Tome II-Partie 3-Chapitre 15
La grandeur de l'Obéissance
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Le plus élevé des trois conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance est le dernier, tout comme l'orgueil de la vie est un désordre en soi plus grave que la concupiscence de la chair et celle des yeux. L'orgueil, qui fut le péché de l'ange rebelle et celui du premier homme, est le principe de toutes les déviations, parce qu'il nous détourne de Dieu pour mettre en nous notre confiance. En ce sens, c'est un péché plus grave que d'autres fautes plus honteuses, qui nous inclinent vers des choses viles, mais qui nous détournent moins directement de Dieu (1). L'orgueil froid et dur, qui porte à refuser d'adhérer à la parole de Dieu ou de lui obéir, est un péché plus grave que l'attachement déréglé aux plaisirs des sens ou aux biens terrestres. C'est pourquoi Jésus, s'adressant aux pharisiens égarés par leur orgueil, leur dit : « Je vous le dis, en vérité, les publicains et les courtisanes vous devancent dans le royaume de Dieu. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui; mais les publicains et les courtisanes ont cru en lui, et vous, qui avez vu cela, vous ne 'ous ètes pas encore repentis pour croire en lui » (Matth.,
On sait ces choses théoriquement, mais pratiquement on les oublie. On pense plus facilement aux désordres manifestes qui proviennent de la concupiscence de la chair ou de celle des yeux, et l'on ne recommit pas assez que la grande faute est celle de celui qui a dit : non serviam, je n'obéirai pas. C'est la faute principale du monde qui s'appelle ft moderne n, en prétendant se séparer de l'É,glise : il veut bien encore réprimer les grossiers instincts, lutter contre l'avarice, travailler à l'amélioration du sort de la classe ouvrière, mais d entend faire cela par lui- mème, sans le secours de Dieu, de Notre-Seigneur et de l'Église; trop souvent il ne veut obéir qu'a sa propre raison, a son jugement propre, à sa volonté propre, et ce rationalisme le conduit à désobéir à la raison plutôt que d'obéir à Dieu. Elle le conduit, comme l'enfant prodigue, aux servitudes déshonorantes, avilissantes, parfois à une vraie tyrannie, celle des passions populaires révoltées et celle des lois injustes, criminelles, votées contre les protestations de la conscience, dans l'intérét du parti au pouvoir.
L'obéissance aux commandements de Dieu et de l'Église délivrerait de ces servitudes qui oppriment les meilleurs et qui conduisent la société au désarroi, à la confusion et à la ruine.
Un pareil mal ne peut se guérir que par une sainte réaction dans la voie de l'obéissance chrétienne, humble et profonde. Or la grandeur de l'obéissance, même en des milieux relativement bons, est trop souvent méconnue (2). Pour mieux voir la valeur de cette vertu, considérons d'abord de quelle servitude elle nous délivre et quels sont ses fruits spirituels par rapport à l'union à Dieu.
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De quelle servitude l'obéissance délivre-t-elle?
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Elle nous délivre de deux esclavages : celui de la volonté propre et celui du jugement propre.
L'obéissance à Dieu, à ses représentants spirituels et temporels, assure en effet quotidiennement la conformité de notre volonté avec la volonté divine (3).
Elle nous délivre ainsi de la volonté propre, c'est-à-dire de la volonté qui n'est pas conforme à celle de Dieu, de la volonté qui, par orgueil, s'égare en agissant contre le courant de la gràce et en refusant d'agir dans le vrai sens
La volonté propre ainsi définie est la source de tout péché. C'est ce qui fait dire à saint Bernard : « Otez la volonté propre, et il n'y aura plus d'enfer. » Elle est particulièrement dangereuse parce qu'elle peut tout corrompre. Même ce qu'il y a de meilleur en soi devient miuvais quand elle s'y mêle, car elle se prend pour fin au lieu de se subordonner à Dieu. Si le Seigneur voit qu'elle inspire un jeûne, une pénitence, un sacrifice, il les rejette comme une oeuvre pharisaïque accomplie par orgueil pour se faire valoir. Et sans aller jusque-là, il faut avouer que nous tenons beaucoup à notre volonté. Nous tenons parfois à notre manière de faire le bien plus qu'au bien lui-même. Nous voulons qu'il soit fait, mais par nous, à notre façon. Lorsque cet égoïsme devient collectif, il peut s'appeler esprit de corps, altération de l'esprit de famille; il est la source de tant de malaises, de partialités, de dénigrements! Il arrive parfois que tel ou tel groupe veut promouvoir lui-même une bonne oeuvre, ou il l'empêche de se développer. C'est comme si l'on voulait étouffer un enfant qui semblerait de trop, alors qu'il sera peut-être l'honneur de la famille. Cela, évidemment, ne peut que déplaire au Seigneur.
En religion, le voeu d'obéissance assure la mortification de cette dangereuse volonté propre qui détourne du salut. Pour cela, il faut qu'il soit pratiqué avec esprit de foi, en voyant dans l'ordre transmis par les supérieurs, malgré leurs imperfections ou défauts, un ordre donné par Dieu, de qui vient tout pouvoir. Cette obéissance religieuse doit être prompte, universelle, c'est-à-dire qu'elle doit s'étendre aux petites choses comme aux grandes, et qu'il faut obéir à tous les supérieurs légitimes, qu'ils soient très aimables ou non, particulièrement prudents ou moins éclairés, saints ou moins parfaits, parce que c'est toujours Dieu qui parle, tant que l'ordre donné n'est pas contraire à une loi supérieure et n'excède pas les limites des constitutions qu'on a promis d'observer. Cette obéissance est une délivrance, car elle assure de jour en jour la conformité de notre volonté avec celle de Dieu, et par là même elle fortifie beaucoup la volonté en la rectifiant.
L'obéissance nous délivre aussi de la servitude du jugement propre, c'est-à-dire du jugement trop subjectif, pas assez fondé en vérité, pas conforme au jugement de Dieu. Ce jugement propre est la source de la singularité dans la conduite et de l'entêtement qui ne mène à rien, qui met des entraves au bien que veulent faire les autres. C'est un jugement précipité, qui provient de nos préjugés, de nos mauvaises dispositions, de notre amour-propre, île notre orgueil, et, parfois, c'est l'ennemi de notre âme qui nous le suggère ou qui le confirme lorsque nous l'avons déjà formé nous-mêmes. Saint Thomas dit souvent, après Aristote : « Qualis unusquisque est, lotis finis vidèl.ur ei conveniens. Suivant que nous somes bien ou mal disposés en notre volonté et notre sensibilité, telle fin nous paraît bonne ou mauvaise. » L'orgueilleux juge que ce qui flatte son orgueil est excellent, tandis que l'humble juge que l'humiliation lui est bonne.
Le jugement propre porte souvent au jugement téméraire qui est un manque à la justice et à la charité. Il y a là une servitude, un esclavage; nous sommes esclaves de nos préjugés égoïstes, et ils nous conduisent en sens inverse du salut et de l'union à Dieu.
L'obéissance nous délivre de cet esclavage en assurant la conformité de notre jugement pratique à celui du représentant de Dieu, qui a droit de nous donner un ordre en son nom (4). Il se peut que ce représentant de Dieu se trompe sur tel ou tel point, il n'est pas infaillible comme le pape parlant ex cathedra, mais tant que l'ordre donné n'est pas manifestement contraire à une loi supérieure et n'excède pas les pouvoirs de celui qui commande, nous sommes tenus d'obéir et ne nous trompons pas pratiquement en obéissant. Il se peut quelquefois que le messager de la Providence soit boiteux, mais c'est e ncore un messager de Dieu ; il nous porte une lettre ou un ordre qui est d'origine divine.
La pratique effective du conseil d'obéissance se trouve surtout dans la vie religieuse, c'est un chemin beaucoup plus sûr pour arriver plus vite à la perfection, par la conformité progressive à la volonté de Dieu jusque dans le fond de notre volonté à nous et les détails de la vie quotidienne.
Mais au moins faut-il avoir l'esprit de conseil pour arriver de fait à la perfection chrétienne, c'est-à-dire l'esprit de détachement à l'égard de notre propre volonté. à laquelle nous tenons beaucoup. Comme l'enfant doit obéir à son père, à sa mère, aux maîtres qui le forment, tout chrétien doit obéir à tous ceux qui sont pour lui les représentants spirituels ou temporels de Dieu. Il y a l'obéissance de la femme à son mari, celle du soldat à ses chefs, celle du serviteur à ,son maître, celle de tout subordonné à ses supérieurs, celle de tout chrétien à l'Église et aux autorités constituées dans l'Église. Si cette obéissance est pratiquée, non pas seulement de façon extérieure, mécanique, servile, mais en esprit de foi, elle forme grandement la volonté, l'assouplit et la fortifie en la. subordonnant chaque jour un peu mieux à la volonté de Dieu, du Dieu vivant qui nous vivifie. IL est bon de se rappeler souvent que « tout pouvoir vient de Dieu » ( Rom. , mil, 1), qu'on ne saurait obéir à un égal, niais seulement à un supérieur, et que, en fin de compte, c'est obéir à Dieu.
On comprend alors qu'il faut savoir obéir aussi aux événements, en tant qu'ils sont des signes de la volonté divine. La théologie enseigne que la volonté divine nous est manifestée non seulement par les préceptes et les conseils, mais encore par les événements voulus ou au moins permis par Dieu (5). Rien, en effet, n'arrive que Dieu ne l'ait voulu (si c'est un bien), ou permis (si c'est un mal). Notre obéissance, pour être parfaite, doit tenir compte de ces signes de la volonté de Dieu. Tel succès légitime à un examen nous donne une situation qui nous rend possible l'accomplissement d'un bien plus étendu; n'allons pas compromettre ce bien par des imprudences ou quelque lâcheté. Au contraire, nous sommes humiliés par un échec, ou par une maladie, qui nous montre parfois que la voie où nous nous engageons n'est pas celle que Dieu veut pour nous.
Il y a des événements particulièrement significatifs qui, au point de vue temporel, changent la situation d'une famille ou l'organisation de la société. Il faut savoir en tirer le meilleur profit spirituel et ne pas vouloir à tout prix revenir à un ordre de choses qui a été utile autrefois et qui, probablement, n'est plus voulu par Dieu en la période où nous sommes. On ne remonte pas le cours de la vie, ni celui de l'histoire ; le vieillard ne peut pas revenir à l'adolescence, et notre siècle ne peut revenir à ce que fut le XIII', bien qu'il doive chercher à profiter de tout le bien transmis par les âges passés pour préparer un avenir où Dieu règne véritablement.
En toutes ces formes de l'obéissance à tout ce qui manifeste la volonté de Dieu, obéissance au devoir du moment présent, de minute en minute, le chrétien doit toujours avoir devant les yeux pour modèle le Sauveur, qui fut « obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix » (Phil., II, 8). Ainsi ont obéi les martyrs et tous les saints qui se sont fait une joie de mourir à leur volonté propre pour se nourrir de celle de Dieu, selon l'expression du Sauveur : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père » (Jean, 4 v, 34).
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Les fruits de l'obéissance
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Pour comprendre quelle est la grandeur et quels sont les fruits de l'obéissance, il faut se rappeler qu'il est plus parfait d'offrir à Dieu sa volonté et son jugement que de lui offrir les biens extérieurs par la pauvreté volontaire, ou son corps et son coeur par la chasteté (6). Il est aussi plus parfait de lui offrir sa volonté que de lui immoler extérieurement un agneau ou une colombe, comme on le faisait dans les sacrifices de l'Ancien Testament. En ce sens, il est dit dans l'Écriture : « Mieux vaut l'obéissance que l'immolation d'une victime, et l'observation de la parole de Dieu que la graisse des béliers » (1 Rois, xv, 22).
Les fruits de l'obéissance sont surtout les suivants : elle donne une grande rectitude de jugement, une grande force de volonté, la plus haute liberté de l'esprit.
La plus grande rectitude de jugement vient ici de ce que l'obéissance nous fait participer à la sagesse même de Dieu; elle nous rend plus sage que les plus sages, plus prudent que les vieillards : « Super senes inlellexi. » Dans les cas les plus difficiles, les plus compliqués, elle nous apporte la solution pratiquement vraie pour nous, hic et nunc. Pratiquement, nous ne nous trompons pas en obéissant, même si le supérieur se trompe. Il est arrivé ainsi qu'un simple frère convers, comme le Bx' Martin de Porrès, au Pérou, a fait plus par son humble obéissance, pour son pays, que des hommes d'État qui ne pensent pas à prier pour avoir la lumière.
Comme récompense de sa fidélité, l'obéissance parfaite obtient dès ici-bas du Saint-Esprit les inspirations du don de conseil, qui nous dirigent dans les choses spirituelles les plus intimes qu'un supérieur ou un directeur ne sauraient préciser et que notre prudence ne parviendrait pas à déterminer comme il faut. Ce don de conseil est particulièrement nécessaire à ceux qui ont à commander, pour le faire surnaturellement, et c'est pourquoi, si l'on ne commence pas par bien obéir, on ne saura jamais commander. C'est aux obéissants que Dieu accorde ses lumières.
L'obéissance donne aussi une grande force de volonté. Le naturalisme prétend parfois qu'elle amoindrit la volonté; au contraire, elle la décuple. Lorsqu'on ne peut pas douter, en effet, qu'un ordre vient de Dieu par l'intermédiaire d'un supérieur légitime, il est certain aussi que l'accomplissement de cet ordre par la grâce divine est possible. Comme le dit saint Augustin : « Dieu, en effet, ne commande jamais l'impossible, mais il nous dit de faire ce que nous pouvons et de lui demander la grâce pour accomplir ce que nous ne pouvons pas (7). » C'est pourquoi le même saint Augustin disait : « Seigneur, donnez-moi la force d'accomplir ce que vous commandez, et commandez ce que vous voudrez (8). »
C'est pourquoi, lorsqu'en certaines circonstances le martyre est de précepte, en ce sens qu'il faut le subir plutôt que de renier la foi, Dieu donne la force d'obéir, de lui être fidèle au milieu des tourments, et il donne cette force même à des enfants, à de jeunes vierges, comme sainte Agnès, ou à des vieillards affaiblis par l'âge. C'est ici surtout que se réalise la parole de l'Écriture : « Vir obediens loquelur victoriam. L'homme obéissant chantera un chant de victoire » (Prov., xxl, 28) (9).
Sans aller jusqu'au martyre, l'obéissance fait des prodiges. Il suffit de citer l'exemple des seize premiers fils de saint Dominique, lorsque, fort de la bénédiction du Pape, il les envoya de Toulouse dans les diverses parties de l'Europe pour fonder des couvents et exercer l'apostolat. Il n'avait pas le moindre argent à leur donner, il leur dit : « Vous mendierez votre nourriture, je prierai pour vous trois fois le jour; je vous promets que, malgré les angoisses de l'indigence, le nécessaire ne vous manquera pas. » Ces seize religieux, confiants dans la parole de leur Père, obéirent, ils partirent le coeur joyeux comme les premiers apôtres, et ne tardèrent pas à se multiplier en Italie, en Espagne, en Angleterre, jusqu'en Pologne et même parmi les infidèles d'Orient qu'ils allèrent évangéliser. Cet exemple et mille autres confirment la grandeur de l'obéissance. Quand un ordre est donné, et qu'on ne peut douter qu'il vient de Dieu, très certainement la grâce qui le rend possible est accordée, et si l'on prie pour y être fidèle et ne pas résister, on l'accomplit non sans peine, parfois, mais on l'accomplit.
Enfin l'obéissance, loin d'être une servitude, donne la plus haute liberté, celle des enfants de Dieu, comme la pauvreté volontaire donne une vraie richesse spirituellé; comme la chasteté parfaite obtient l'intimité de l'amour de Dieu. Un écrivain français, Alfred de Vigny, a écrit sur la vie du soldat un beau livre intitulé : Servitude et grandeur militaires; il y a dans l'obéissance chrétienne parfaite une servitude et une grandeur supérieure vraiment surnaturelles. C'est d'elle que parle saint Paul lorsqu'il nous rappelle que nous devons désirer d'être « affranchis de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu (10) »; « là où est l'esprit du Seigneur, là est la liberté (11) », c'est-à-dire la délivrance, car la vérité divine délivre de l'erreur. L'obéissance, qui met la vérité dans la vie, délivre des préjugés du monde, de ses maximes et de ses modes, de ses engouements; elle délivre de la préoccupation excessive du jugement des hommes, du « qu'en dira- t-on » : bien faire et laisser dire; l'obéissance nous délivre de nos doutes, de nos hésitations, de nos angoisses. Elle simplifie la vie en l'élevant. Avec elle la liberté grandit, car la liberté dérive en nous de l'intelligence, et plus l'intelligence est éclairée, plus on est libre; plus on comprend que Dieu est le souverain bien, plus on est libre de ne pas répondre à l'attrait des biens terrestres, et plus on est fort contre les menaces des impies. Qui fut plus libre que les martyrs? Par amour et obéissance, ils ont donné librement leur sang en témoignage de la vérité divine, et ni le fer ni le feu n'ont pu obtenir leur abjuration.
Ils ont obéi en espri. de foi et par amour de Dieu, comme le Sauveur avait ete obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix ».
Cette grandeur de l'obéissance s'exprime en cette parole sainte souvent citée : « Servir Dieu, c'est régner», c'est régner sur ses passions, c'est régner sur l'esprit du monde, c'est régner sur l'ennemi des ftmes et ses suggestions; c'est entrer dans le règne même de Dieu et participer en quelque sorte à son indépendance à l'égard de tout le créé; c'est se mettre en sa main, comme un instrument docile, pour tout ce qu'il voudra, selon la parole déjà citée de saint Augustin : « Seigneur, donnez-moi d'accomplir ce que vous ordonnez, et ordonnez ce qui vous plaira. Domine, da quod jubes et jube quod vis. »
Certes, l'obéissance ainsi comprise dispose à la contemplation des choses divines, elle dispose à voir la volonté de Dieu ou sa permission dans tous les événements agréables ou pénibles, et elle nous aide à bien entendre que « tout concourt au bien pour ceux qui aiment Dieu » et persévèrent dans son amour.
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(1) CI' saint Thomas , I q. 73, a . 5 : « Percale spiritualia sunt majoris culpae quam peccata carnalia..., quia plus habent de aversione (a Deo), ex qua proccdit ratio culpae.
(2) Un religieux contemplatif nous écrivait récemment : « De nos jours on a souvent perdu de vue la valeur intrinsèque de la profession religieuse. On ne voit plus comment les grands voeux surtout soulèvent intrinsèquement toute la vie religieuse. Cette notion supérieure et profonde est dépaysée, elle ne trouve plus le milieu qui la comprendrait. Il n'y a très souvent que des pensées superficielles et s extrinsèques » sur cette idée centrale. L'influence de la grande théologie du Moyen-Age a perdu ici son emprise. La grande faute vient des casuistes qui ont matérialisé le concept de la vie religieuse. Sous prétexte d'éviter le péché, ils ont tout considéré sous l'angle négatif. L'obéissance religieuse a perdu son sens profond. Les voeux de pauvreté et de chasteté, dont la transgression est plus fréquente, doublant plus souvent les péchés mortels, sont passés de fait au premier plan en plusieurs manuels. L'obéissance, qui est le fondement de tout l'édifice, a été mise à l'arrière-plan, parce qu'il est rare que la désobéissance soit mortelle. On a ainsi renversé de fait les valeurs surnaturelles. Cela est devenu eu bien des milieux une mentalité générale. La valeur positive, profonde de l'immolation religieuse par les voeux, l'emprise totale de la vie religieuse et de son activité par les vertus de religion et d'obéissance, pour faire de l'existence d'un religieux une chose sacrée », est perdue de vue. On ne voit plus dès lors la valeur intrinsèque de la vie religieuse et quelques-uns ont remarqué que cette déficience travaille souvent sur les vocations comme un « corrosif mortel ». L'obéissance n'est plus, pour beaucoup, qu'une « discipline », une « observance extérieure religieuse », une pratique de métier qu'on peut personnellement élever si on a le coeur noble, comme un soldat ou un employé de bureau peuvent élever les pratiques de leur profession ou de leur métier.
(3) Le motif formel de l'obéissance n'est pas que la chose. commandée nous paraît raisonnable en elle-même, mais c'est qu'elle est commandée par un supérieur légitime, représentant spirituel ou temporel de Dieu, qui vient tout pouvoir de commandement. Si l'on obéissait uniquement parce glue la chose commandée nous parait raisonnable en soi et prudente selon notre propre jugement, on perdrait le mérite propre ,le l'obéissance, comme on perdrait celui de la foi si l'on n'acceptait que les vérités révélées évidentes, à cause de leur évidence. Le motif formel de la foi est l'autorité de Dieu qui révèle des mystères qui res tent obscurs. rr L'objet propre de l'obéissance est, dit saint Thomas , l'ordre exprès ou tacite qui exprime la volonté du supérieur », (11' Il", q.10!, a. a, C. et ad 3):
(4) L'obéissance demande la conformité du jugement pratique (qui dirige immédiatement l'élection volontaire) à l'ordre donné. La chose commandée, matériellement considérée en elle-même, peut être quelquefois imprudente, inopportune, l'obéissance ne demande pas alors de l'approuver comme telle par un jugement spéculatif (un autre supérieur aura peut-être, dans quelques mois, une manière de voir différente). En ce cas, laissons la chose commandée pour ce qu'elle est matériellement en elle-même; mais considérons seulement qu'elle nous est formellement commandée, hic et nunc, et commandée par Dieu, malgré l'imperfection de son messager. En ce moment, c'est ce que nous devons faire, et même si le supérieur se trompe, nous ne nous trompons pas pratiquement en lui obéissant. La supérieure de sainte Marguerite-Marie Alacoque, au moment de l'oraison de la communauté, envoya quelquefois la fervente religieuse garder un âne dans une prairie pour éprouver son obéissance. la religieuse obéissait et faisait certainement mieux oraison en cette prairie qu'elle ne l'aurait fait au choeur, si elle avait voulu y aller contre la volonté de sa supérieure.
(5) Cf. S. Thomas, P, q. 19, a . 12. De quingue signis voluntatis divinae : prohibitio, praeceptuin, consilium, operatio et permissio ».
(6) Cf. S. THOMAS, Il' II", q. 104, a . 3, c. et ad 1
(7) S. Augustin : De nal,ura et gratia, ch. xiAli; ces paroles sont citées par le Concile de Trente, sess. VI, ch. xi.
(8) « Domine, da quod jubes et jube quod vis.»
(9) Tel ce groupe de martyrs qui mouraient en chantant le Te Deum et voyant arriver les prédicateurs de la foi, chantèrent plus haut : Te yloriosus Apostolorurn chorus. k quoi les prédicateurs qui allaient être aussi martyrisés répondirent : Te Marlyrum carulidalus exercilus. Ce chant rappelle les paroles de saint Ignace d'Antioche, entendant les lions qui allaient te dévorer : « Frumenlum Christi sum, dentibus bestiarum ander, t panis rnundus inveniar. »
(10) ROUI., V111, 21.
(11) Il Cor., III, 17. |
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