Tome II-Partie 3-Chapitre 2
L'Entrée dans lavoie illuminative
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L'Écriture rappelle souvent, même à ceux qui sont en état de grâce, la nécessité d'une conversion plus profonde vers Dieu. Notre-Seigneur lui-même parle à ses apôtres, qui déjà le suivent depuis le début de son ministère, de la nécessité de se convertir. Saint Marc, ix, 32, rapporte, en effet, que lors du dernier passage de Jésus en Galilée, quand il arriva avec les apôtres à Capharnaüm, il leur demanda : « De quoi parliez-vous en chemin? » « Mais ils gardèrent le silence, dit l'Évangéliste; car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand. » — Et en saint Matthieu, xvilf, 3, où est rapporté le même fait, on lit : « Jésus, faisant venir un petit enfant, le plaça au milieu d'eux et leur dit : « Je vous le dis, en vérité, si VOUS NE VOUS CONVERTISSEZ PAS et ne devenez pas comme les petits enfants, cous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » Jésus parle ici aux apôtres, qui ont déjà pris part à son ministère, qui vont communier à la cène, dont trois l'ont suivi sur le Thabor; ils sont en état de grâce, et il leur parle pourtant de la nécessité de se convertir pour entrer profondément dans le royaume ou dans l'intimité divine. Pour cela il leur recommande particulièrement l'humilité, celle de t'enfant de Dieu, qui a conscience de son indigence, de sa faiblesse, de sa dépendance à l'égard du Père céleste.
Jésus parle même en particulier à Pierre de sa seconde conversion, juste avant la Passion, lorsque, encore une fois, comme le rapporte saint Luc, xxit, 24-32, « s'éleva parmi les apôtres une dispute pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand ». Jésus leur dit : « Le plus grand parmi vous soit comme le dernier, et celui qui gouverne comme celui qui sert. » Et à Pierre il ajouta : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand lu seras converti, affermis tes frères. » Il s'agit de la seconde conversion de Pierre, la première avait eu lieu lorsqu'il quitta son métier de pêcheur pour suivre Jésus.
La liturgie fait souvent allusion à la seconde conversion, en particulier lorsqu'elle rappelle ces paroles de saint Patil, Ephés., tv, 23 : « Apprenez à vous dépouiller du vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses, à vous renouveler dans voire esprit el dans vos pensées et à revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. » Ce renouvellement spirituel suppose une première conversion. L'Apôtre des Gentils eu parle encore dans l'Épître aux Colossiens, ni, 10-14 : « N'usez point de mensonges les uns avec les autres, puisque vous avez dépouillé le vieil homme avec ses oeuvres, et revêtu l'homme nouveau qui, se renouvelant sans cesse à l'image de celai qui l'a créé, atteint la connaissance parfaite... Mais surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. »
Lorsque, pendant l'Avent et au début du Carême, la liturgie rappelle ces paroles, elle ne s'adresse pas seulement à des âmes qui seraient en état de péché mortel et qui auraient besoin de se convertir du mal au bien; elle s'adresse aussi à beaucoup de chrétiens déjà en état de grâce, mais encore bien imparfaits, qui ont à se convertir d'une vie relativement médiocre à une vie chrétienne fervente. Elle leur rappelle, le mercredi des Cendres, ces paroles de Joël, 11, 12-19 : « Voici ce que dit le Seigneur : Convertissez-vous à moi de Tout votre coeur, dans le jeûne, dans les larmes et les gémissements. Déchirez vos coeurs, et non vos vêtements,. et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu; car il est miséricordieux et compatissant, patient et riche en miséricorde, et il s'afflige du mal qu'il envoie » On doit même dire que ces paroles sont d'autant mieux comprises que l'âme qui les entend est plus avancée, et, quoique déjà en état de grâce depuis de nombreuses années, elle sent le besoin d'une conversion plus profonde, la nécessité de retourner plus complètement le fond de sa volonté vers Dieu. Le laboureur qui a creusé le sillon y repasse, de nouveau pour enfoncer plus profondément la charrue et retourner la terre qui doit nourrir le froment.
De çe point du vue, admis par tous., les meilleurs des auteurs spirituels ont parlé de la nécessité d'une seconde conversion pour entrer vraiment dans la voie illuminative des progressants.
Parmi les auteurs modernes, le P. Louis Lallemant, 1680), insiste sur ce point dans son beau livre La Doctrine spirituelle. Avant lui saint Benoit (1), sainte Catherine de Sienne, le Saint Henri Suso et Tauler en avaient parlé assez longuement ; mais c'est surtout saint Jean de la Croix qui a traité de cette seconde conversion qu'il appelle purification passive des sens, et qui marque, selon lui, l'entrée dans la voie illuminative.
Nous exposerons la doctrine de ces auteurs en rapportant d'abord ce que dit à ce sujet le P. Lallemant, plus facile à comprendre, parce que plus près de nous; nous saisirons mieux ensuite ce que disent sainte Catherine de Sienne et Tauler, et finalement ce qu'affirme avec originalité et profondeur saint Jean de la Croix.
Voyons ce que dit l'auteur de La doctrine spirituelle :
1er- du fait de cette seconde conversion, dans la vie des saints ;
2er -de sa nécessité et de ses fruits.
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Le fait de celle seconde conversion dans la vie des serviteurs de Dieu
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Le P. Lallemant dit à ce sujet (2) :
Il arrive d'ordinaire deux conversions à la plupart des saints et aux religieux qui se rendent parfaits : l'une par laquelle ils se dévouent au service de Dieu, l'autre par laquelle ils se donnent entièrement à la perfection. Cela se remarqua dans les Apôtres, quand Notre-Seigneur les appela et quand il leur envoya le Saint-Esprit (3); en sainte Thérèse. et en son confesseur le P. Alvarez, et en plusieurs autres (4).
Cette seconde conversion n'arrive pas à tous les religieux, et par leur négligence. Le temps de cette conversion à c'est par égard (5) est communément le troisième an de noviciat.
Animons-nous donc maintenant d'un nouveau courage et ne nous épargnons point dans la voie du service de Dieu, parce que jamais elle ne nous sera plus difficile qu'elle n'est à présent (6). Dans la suite, elle s'adoucira peu à peu, et les difficultés s'aplaniront. Car, purifiant notre coeur de plus en plus nous recevrons aussi des gràces en plus grande abondance.
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Il faut faire ici un pas décisif (7).
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On pourrait compléter ce que dit ici cet auteur en examinant la vie de bien des serviteurs de Dieu. Il y a une période assez pénible, difficile à traverser, qu'on expose souvent, dans les vies des saints et dans les procès de béatification, sous le titre de « peines intérieures, et qui marque l'entrée dans une vie spirituelle plus haute. Nous croyons même que les vies de saints s'éclaireraient notablement, comme aussi les causes de béatification, si l'on notait plus explicitement que cette période correspond à ce que saint Jean de la Croix appelle la nuit passive des sens, et qu'une autre période, à certains égards semblable, arrive plus tard, celle qui correspond, selon ce Docteur de l'Église, à la nuit passive de l'esprit.
Cette remarque est de nature à éclairer les moments les plus obscurs de la vie des serviteurs de Dieu. Si, en effet, entre les deux périodes particulièrement difficiles dont nous venons de parler, on constate déjà l'héroïcité des vertus, et qu'on la constate plus clairement encore après a seconde de ces deux périodes, c'est un signe que le serviteur ou la servante de Dieu ont bien traversé les deux tunnels dont nous parlons ici, et même qu'il leur a fallu un grand esprit de foi, de confiance en Dieu pour surmonter les difficultés qui s'y trouvent. De la sorte, ces deux périodes obscures, ou, pour parler comme saint Jean de la Croix, ces deux nuits, qui marquent l'entrée l'une dans la voie illuminative des progressants, l'autre dans la voie unitive des parfaits, loin d'être une objection contre la sainteté d'une âme, la mettent au contraire mieux en relief. Il faut, en effet, un grand mérite pour les bien traverser, pour ne pas reculer à ce moment et pour sortir véritablement fortifié par ces deux épreuves. La vie des saints s'éclaire beaucoup à la lumière de ces principes.
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La nécessité de la seconde conversion
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Cette seconde conversion n'est pas seulement un fait qui se constate dans la vie des serviteurs de Dieu, sa nécessité est manifeste, à cause de l'amour déréglé de soi- même qui reste encore chez les commençants après des mois et des années de travail. Le P. Lallemant dit à ce sujet (8) :
La cause pourquoi l'on n'arrive que fort tard , ou que l'on n'arrive jamais à la perfection, c'est qu'on ne suit presque en tout que la nature et le sens humain. On ne se conduit que fort peu ou point du tout par le Saint-Esprit, dont le propre est d'éclairer, de diriger et d'échauffer.
La plupart des religieux, même des bons et vertueux, ne suivent, dans leur conduite particulière et dans celle des autres, que la raison et le bon sens : en quoi plusieurs d'entre eux excellent. Cette règle est bonne, mais elle ne suffit pas pour la perfection chrétienne (9).
Ces personnes-là se conduisent d'ordinaire par le sentiment commun de ceux avec lesquels elles vivent, et comme ceux-ci sont imparfaits. bien que leur vie ne soit pas déréglée, parce que le nombre des parfaits est fort petit, jamais elles n'arrivent aux sublimes voies de l'esprit : elles vivent comme le commun, et leur manière de gouverner les autres est imparfait.
Le Saint-Esprit attend pendant quelque temps qu'ils entrent dans leur intérieur, et que, y remarquant les opérations de la grâce et celles de la nature, ils se disposent àsuivre sa conduite : mais s'ils abusent du temps et de la faveur qu'il leur offre, il les abandonne à la fin à eux-mêmes et les laisse dans celte obscurité et dans cette ignorance de leur intérieur, qu'ils ont affectée, et dans laquelle ils vivent désormais parmi de grands dangers pour leur salut (10).
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Le même auteur, qui écrit pour des religieux, dit : (11)
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Le salut d'un religieux est inséparablement attaché à sa perfection; de sorte que, s'il abandonne le soin de son avancement spirituel, il s'approche peu à peu de sa ruine et de sa perte. Que s'il n'y arrive pas, c'est que Dieu, le voulant sauver, le prévient miséricordieusement avant sa chute. Tous les maîtres de ta vie spirituelle tombent d'accord de cette maxime que ne pas avancer c'est reculer. Mais comme quelques-uns ont déjà fait quelques progrès, ils sont quelquefois assez longtemps sans s'apercevoir qu'ils reculent, parce que cela se fait insensiblement (12).
La nécessité d'une seconde conversion vient de tout ce qui reste en nous d'égoïsme souvent inconscient, qui se mêle à la plupart de nos actes. Elle vient aussi chez pluisieurs de ceci que, ne voulant pas passer pour naïfs, et ne distinguant pas assez la naïveté d'une simplicité supérieure qui devrait grandir en eux, ils deviennent moins simples et moins vrais avec Dieu, avec leurs supérieurs, avec eux-mêmes; ils perdent de vue pratiquement la grandeur des vertus théologales, l'importance de l'humilité; alors on ne comprend plus la parole de notre Seigneur : « Si vous ne devenez comme un petit enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » On se met, sous prétexte de prudence, à considérer les petits côtés des grandes choses et à voir de moins en moins le grand côté des devoirs quotidiens de la vie chrétienne et le prix de la fidélité dans les petites choses On oublie que le jour se compose d'heures, et l'heure de minutes. On néglige plusieurs de ses obligations, et peu à peu, à la place de la simplicité primitive d'un regard déjà élevé, simplicité qui devrait devenir celle de la contemplation, on trouve la complexité, prétendue savante, d'une connaissance qui décline.
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Le P. Lallemant dit à ce sujet (13) :
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Dans la religion (elle-même) il y a un petit monde dont les éléments sont l'estime des talents humains des emplois, des charges et des lieux considérables. l'amour et la recherche de l'éclat et de l'applaudissement, du repos et de la vie douce. Voilà de quoi le démon fait comme un jeu de marionnettes pour nous amuser et nous tromper. Il remue tout cela à nos yeux de telle manière que nous nous y arrêtons et nous laissons séduire, préférant de vaincs apparences aux véritables et solides biens.
Il n'est pas rare, en effet, que les talents humains soient préférés aux grandes vertus surnaturelles. Le même auteur ajoute :
Il n'y a que l'oraison qui nous puisse garantir de celle tromperie. C'est elle qui nous apprend it juger sainement des choses, les envisageant dans la lumière de la vérité, qui dissipe leur faux éclat et leurs faux charmes.
Il dit ailleurs : « Nous faisons en un jour plus de cent actes d'orgueil (14) sans pour ainsi dire y prendre garde; et La ruine des âmes vient de la multiplication des péchés véniels, qui causent la diminution des lumières ou des inspirations divines (15). Il ne suffit pas non plus de diriger après coup noire intention vers Dieu, si notre acte reste tout naturel et si nôtre coeur n'est pas vraiment offert à Dieu. Une superficielle oblation de soi-même ne suffit pas, il faut une nouvelle conversion véritable, un retournement du coeur vers Dieu (16).
Les fruits de cette seconde conversion sont signalés par le même auteur à propos des avis aux prédicateurs (17).
On se tue, dit-il, à force d'étudier pour faire de beaux sermons, et cependant on ne fait presque point de fruits. D'où vient cela? C'est que la prédication est une fonction surnaturelle, aussi bien que le salait des ânes, qui est la fin qu'on prétend, et il faut que t'instrument soit proportionné à cette fin. La plupart des prédicateurs ont assez de science, mais ils n'ont pas assez de dévotion ni de sainteté.
Le vrai moyen d'acquérir la science des saints.., ce n'est pas tant d'avoir recours aux livres qu'à l'humilité intérieure, à la pureté du coeur, au recueillement et à l'oraison... Quand une âme est parvenue à une entière pureté de coeur, Dieu l'instruit lui-même, tantôt par l'onction des consolations Spirituelles et des goûts spirituels, tantôt par des lumières douces et affectueuses, qui apprennent mieux à parler au coeur des auditeurs que ne peut faire l'étude et autres moyens humains... Mais nous ne pouvons nous défaire de notre propre suffisance, ni nous abandonnez. à Dieu.
Un homme intérieur fera plus d'impression sur les coeurs par un seul mot animé de l'esprit de Dieu qu'un autre par un discours entier qui lui aura coulé beaucoup de travail et où il aura épuisé toute la force de son raisonnement (18).
Tels sont les fruits de la seconde conversion.
L'Imitation de Jésus-Christ en a souvent parlé, notamment, 1.1, ch. xxv: Qu'il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie. Il y est dit :
Un homme animé d'un zèle ardent avancera bien plus, même avec de nombreuses passions, qu'un autre à cet égard mieux disposé, mais tiède pour la vertu... Attachez-vous particulièrement à éviter et à vaincre les défauts qui vous plus dans les autres... Comme votre oeil observe les autres, les autres vous observent aussi... Si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix, et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la gràce de Dieu et de l'amour de la vertu.
Ainsi peu à peu, à la place de la conversation intime avec nous même s'établira la conversation intime avec Dieu, qui est le fond de la vie intérieure (finit., 1. II., cl). 1).
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-(1). Dans le Prologue de sa Règle, saint Benoit a écrit :« Exsurgamus ergotandem aliquando, excitante nos Scriptura ac dicente : Ilora est far» nos de 5015(10 sorgere (Rom., ont, II) Et apertis oculis nostris ad deificurn lumen, attonitis auribus-andiamus, divina vox quotidie claquid nos admoneat dicens : flollie si menai (jus nolile ollorare.corria pestro. » C'est-à-dire : il est temps de sortir du sommeil de la négligence et de marcher courageusement dans la voie de Dieu.
— (2 ) La Doctrine spirituelle; IP Principe, eh. vi, a.7 (éd. Paris , 1908) p.113.
— (3 ) Nous verrons plus loin que, comme il est dit dans le Dialogue de sainte Catherine de Sienne, ch. Lx, Lxiir, la seconde conversion des Apôtres fut plutôt à la fin de la Passion, quand Pierre pleura son reniement, et la Penlecôte fut comme une troisième conversion ou plutôt une transformation de l'âme, qui marque l'entrée dans la voie unitive.
— (4 ) On connaît bien, par exemple, la seconde conversion du Fl. Henri Suso, celle de sainte Catherine de Cènes, celle du B. Antoine Neyrot, O. P., et de beaucoup d'autres.
— (5 ) Le P. Lallemant s'adresse aux religieux de la Compagnie de Jésus, dont il complétait la formation.
— (6 ) Cependant il aura une autre période difficile à traverser pour. entrer dans la voie unitive des parfaits.
— (7 ) Cf. Ibidem, p.66.
— ( 8) Ibidem, IV' Principe , ch. 11, a . 2, p. 187.
— ( 9) Ceci est parfaitement conforme à ce que dit saint Thomas de la différence de la prudence acquise (vraie vertu, déjà décrite par Aristote), de la prudence infuse, et du don de conseil, II" 11", q. G7, a. 14 et q.5s. Celui qui tendrait à la perfection sous la direction presque exclusive de la prudence acquise (qui n'est pourtant pas celle de la chair) n'arrivera jamais à la vraie perfection chrétienne, qui est d'orlre surnaturel; il y faut l'exercice fréquent de la prudence infuse et du don de conseil. Ces trois principes d'actions (habitus) sont entre eux un peu ce que sont chez le musicien l'agilité des doigts, l'art acquis qui est dans l'intellect pratique et l'inspiration musicale. Il est sûr que, sans l'art proprement dit et cette inspiration, on ne fera jamais un chefd'ceuvre, et même on ne saurait le comprendre.
— (10) Saint Jean de la Croix parle de même dans Nuit obscure, 1.1, ch. lx, et Vive Flamme, a' str., v. 5.
— ( 11) Ibid., ch. in, a. 1, p. 91.
— ( 12) Au chapitre précédent (pp. 88.90, le P. Lallemant traite des diverses dispositions des religieux à l'égard de la perfection. Il dit : « Parmi les religieux, il y en a de trois sortes.
— Les premiers ne refusent rien à leurs sens. Ont-ils froid? ils se chauffent; ont-ils faim? ils mangent .. sans presque savoir, en pratique, ce que c'est que se mortifier. Pour leurs fonctions, ils les font par manière d'acquit, sans esprit intérieur, sans goût et sans fruit... Cet état est dangereux.
— « Les seconds évitent les excès des premiers et se refusent les satisfactions qu'ils ne jugent pas nécessaires; mais ils se laissent tromper sous l'apparence du bien. Ils forment un dessein suivant leur inclination, puis ils cherchent des motifs de vertu pour colorer leur choix et justifier leur conduite. Quant à leurs fonctions, ils font soigneusement ce qui est de l'extérieur, mais avec peu d'application intérieure et de recueillement, donnant trop de liberté à leurs sens et négligeant la garde du cœur. Ceux-ci sont pleins d'imperfections et. de péchés véniels. (Le P. Lallemant ne croit pas qu'ils soient dans la voie illuminative-
— « Les troisièmes, comme parfaits, sont dépouillés de tout désir, indifférents à tout, se contentant de tout, et ne voulant que le bon plaisir de Dieu. Ils Joignent ensemble l'exactitude extérieure et l'application intérieure; veillent à la garde de leur coeur, conservent la paix de leur âme et pratiquent le recueillement autant que l'obéissance le leur permet.
— « Ceux-ci reçoivent trois insignes faveurs des trois Personnes de la très Sainte Trinité :
— du Père, une force comme invincible dans l'action, dans la souffrance et dans les tentations;
— du Fils, des rayons et des splendeurs de vérité qui brillent sans cesse dans leur âme;
— du Saint-Esprit, une ferveur, une douceur et une consolation charmantes. » Voir aussi, dans ce même livre, ce qui est dit à ce sujet, pp. 113, 187, 191, 205, 215, 473.
— (13) Ibidem, Prinope, ch. ll, a. 2, pp• 301, sq.
— (14) lhidem, p 143.
— (15 ) Le même auteur dit souvent que les dons du Saint-Esprit sont comme liés par l'attache au péché véniel, ils sont comme des voiles qui seraient repliées et non pas étendues.
— (16 ) Cf. Ibidem, p. 138.
— (17 ) Ibidem, p. 122.
— ( 18) Ibid., p. 3o4. |
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