+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?t

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome II-Partie 3-Chapitre 6

L'âge spirituel des progressants
Ses principaux caractères

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome II-Partie 3-Chapitre 6

L'âge spirituel des progressants
Ses principaux caractères

Après avoir parlé de la période difficile, appelée nuit des sens, qui, scion saint Jean de la Croix, marque l'entrée dans la voie illuminative des progressants, il convient d'indiquer les traits principaux de la physionomie spirituelle des progressants, ou de noter les caractères de cet âge de la vie intérieure (1).

La mentalité des. progressants doit se décrire en insistant sur leur connaissance et leur amour de Dieu, et en notant les différences de cet âge spirituel avec le précédent, comme on remarque celles de l'adolescence et de l'enfance. L'adolescent n'est pas seulement un grand enfant, il a une mentalité nouvelle, il voit les choses d'une façon moins imaginative, plus rationnelle, il a des préoccupations différentes, de même l'enfant n'est pas un adolescent en miniature. Il y a quelque chose de semblable au point de vue spirituel pour les divers âges de la vie intérieure

La connaissance de Dieu en cet âge de la vie spirituelle

Dans la période précédente, le commençant ne connaissait guère Dieu que dans le miroir des choses sensibles, soit celles de la nature, soit celles dont il est parlé dans les paraboles évangéliques ou dans les actes extérieurs du culte, et il ne se connaissait lui-même que de façon bien superficielle.

Le progressant a obtenu une connaissance de soi plus profonde en traversant la période de sécheresse prolongée qui marque la seconde conversion. Avec cette connaissance de sa pauvreté, de son indigence spirituelle, grandit en lui par contraste une connaissance quasi expérimentale de Dieu non plus seulement dans le miroir des choses sensibles de la nature, des paraboles, du culte extérieur, mais dans le miroir spirituel des mystères du salut, avec lesquels il se familiarise. Ces mystères sont ceux de l'Incarnation du Verbe, de la Rédemption, de la vie éternelle. Le Rosaire les met tous les jours sous nos yeux, en nous rappelant l'enfance du Sauveur, sa douloureuse Passion, sa Résurrection, son Ascension. Si le progressant est fidèle, il dépasse le côté sensible de ces mystères, il atteint tout ce qu'il y a en eux de spirituel, la valeur infinie des mérites de Jésus; alors le Rosaire n'est plus une récitation mécanique d'Ave Maria, il s'anime, il devient comme une école de contemplation. Les mystères joyeux viennent nous rappeler quelles sont, au-dessus des plaisirs du monde et des satisfactions de l'orgueil, les vraies joies durables, les plus profondes du cœur, la bonne nouvelle de l'Annonciation et de la Nativité du Sauveur. De même, au milieu de nos souffrances, souvent déraisonnables, parfois accablantes, presque toujours assez mal supportées, les mystères douloureux nous redisent de quoi il faut s'affliger, de nos fautes. lis nous font désirer de les bien connaitre, d'en éprouver une sincère douleur, et ainsi nous commençons à saisir le sens profond et la valeur infinie de la Passion de Jésus et ses effets dans notre vie.

Enfin au milieu de l'instabilité et des incertitudes de cette vie, les mystères glorieux nous rappellent l'immutabilité et le bonheur parfait de la vie éternelle, qui est le terme de notre voyage.

Le progressant qui vivrait ainsi du Rosaire chaque jour un peu mieux arriverait à la contemplation du mystère du Christ, à une certaine intelligence pénétrante de la vie du Corps mystique ou de l'Église militante, souffrante et triomphante. Sous la direction constante de Jésus et de Marie médiatrice, il entrerait de plus en plus dans le mystère de la communion des saints. S'il écoutait ainsi tous les jours cet enseignement secret au fond de son coeur, cette prière aviverait en lui le désir du ciel, celui de la gloire de Dieu et du salut des âmes ; elle lui donnerait l'amour de la croix et la force de la porter, avec de temps en temps un avant-goût du ciel, une certaine saveur de la vie éternelle. Voyageur vers l'éternité (viator), il en jouirait quelque fois en espérance et se reposerait sur le Coeur de celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie.

C'est là connaitre Dieu, non plus seulement dans le miroir sensible du ciel étoilé ou des paraboles, mais dans le miroir spirituel des grands mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de la vie éternelle qui nous est promise. On se familiarise ainsi de plus en plus avec ces mystères de la foi; on les pénètre un peu, on les goûte, on en voit l'application à notre vie de tous les jours. Selon la terminologie de Denys, conservée par saint Thomas (2), l'âme s'élève ainsi par un mouvement en spirale des mystères de l'enfance du Christ à ceux de sa Passion, de sa Résurrection, de son Ascension, de sa gloire, et en eux elle contemple le rayonnement de la souveraine bonté de Dieu, qui se communique ainsi admirablement à nous. La bonté est essentiellement communicative, et celle de Dieu se répand sur nous par l'Incarnation rédemptrice et par la révélation de la vie éternelle déjà commencée en un sens dans la vie de la grâce (3).

Dans cette contemplation plus ou moins fréquente, les progressants et les avancés reçoivent, selon leur fidélité et générosité, la lumière du don d'intelligence, qui rend leur foi plus pénétrante, et qui leur fait entrevoir la beauté si haute et si simple de ces mystères, beauté accessible à tous ceux qui sont vraiment humbles et qui ont le coeur pur.

On voit par là que cette période de la vie intérieure mérite vraiment le nom de voie illuminalive. Dans la précédente, le Seigneur avait fait la conquête de notre sensibilité par certaines grâces dites sensibles à cause de la consolation sentie qu'elles apportent; puis l'âme, s'étant trop attachée à ces consolations sensibles, avait dû en être sevrée pour recevoir une nourriture plus spirituelle et plus forte.

Maintenant le bon Dieu fait la conquête de notre intelligence, il l'éclaire comme lui seul peut le faire; il rend cette faculté supérieure de plus en plus docile à ses inspirations pour qu'elle saisisse la vérité divine. Il se soumet ainsi notre intelligence en la vivifiant. Il lui donne des lumières souvent peu aperçues, mais qui cependant font de mieux en mieux entendre l'esprit de l'Evangile. Il nous élève au-dessus des préoccupations excessives et des complications d'une science trop humaine. Il nous fait aspirer à la simplicité supérieure du regard aimant qui se repose dans la vérité libératrice. Il nous fait entendre le sens de ces paroles (Jean, viii, 32) : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaissez la vérité, et la vérité vous rendra libres verilas liberabil vos. Elle vous délivrera des préjugés du monde, de ses complications vaines, de ses mensonges, des vues courtes de l'orgueil souvent inconscient, de celles de la convoitise. La vérité divine se donnera à vous profondément et écartera le faux éclat de tout ce qui peut vous séduire. Elle vous délivrera de ce que l'Écriture appelle fascinatio nugacitalis, de l'ensorcellement de la niaiserie (4), du vertige de la passion qui obscurcit les vrais biens qui ne passent pas.

Il y a là une connaissance de Dieu et de soi-même notablement différente de celle qui se puise dans les livres, par la simple lecture. On commence à connaître de façon vraiment vivante l'Évangile, l'Eucharistie, Jésus-Christ, qui ne cesse d'intercéder pour nous et qui nous donne des grâces toujours nouvelles pour nous incorporer à lui, en son corps mystique, cela pour l'éternité. La vie de l'Église apparaît dans sa grandeur, on pense aux sommets spirituels de l'Église de notre temps, qui doit contenir de très saintes âmes comme dans les temps qui ont précédé, et il en sera de même en ceux qui suivront. C'est là ce que fait le Saint-Esprit dans les coeurs.

Les livres ne peuvent par eux seuls donner cette connaissance vécue. Un traité de l'Eucharistie montrera longuement, par l'analyse des textes scripturaires, que ce sacrement a été institué par Notre-Seigneur ; il défendra spéculativement la présence réelle et la transsubstantialtion contre les erreurs anciennes et modernes ; il comparera les différentes explications que les théologiens donnent du sacrifice de la messe et énumérera les fruits de la communion. Ces livres, indispensables à la formation sacerdotale, aboutissent à des formules précises. Mais ces formules ne doivent pas être pour nous un terme; elles doivent être pour l'âme intérieure un point de départ; elle doit les dépasser pour vivre du mystère lui-même, par un saint réalisme.

L'âme intérieure tient déjà par la foi sur l'Eucharistie les vérités qu'elle a besoin de connaître, il lui est inutile de s'embarrasser de discussions sur l'histoire de ce dogme, sur la transsubstantiation ou les accidents eucharistiques, elle a besoin de vivre des vérités de foi et de la liturgie, comme l'indique le livre IV' de l'Imitation. Pour cela il faut qu'elle reçoive docilement les inspirations du Saint-Esprit; ce n'est pas en vain que les sept dons sont donnés à tous les justes; c'est pour perfectionner les vertus. Ainsi le don d'intelligence doit faire pénétrer à tous les justes qui sont fidèles à ses inspirations le sens et la portée des formules de foi. Il arrive ainsi que les simples qui ont le coeur pur voient pratiquement cette portée bien mieux que des théologiens trop satisfaits de leur science acquise. Mirabilis Deus in sanclis suis.

Ce qui peut grandement empêcher la contemplation des choses divines, c'est la suffisance qui porte à penser que l'on sait déjà, alors qu'on a encore beaucoup à apprendre dans l'ordre de la vie intérieure. Jamais l'étude des livres ne saura remplacer l'oraison ; c'est ce qui faisait dire aux grands docteurs de l'Église qu'ils ont plus appris dans la prière au pied du crucifix ou près du tabernacle que dans les ouvrages les plus savants; ceux-ci donnent la lettre et l'expliquent ; la prière intime obtient l'esprit qui vivifie, la lumière intérieure qui éclaire parfois en un instant des principes souvent répétés, mais dont on n'avait pas saisi le rayonnement universel. Une foule de choses de la vie chrétienne s'éclairent par exemple à la lumière de ces paroles de saint Paul : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu » (I Cor., iv, 7.) C'est le principe qui fonde l'humilité, la reconnaissance, le véritable amour de Dieu, pour répondre à celui qu'il a pour nous. De même alors on saisit de plus en plus le sens profond de ces paroles : Dieu est l'auteur de l'être, de la vie, l'auteur du salut, de la grâce, de la persévérance finale.

Telle est fort imparfaitement exprimée la connaissance de Dieu dont l'âme des progressants a besoin et qui se trouve dans la voie illuminative. On commence à contera. pler Dieu dans le miroir spirituel des mystères du salut. Cela dépasse déjà la vie ascétique, c'est un commencement de vie mystique. Ce serait méconnaître la grâce de Dieu que de le nier. Ce serait aussi la méconnaître que de nier le caractère mystique du livre de l'Imitation où toutes les âmes intérieures peuvent trouver leur nourriture : signe que la contemplation infuse des mystères, dont parle ce livre, est dans la voie normale de la sainteté.

L'amour de Dieu al des âmes en cel âge de la vie spirituelle

Quel est l'effet normal des lumières intérieures reçues sur les mystères de la vie et de la mort du Sauveur, sur celui de la vie éternelle qui nous est promise? Ces lumières portent à aimer Dieu, non plus seulement comme dans la période précédente, en fuyant le péché mortel et le péché véniel délibéré, mais en imitant les vertus de Notre-Seigneur, son humilité, sa douceur, sa patience, en observant non seulement les préceptes nécessaires à tous, mais les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté, obéissance, ou du moins l'esprit de ces conseils et en évitant les imperfections.

Alors avec une plus grande abondance de lumière intérieure, l'âme fidèle recevra, parfois du moins, de vifs désirs de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Alors grandira cette faim et celle soif de la justice de Dieu dont parle Jésus dans les béatitudes. Elle verra combien est vraie sa parole : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, et des fleuves d'eau vive couleront de sa poitrine.» On recevra alors, au moins pour un temps, une plus grande facilité à prier. Il n'est pas rare qu'il y ait ici l'oraison infuse de quiétude, où la volonté est un moment captivée par l'attrait de Dieu (5).

Chez les personnes vouées à l'apostolat, il y a aussi dans cette période une plus grande facilité pour agir au service de Dieu, pour enseigner, diriger, organiser des oeuvres.

C'est aimer Dieu, non plus seulement « de tout son coeur » au milieu de consolations senties, mais de toute son âme », de toutes ses activités, pas encore pourtant « de toutes ses forces », comme il arrivera dans la nuit de l'esprit, ni encore « de tout son esprit », car on n'est pas encore établi en cette région supérieure. Il faudra pour cela la purification passive de la partie élevée de l'âme, celle qui fait disparaître tout l'orgueil spirituel ou intellectuel qui se mêle encore à la facilité pour la prière et l'action, dont nous venons de parler. L'âme a encore un long chemin à parcourir, comme Élie qui devait marcher quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, mais elle grandit, ses vertus se développent et deviennent de solides vertus, expression d'un amour de Dieu et des âmes, non pas seulement affectif, mais effectif ou agissant.

Nous allons maintenant parler de ces vertus chrétiennes, de leur rapport surtout avec l'amour de Dieu, comme le font l'apôtre saint Jean, saint Paul , et après eux tous les spirituels. C'est pourquoi nous insisterons sur les vertus morales qui ont une relation plus intime avec les vertus théologales, celles d'humilité, de douceur, de patience, celles qui répondent aux conseils de pauvreté, chasteté, obéissance, celles aussi signalées par Jésus lorsqu'il parle de la nécessité d'unir la prudence du serpent à la simplicité dé la colombe ou à la parfaite sincérité. Nous serons ainsi conduits à parler du progrès des vertus théologales et des dons du Saint-Esprit tel qu'il doit apparaître dans la voie illuminative, sous la conduite du Maître intérieur.

Nous suivons ainsi une voie ascendante vers l'union à Dieu (6).

RÉFÉRENCES
— (1) Nous avons dit plus haut (I- Partie, ch. xiv) que. de même qu'il y a dans l'ordre naturel une crise de la puberté et de l'âge ingrat pour Pisser de l'enfance à l'adolescence vers quatorze ans et une autre vers vingt-deux ans, la crise de la première liberté du jeune homme qui quitte ses parents pour s'établir dans la vie, de même, il y a au point de vue spirituel la crise de la purification passive de la sensibilité ou nuit des sens à l'entrée de la voie illuminative, et plus tard la crise de la purification passive de l'esprit, ou nuit de l'esprit, à l'entrée de la voie unitive des parfaits, qui vraiment méritent d'être appelés ainsi.
— (2 ) Il' 11", q. i8o, a. 6.
— (3) Dans le passage de saint Thomas que nous venons de citer, il est parlé de trois mouvements qui symbolisent l'élévation de l'âme contemplative vers Dieu : le mouvement droit, le mouvement oblique ou en spirale, et le mouvement circulaire. Dans la période qui précédait celle dont nous parlons, l'àme, en partant des choses sensible, s'élevait vers Dieu comme l'oiseau monte souvent d'un mouvement droit vers le ciel; par exemple elle s'élevait de la parabole de l'enfautiprodigue à la considération de la miséricorde de Dieu.

Dans la période suivante, ou vie unitive, l'àrne arrive plus souvent à une contemplation dite circulaire, qui revient plusieurs fois à la oonsidération de la bonté divine qui rayonne sur toutes choses, un peu comme l'aigle qui s'est élevé en spirales au haut des airs, décrit plusieurs fois le même cercle en contemplant le soleil et son rayonnement sur tout l'horizon.
— (4) Sagesse; IV, 12.
— (5) Cf. SAINTE TidaisE, Cluiteau intérieur, 1V• demeure.
— (6) Saint Thomas dans la Somme Théologique, II" II", suit une voie descendante, en parlant d'abord des vertus théologales et des dons qui les accompagnent, puis des vertus morales, en descendant de la prudence à la justice, à la force et à la tempérance Saint Thomas procède ainsi d'une façon spéculative et selon l'ordre d'intention, où la fin est voulue avant les moyens.

Nous suivrons la voie inverse, selon l'ordre d'exécution ou de réalisation, qui s'élève vers l'obtention de la fin désirée. Nous considérons ici les choses d'une façon plus pratique et plus concrète selon la marche dix progressant vers l'union divine.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre
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