Du fond de cette excavation qu'est l'humilité, appuyée sur le rocher fondamental qu'est le Christ, s'élève la première colonne de l'édifice, pour parler comme saint Paul.
Le pilier de la loi sur lequel tout l'édifice va reposer.
La foi est dite ainsi vertu fondamentale, non pas seulement comme l'humilité en tant qu'elle écarte un obstacle, mais en tant que sur elle reposent positivement toutes les autres vertus infuses (1).
En face du pilier de la foi:
Il y a celui de l'espérance, qui nous fait désirer Dieu, la vie éternelle, et qui s'appuie sur le secours divin pour y parvenir.
Sur ces deux piliers s'élève la coupole de la charité, la plus haute des vertus ; et la partie de la coupole qui s'élève vers le ciel symbolise la charité envers Dieu;
Tandis que celle qui redescend vers la terre figure la charité fraternelle, qui nous fait aimer le prochain pour Dieu, parce qu'il est enfant de Dieu ou appelé à le devenir.
La coupole:
Est surmontée de la croix pour nous rappeler que notre amour ne s'élève vers Dieu que par le Christ et par les mérites de sa Passion.
Saint Augustin, dans son commentaire du Sermon sur la montagne à propos des béatitudes, et saint Thomas nous disent qu'à chacune de ces trois vertus théologales correspond un don du Saint-Esprit:
Ces trois dons sont symbolisés par trois lampes.
Au pilier de la foi est suspendue la lampe du don d'intelligence, qui rend la foi pénétrante
Par la foi nous adhérons à la parole de Dieu, par l'inspiration spéciale du don d'intelligence nous la pénétrons, par exemple au moment d'une tentation, d'un moment de vertige, nous saisissons que Dieu est vraiment notre fin dernière, l'unique nécessaire, et qu'il faut lui rester fidèle.
Au pilier de l'espérance est suspendue la lampe du don de science
Qui, selon saint Augustin et saint Thomas, nous fait connaître les choses non pas par leur cause suprême, comme la sagesse, mais par leur cause prochaine défectible et souvent déficiente. C'est pourquoi, selon ces docteurs, ce don nous montre le vide des choses terrestres et la vanité des secours humains lorsqu'il s'agit d'atteindre une fin divine. En ce sens ce don, qui perfectionne la foi, perfectionne aussi l'espérance et nous porte à aspirer plus fortement vers la vie éternelle et à nous appuyer pour y parvenir sur le secours de Dieu qui est le motif formel de l'espérance (2).
A la coupole, qui symbolise la charité, est suspendue une autre lampe, celle du don de sagesse.
Qui éclaire tout l'intérieur de l'édifice spirituel et qui nous fait voir toutes choses comme provenant de Dieu, cause suprême et fin dernière, de son Amour ou tout au moins de sa permission pour un plus grand bien que nous verrons un jour et qui transparaît de temps en temps ici-bas. En ce temple spirituel habite, dit saint Paul , le Saint-Esprit, et avec lui le Père et le Fils. Ils y sont comme dans une demeure, où ils peuvent être et sont de temps à autre quasi expérimentalement connus et aimés.
Mais pour entrer dans cet édifice spirituel, il faut une porte et, selon la tradition, en particulier selon saint Grégoire le Grand, souvent cité par saint Thomas.
Les quatre gonds de cette porte à :
deux battants symbolisent les quatre vertus cardinales, de prudence, justice, force et tempérance. Leur nom de cardinales vient du latin cardines, qui veut dire gonds. Ce sens est conservé dans l'expression courante : « Cet homme est hors de ses gonds », lorsque l'irritation le fait manquer à ces quatre vertus. Sans elles on est en dehors du temple spirituel, dans la région inculte, ravagée par les mauvaises herbes (le l'égoïsme et des inclinations déréglées (3).
Les deux gonds supérieurs de la porte du temple symbolisent la prudence et la justice, qui sont dans la partie élevée de l'âme, et
les deux gonds inférieurs figurent la force et la tempérance, qui ont leur siège dans la sensibilité commune à l'homme et à l'animal.
A chacun de ces quatre gonds est suspendue une triple ferrure:
Qui symbolise les principales vertus annexes à chacune des vertus cardinales. C'est ainsi qu'à . —la prudence se rattachent la prévoyance (reflet de la providence divine),
. —la circonspection attentive aux circonstances au milieu desquelles nous devons agir, et
. —l'esprit de suite ou la constance, pour ne pas abandonner à cause des difficultés les bonnes décisions et résolutions prises après mûre réflexion et devant Dieu.
L'inconstance, dit saint Thomas, est une forme de l'imprudence (4).
A la vertu de justice se rattachent aussi plusieurs vertus; notons celles qui sont relatives à Dieu, comme des formes (le justice envers lui :
. —la religion qui lui rend le culte qui lui est dû,
. —la pénitence qui lui offre la réparation des offenses qui lui sont faites,
. —l'obéissance qui nous fait suivre les commandements divins ou les ordres des représentants spirituels ou temporels de Dieu.
La vertu de force nous fait rester dans le droit chemin devant de grands dangers, au lieu de céder à la peur, elle se manifeste dans le soldat qui meurt pour sa patrie et dans le martyr qui meurt pour la foi. A elle se rattachent aussi plusieurs vertus, notamment
. — la patience pour supporter sans faiblir les contrariétés quotidiennes,
. — la magnanimité qui tend vers les grandes choses à accomplir sans se décourager devant les difficultés,
. — la longanimité qui nous fait supporter longtemps des contrariétés incessantes qui parfois se renouvellent tous les jours pendant des années.
Enfin, à la vertu de tempérance, qui modère les élans déréglés de notre sensibilité, se rattachent .
.— la chasteté, la virginité, .
.— la douceur qui modère et réprime l'irritation ou la colère, et
.— la pauvreté évangélique, qui nous fait user des choses terrestres comme n'en usant pas, sans y attacher notre coeur.
A chacune dé ces vertus cardinales, selon saint Augustin et saint Thomas, correspond un don du Saint-Esprit, symbolisé par autant de pierres précieuses qui ornent la porte; «poilue nitent margaritis comme il est dit dans l'hymne de la fête de la Dédicacé.
A la prudence correspond manifestement
.— le don de conseil, qui nous éclaire là où même la prudence infuse resterait incertaine, par exemple pour répondre sans mensonge à une question indiscrète
. — A la justice qui, vis-à-vis de Dieu, s'appelle la vertu de religion, correspond
.— le don de piété, qui vient à notre secours en des aridités prolongées, en nous inspirant une affection toute filiale pour Dieu.
A la vertu de force correspond le don de force, si manifeste dans les martyrs.
A la vertu de tempérance, et spécialement de chasteté, correspond le don de crainte filiale, qui nous donne de surmonter les tentations de la chair, selon cette parole du psalmiste : Domine, confige lirnore tuo carnes meus. Seigneur, imprime à nies chairs la sainte crainte de t'offenser. » Ainsi l'image de l'édifice spirituel condense ce que disent l'Évangile, saint Paul et les grands docteurs sur la subordination des vertus et leur connexion avec les dons du Saint-Esprit.
Cela peut paraître un peu compliqué, lorsqu'on insiste sur les vertus qui se rattachent aux vertus cardinales; mais on retrouve la simplicité supérieure des choses divines par cette remarque profonde accessible à tous :
Lorsque dans une âme ou dans une communauté le fondement de l'édifice et son sommet sont ce qu'ils doivent être, en d'autres termes lorsqu'il y a une profonde humilité et une vraie charité fraternelle, grand signe du progrès de l'amour de Dieu, alors tout va bien.
Pourquoi?
Parce que, alors, Dieu supplée par ses dons à ce qui manquerait du côté de la prudence acquise ou de l'énergie naturelle; et il vient nous rappeler constamment nos devoirs en nous donnant sa grâce pour les accomplir. « Deus humilibus da! gratiam. Dieu donne sa grâce aux humbles », et il ne manque jamais à ceux qui entendent le précepte de l'amour : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés; c'est à ce signe qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. »