surnaturelles particulières et distinctes, comme les visions, révélations, paroles, etc., de même que les extases et les autres phénomènes extérieurs, ne sont que chose accidentelle par rap­port à la contemplation mystique proprement dite, ce sont plu­tôt des graliae gratis datae (33) que l'âme ne doit point désirer.

(2) Il ne faut pas confondre la sainteté avec le salut de l'âme. On n'affirme paseque la contemplation mystique en cette vie soit nécessaire pour le salut de l'âme. Mais il s'agit de savoir si elle n'est pas nécessaire pour la sainteté. Par sainteté nous entendons une très grande perfection de l'amour de Dieu et du prochain, perfection qui reste cependant toujours dans la voie normale, car le précepte de l'amour n'a pas de limites (S. Th.,IPe, q. 184, a . 3).

Pour préciser davantage, nous dirons-que la sainteté dont il est ici question est le prélude normal immédiat de la vie du ciel, prélude qui est réalisé, soit sur terre, soit au purgatoire, et qui suppose que l'âme est pleinement purifiée, capable de rece­voir aussitdt la vision béatifique. Quand nous disons enfin que, selon saint Jean de la Croix, la contemplation infuse est nécessaire à la sainteté, nous voulons parler d'une nécessité morale, c'est-à-dire que dans la majorité des cas on n'atteindra pas sans elle la sainteté. Et même nous ajoutons que sans elle on n'aura pas de fait la pleine perfection de la vie chrétienne, qui coma porte l'exercice éminent des vertus théologales et des dons du Saint-Esprit qui les accompagnent.

NOTE

A ce très remarquable article du P. Alexandre flonvado n vski, écrit en i936, nous ajouterons une simple remarque : le P. Gabriel de Sainte-Madeleine• C. D., s'est beaucoup rapproché depuis lors de cette position. En effet, dans l'Angelicum, janvier 1937, pp. 2 38-28o (Les sommets de la vie d'amour); après avoir décrit l'union transformante, et cité l'appel émouvant de saint Jean de la Croix aux âmes négligentes, créées pourtant

pour de telles grandeurs (Cantico A, str. 38, n. 5), il a écrit : « Cet appel, adressé par le saint aux âmes en général, nous montre qu'il ne peut regarder comme « extraordinaires » les sublimités qu'il vient de nous décrire. On n'invite pas tout le monde à des grâces qui sont des privilèges. L'objet de la prière sacerdotale du Christ, faite pour « tous ceux qui doivent croire en Lui », ne peut, à son tour, être un bien « réservé »; et ce qui constitue l'éclosion du germe de vie surnaturelle qu'est en nous la grâce sanctifiante, doit être préparé pour tous ceux qui sont dotés de celle-ci. » De même au sujet du désir de l'égalité d'amour, il écrit, ibid. : « 11 y a donc, dans notre charité pour Dieu une aspiration connaturelle à l'amour mystique; celui-ci n'est donc nullement « extraordinaire » pour l'âme dote de la vertu de charité, mais il l'amène à sa perfection ultime et intégrale. » — Enfin la contemplation infuse, sans laquelle cet amour mystique n'existe pas, n'est pas non plus extraordinaire, comme le reconnaît le P. Gabriel, ibidem, p. 28o : « Pour saint Jean de la Croix, « l'illumination » de la foi est l'ceuvre des dons du Saint-Esprit. Il a d'ailleurs fortement affirmé « que la foi conduit l'âme à l'union » ( Montée , Il , per totum). Il ne pourrait soutenir pareille thèse s'il fallait ajouter à la foi d'autres principes « extraordinaires ». Nous pouvons donc conclure, dit en terminant le P. Gabriel, que la lumière nécessaire pour la transformation d'amour n'appartient pas, elle non plus, à l'ordre des privilèges réservés, mais est une lumière « connaturelle » : la lumière de la foi accompagnée de celle des dons.

Foi et dons sont des éléments de notre « organisme » surnaturel... Hélas! l'âme recule souvent devant l'indispensable souffrance qui devrait préparer l'union. Ne l'oublions pas, « pour pénétrer dans les profondeurs de l'amour, il faut pénétrer clans les profondeurs de la Croix » (Cantico A, str. 35) (34).

C'est en propres termes ce que le P. Arintero, O. P., a sou­tenu depuis 1908 dans La évolucion mislica. pages 460-486 ( Sala­manca ), et que nous n'avons cessé d'enseigner depuis la première édition de Perfection chrétienne et contemplation, 1923, où nous disions, pages 318 ss. : « Ce qui constitue le fond de cet état tout, à fait éminent, appelé union transformante, n'est nullement miraculeux; page 321 : «A cette haute perfection, à cette union transformante, prélude normal de la vie du ciel, toutes les âmes justes soin appelées, au moins d'un appel général et éloigné; et si elles étaient fidèles à cet appel, humbles et généreuses, elles en entendraient un autre, individuel, plus prochain et plus pressant, comme le dit sainte Thérèse, Chemin,
ch. xvItt, xix, xx, xxr, et dans l'Épilogue du Cluileau inférieur. »
• *

C'est à la même conclusion que parviennent plus ou moins explicitement divers auteurs qui ont traité de l'union très intime avec Marie dans la voie unitive, selon les principes énoncés par le Bienheureux Grignion de Montfort (35). Le P. E. Neubert , marianiste a réuni plusieurs témoignages très significatifs sur ce point (36). li faut aussi citer, à ce sujet, L'Union mystique à Marie, écrit par une recluse flamande qui l'a personnellement expérimentée, Marie de Sainte-Thérèse (16a3­'677) (37).

Vers l'union intime presque toujours actuelle.
Le prix de la vie cachée

La vie d'union nous parait exprimée avec simplicité et profondeur en cette lettre d'un religieux contemplatif jeune encore, qui est, croyons-nous, pleinement dans sa vocation, malgré les impuissances dont il parle..

La paix augmente avec la joie, quoique tout le sensible disparaisse de plus en plus, et la pauvre âme est comme perdue parfois dans les ténèbres, ne possédant rien et ne sachant rien acquérir de ses propres forces. La vie devient si simple. Un seul désir gouverne tout : arriver à l'Amour, pour le remercier de son Amour incompréhensible et sauver des âmes. Je désire de plus en plus l'infinité du bon Dieu, et la vue claire de mon propre néant est continuellement devant mes yeux. Cependant, si j'en suis très humilié, je ne m'en décourage pas. Je tâche de vivre simplement comme à Nazareth , faisant de chaque acte, même du plus banal, un acte d'amour parfait. Car n'est-ce pas avec la volonté qu'on aime! Qu'importe alors si l'on est vraiment un misérable rien; la seule volonté, forte et constante, de faire plaisir à Jésus et à ma Mère du ciel par chaque acte, n'est-ce pas de l'amour, qui devient plus parfait d'après l'intensité du vouloir? Je lui dis chaque matin et lui répète constamment pendant mon travail ou dans la récitation de l'Office divin : Jésus bien-aimé, je veux que chaque pensée, chaque parole, chaque petite action soit un acte d'amour parfait, et à chacun j'unis les mérites infinis du Calvaire, les mérites immenses de ma Mère et de tous les anges et de tous les saints.

Cette intention devient de plus en plus actuelle et revient constamment sur nies lèvres.

« Tout (mon incapacité à comprendre son Amour sans bornes, mon désir actuel d'amour, rna prière pour mes amis, pour les âmes) tout se résume de plus en plus en ce seul mot : Jésus. Toujours je pense à Lui, mais je ne le possède pas assez.

« Si je me trompe en ce que je viens de dire, mon Père, corrigez-moi. Oh! oui, je me vois bien misérable. Toutes les fautes et tous les égoïsmes de ma vie passée sont constamment devant mes yeux. Je sais que j'ai été très ingrat.Mais c'est précisément pour cela que je ne veux plus perdre une minute qui ne soit un acte d'amour. Je voudrais que mon amour soit aussi pur que possible, afin que ma pauvre vie soit utile à l'Église, aux âmes. Dans votre lettre, vous m'avez dit que je ne perds pas ma vie; quelle joie!

« D'un autre côté, je me vois si terriblement pauvre. Le monde ne sait rien m'offrit. Tout y est vanité. Je le vois. Le surnaturel, le divin, que seul je cherche, qui seul peut m'aider vers l'union avec Jésus, je ne le possède pas; du moins je ne sens pas que je le possède.

« Mes facultés ne semblent plus m'appartenir; mes pensées ne viennent pas à volonté. La pensée de Jésus, oui; mais pas d'autres; je suis convaincu que je ne pourrai jamais avancer si l'aide ne vient d'enhaut. Viendra-t-elle? Quand? Je veux être patient, tranquille. Que sa sainte Volonté se fasse et que je n'y mette pas d'obstacle !

« Vous savez que dans les dernières années, j'ai dù admettre, avec mes supérieurs et avec tout le monde, que je n'étais bon à rien, que je ne savais plus prêcher ni enseigner. Ma mémoire ne conserve rien (38). Grâce à Dieu, l'opinion des hommes ne m'occupe plus. Je travaille pour Jésus. Depuis mon arrivée ici, je prends mon tour avec les autres pour les sermons. D'ailleurs il n'y a pas de grands prédicateurs ici, et les gens sont simples. Aussi, je prêche parfois chez nos Soeurs carmélites. Tout le monde se dit content, mais ce sont plutôt des causeries. Tout y est très simple et le langage pas élégant. Je n'ai rien par coeur; mais j'apporte quelques grandes pensées sur un bout de papier et tâche de parler de celles-là. Ah ! je sais que la grâce seule peut changer les coeurs, et voilà pourquoi je veux m'unir de plus en plus à mon Ami divin. Une dernière raison pourquoi je veux que ma pauvre vie soit aussi sainte que possible : le bien de la Province...

« La conviction qu'il n'y a qu'une seule chose à faire : me rendre de plus en plus semblable aux grands amis de Jésus, afin de faire du bien dans l'Église et sauver des âmes, grandit toujours. Aussi mon saint Ordre exige de moi la perfection être « bon religieux » ne suffit pas. il faudrait être intimement uni au bon Dieu. Mais voilà précisément ce qui constitue un tourment continuel. La pensée de l'Amour sans bornes de Jésus pour nous est constamment présente à ma pensée, que puis-je faire en retour pour lui plaire, sauver des âmes? C'est la première pensée du matin, elle revient constamment toute la journée, et c'est la dernière pensée du soir. »

RÉFÉRENCES
— (1) Nous prenons le mot ascétique dans son sens ordinaire, pour caractériser les actes qui peuvent être produits par notre activité personnelle aidée de la grâce commune. Dans ces actes l'âme est plutôt active que passive. Nous employons au contraire le terme mystique pour caractériser les actes qui ne peuvent pas être produits par notre activité personnelle aidée de la grâce commune, mais exigent une inspiration et illumination spéciale du Saint-Esprit. Dans ces actes l'âme est plutôt passive qu'active : « patiens dictera », comme dit saint Thomas après Denys. Tels sont les actes de la contemplation infuse. Cette termino­ogie est conforme à l'usage commun et propre aux auteurs classiques.
—  (2) Voir le R. P. Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine : La Mistica Teresiana, Vita Cristiana, San Domenico di Fiesole, Firenze , 1934. Le P. Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine se rapproche pourtant beaucoup de notre manière de voir, dans un livre plus récent : S. Giovani della Croce, Dollore dell' Amo•e divino, Éd. di Vita Cristiana, Firenze , 1936. Voir aussi la note ajoutée à la fin de cet appendice.
—  ( 3) Nous croyons qu'il n'y a pas de divergence essentielle sur ce point entre la doctrine de sainte Thérèse et celle de saint Jean de la Croix, et cette opinion ne nous semble pas non plus conforme à l'enseignement de la grande mystique. La thèse que la doctrine de sainte Thérèse sur le caractère normal de la vie mystique ne diffère pas essentiellement de celle de saint Jean de la Croix est soutenue et solidement prouvée par Arintero, Garate, Garrigou-Lagrange, Lamballe, Saudreau et d'autres. Voir les travaux de ces auteurs.
—  (4) Cf. Montée, t. Il, ch. xx, xxii, 'syli, trad. Iloornaert. Pour le Cantique spirituel, nous citons la traduction Chevallier, avec sa numérotation propre. Pour les autres oeuvres, la traduction Roornaert.
— ( 5 ) Cf. Montée, t. t, t. Il, ch.
— ( 6 ) Cf. Montée, I. Il, ch. lx; Cantique, st. 38.
— ( 7 ) Str. 15, 17, 18, 19, 20, 27, 29, 31. 34, 37, 38, 39.
— ( 8) Notre démonstration, on le voit, est complètement indépendante de la question vivement débattue des frontières de l'ascèse et de la mystique. Notre preuve fait abstraction de cette controverse. Nous pre­nons comme point de départ les états des fiançailles et du mariage spirituel : ce ne sont pas des états de transition, ils sont incontestablement au sommet de la mystique.
— ( 9 ) Cf sir. 13, 18, 19, 27.
— ( 10 ) Cf. str. 17, 27, 28, 29, 34, 36, 37.
— ( 11 ) CL sir. 17, 27, 29, 36, 37, 38.
— ( 12 ) Cantique, str. i8,`2, a.
— (13) Mid., 18, a , b.
— (14) ibid., 18, 3, c.
— (15) Str 28, b
— (16) Cf str. 13, 34, 38,
— (17) (S) Cf. sir 13, 16, 32, 38.
— (18) En décrivant, d'ailleurs, avec saint Jean de la Croix, les fiançailles , les et le mariage spirituel comme des formes de la charité parfaite, nous aurons ù nouveau l'occasiqn d'accuser le caractère mystique de ces états.
— (19) Ce que nous disons du mariage spirituel se rapporte aussi, proportion gardée, aux fiançailles spirituelles qui le précèdent.
— (20) Cf. saint Thomas . Il' Il", q. 184, a . 1 et 3.
— (21 ) Dans ces citations du Canaque, le premier chiffre indique la strophe, le chiffre Suivant les n" des $î de la traduction Chevallier.
— (22) C'est l'amour qui fait pénétrer en chaque cellier et l'on y avance selon le degré d'amour : « Remarquons, dit saint Jean de la Croix, que beaucoup réussissent à entrer dans les premiers celliers, plus ou moins loin suivant la perfection d'amour propre à chaque âme, tandis que le dernier et plus secret cellier s'ouvre à peu de mortels » (17, n f). Mais c'est que peu d'âmes parviennent ici-bas à la dernière perfection de l'amour possible en ce monde. Ce n'est pas cependant que tous nous n'y soyons appelés, puisque la perfection de la charité est le but même de tonte notre vie.
— (22) Cf. str, 15, 17, 18, 27, 34
— (23) Cf. saint Thomas , IP q. 184, a . i ; in, a. 3. Pie XI, Encyclique Rerum omnium perturbationent, 26 janvier 1923, et Encyclique S tu­diorunt ducern, 29 juin 1923.
— (24) Cf. str. 3r.
— (25) Cf. str. 18, 37.
— (26) Cf. saint Thomas , S. theol., 11' 11", q. 18o, a. 1.
— (27) Cf. str. 27.
— (28) Montée, I. Il, ch. lx, trad. Hoornaert.
— (29) Montée, I. II, ch. xxiv.
— (30) Cette doctrine de saint Jean de la Croix sur le caractère normal de la mystique semble être aussi celle de saint Augustin, de saint Grégoire le (;rand, de sain/ Bernard, de saint Albert le Grand, de saint Bonaventure et de saint Thomas d'Aquin.
— (31) L. IL ch. ix et xxiv.
— (32) Str. 38.
— (33) Cf. saint Thomas , S. théol., Il' IP q.111, a. 14 et 5.

— (34) Nous sommes heureux de voir que le P. Gabriel de Sainte-Made­leine est aussi parfaitement d'accord avec nous en refusant d'admettre, comme le demandait le P. Crisogono, pour les,dons du Saint-Esprit (‘ modes .spécifiquement distincts », l'un ordinaire, l'autre extraordinaire. Cf. Eludes Carmlitaines, oct. ,934 : Le double mode des dons du Saint-Esprit, pp. 215-232; et ici supra, t. I, pp.104-113
— (35) Traité di: le vraie dévotion A la Sainte Vierge, ch. v. art. 5 : chemin aisé, court, parfait, assuré; ch. v1, art. 1, comme Marie forme les Prédestinés; art. 2, 9S3, 4. 5, elle les conduit, les défend, intercède pour eux; ch. vit. art. 3, grâce du pur amour ; art. 5, commmunica­Lion de l'âme et de l'esprit de Marie; art. 6, transformation des âmes en Marie à l'image de Jésus-Christ.
— (36) Cf. La Vie Spirituelle, janvier 1937: L'union mystique A la Sainte Vierge, pi). 15-29.
—(37) Les Cahiers de la Vierge du mois de mai 1936 ont publié sous le titre L'Union mystique à Marie, par MARIE de Sainte Thérèse le texte traduit du flamand par t. Van den Ilossche. (Introduction à la vie mariale. — La vie mariale. — Le terme de la vie mariale.) Cf. p. 55 : Dans celte vie l'âme est transformée en Marie par lusion d'amour 6, item, pp. 62-68 ss.
— (38) Elle semble ne rien conserver, mais elle assimile et transforme les aliments dont elle se nourrit pour se rappeler constamment les choses de l'éternité; celui qui a écrit la lettre a l'impression que sa mémoire oublie tout; en réalité, elle retient de tout le principal, le rapport à l'éternité; elle n'est plus immergée dans le temps, elle le domine


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