Tome II-Partie 3-Chapitre 18
De la confiance en Dieu sa certitude
« Adjura nos, Deus salutaris noster,
et propter gloriam nouainis tui, libers nos. » (Ps. mvut, 9.)
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Après avoir parlé de l'esprit de foi, il convient de considérer ce que doit être chez les progressants l'espérance en Dieu, ou la confiance en Lui, et de préciser ce qu'il faut entendre par la certitude de l'espérance, qui est fondée sur celle de la foi et a un caractère sui generis qu'il importe de noter.
L'espérance infuse, non moins que la foi, est nécessaire au salut et à la perfection. De plus, pour avoir une vie intérieure généreuse, il ne suffit pas d'espérer en Dieu, comme le font bien des chrétiens, d'une façon faible et intermittente : il faut aimer son bon plaisir souvent obscur et parfois déconcertant, l'accepter avec esprit de soumission filiale, et attendre le secours divin avec une confiance ferme, humble et persévérante.
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Les défauts à éviter
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Ici deux défauts contraires sont à éviter : la présomption et le découragement. Il n'est pas inutile de les noter dès le début, pour mieux voir ensuite la vraie nature de l'espérance, qui s'élève comme un sommet au milieu de ces déviations contraires.
La présomption est de deux sortes :
—ou bien l'on s'appuie trop sur ses propres forces, comme les pélagiens, sans assez demander le secours de Dieu, sans assez se rappeler la nécessité de la grâce pour tout acte salutaire;
—ou bien l'on attend de la miséricorde divine ce que Dieu ne saurait accorder, comme le pardon sans vraie pénitence, ou la vie éternelle sans aucun effort pour la mériter.
—On peut dire que ces deux formes de présomption sont contraires l'une à l'autre, puisque la première présume de nos forces, et l'autre, par contre, attend de Dieu ce qu'il n'a nullement promis.
De plus, il n'est pas rare que les présomptueux, lorsque survient l'épreuve, la contradiction, tombent dans le défaut contraire, c'est-à-dire dans le découragement, comme si le bien difficile (bonum arduum), qui est l'objet de l'espérance, devenait inaccessible. Ce découragement pourrait conduire à la paresse spirituelle, à l'acedia, qui fait considérer comme trop difficile le travail de la sanctification, et qui nous détourne de tout effort en ce sens; on pourrait même arriver ainsi au désespoir.
Il y a bien des âmes qui oscillent ainsi entre la présomption et le découragement, et qui ne parviennent pas à se faire, du moins pratiquement, une vraie notion de l'espérance chrétienne et à en vivre comme il faudrait.
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La vraie nature de l'espérance chrétienne
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On parle moins de cette vertu théologale que de la foiet de la charité. Elle est pourtant d'une grande importance. Bien certainemnnt l'espérance chrétienne, comme vertu infuse et théologale, est essentiellement surnalurelie, et par suite elle dépasse immensément le désir naturel d'être heureux, et aussi une confiance naturelle en Dieu qui pourrait naître de la connaissance naturelle de la bonté divine.
Par l'espérance infuse nous tendons vers la vie éternelle, vers la béatitude surnaturelle, qui n'est autre que la possession de Dieu : voir Dieu immédiatement comme il se voit, l'aimer comme il s'aime. Et nous tendons vers Lui en nous appuyant sur le secours divin qu'il nous a promis. Le motif formel de l'espérance n'est pas notre effort, c'est Dieu toujours secourable (Deus auxiliator et ausilians), selon sa miséricorde, ses promesses et sa toute-puissance (1).
Ainsi nous désirons Dieu à nous-mêmes, mais déjà pourlui ; car il est la fin dernière de l'acte d'espérance, qui doit être du reste vivifié par la charité (2). En d'autres termes : par l'espérance, nous désirons Dieu, notre fin dernière, non pas en le suhordonnant à nous, comme la nourriture nécessaire à notre subsistance, mais en nous subordonnant à Lui. On voit ainsi, contre les quiétistes, que l'espérance, quoiqu'elle soit inférieure à la charité, ne contient rien de désordonné. C'est une haute vertu, quoiqu'elle ne soit pas la plu grande de toutes.
Si, en effet, parmi les vertus morales, la magnanimité acquise, et surtout la magnanimité infuse a déjà une haute place, en tant qu'elle nous fait tendre à de grandes choses, comme on le voit chez les fondateurs d'Ordre dans leurs travaux et leurs luttes, à plus forte raison l'espérance infuse est-elle une haute vertu, elle qui nous fait tendre, non seulement vers de grandes choses, mais vers Dieu lui-même à posséder éternellement. Cela est d'autant plus vrai que l'espérance ne nous fait pas seulement désirer un degré inférieur de la béatitude surnaturelle, mais la vie éternelle elle-même sans en préciser le degré ; elle nous porte même à marcher toujours plus généreusement vers Dieu en nous le faisant désirer davantage.
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La certitude de l'espérance
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Dans cette tendance de l'espérance vers la vie éternelle, il v a à la fois un mystère encore inconnu et une certitude, sur la nature de laquelle plusieurs se trompent.
Saint Thomas l'a bien expliqué, comme il a expliqué aussi les diverses espèces de certitudes : celles de la science (3), de la foi (4), de la prudence (5) et du don de sagesse (6).
Il se fait d'abord cette difficulté (7) : Nul ne peut être certain de son salut sans révélation spéciale (8), qui est chose rare; il semble donc que l'espérance ne puisse pas être certaine. De plus, il n'est pas vrai que tous ceux qui espèrent seront sauvés, il arrive que plusieurs d'entre eux se découragent ensuite et finalement se perdent. Il semble donc que l'espérance n'est pas vraiment certaine.
Il y a là de l'inconnu, un mystère, et cependant l'espérance reste certaine. C'est un des clairs-obscurs les plus beaux de la doctrine chrétienne. Comme le montre bien saint Thomas (9), cette certitude de l'espérance, diffère de Celle de la foi, en ce qu'elle n'est pas une certitude de l'intelligence, mais une certitude participée dans la volonté et par manière de tendance. « La certitude, dit le saint Docteur, se trouve essentiellement dans la faculté de connaissance; mais elle se trouve aussi par participation en tout ce qui est mû infailliblement vers sa fin par l'intelligence... Ainsi la nature et l'instinct des animaux opèrent sûrement comme il le faut, sous la direction de l'intelligence divine... (l'abeille construit sûrement sa ruche et fait son miel). De même, l'espérance tend avec certitude vers sa fin, en participant à la certitude de la foi qui est dans la faculté de connaître. » De même encore, dans l'ordre des choses humaines, lorsque nous avons pris le train pour Home, sans être absolument sûrs d'arriver, nous sommes certains d'aller dans la bonne direction, et nous espérons arriver au terme de notre voyage.
En d'autres termes, par l'espérance certaine, nous n'avons pas encore la certitude de notre salut futur, qui ne nous est pas révélé (il faudrait une révélation spéciale), mais nous tendons certainement vers le salut, sous l'infaillible direction de la toi, et selon les promesses de Dieu, « qui ne commande jamais l'impossible, niais qui nous Ordonne de faire ce que nous pouvons et de demander ce que nous ne pouvons pas (10) ». La certitude de l'espérance chrétienne n'est donc pas encore la certitude du salut, mais c'est la certitude très ferme de tendre vers le salut.
De là dérivent bien des conclusions pratiques, sur les qualités ou propriétés de l'espérance chrétienne, qui doivent avec elle grandir en nous.
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Les qualités de l'espérance chrétienne |
Comment devons-nous espérer en Dieu pour éviter la double présomption dont nous avons parlé et le découragement qui souvent la suit?
Le Concile de Trente nous dit (11) : « Tous doivent avoir une très ferme confiance dans le secours de Dieu. Car si les hommes ne manquent pas à la grâce divine, comme Dieu même a commencé en nous l'oeuvre du salut il l'achèvera, opérant en nous le vouloir el le faire (Phil., ii, 13). Cependant que ceux qui estiment être debout soient attentifs à ne pas tomber (I Cor., x, 12) et qu'ils travaillent à leur salut avec crainte et tremblement (Phil., ii, 12), dans les travaux, les veilles, la prière, les offrandes, les jeûnes, par la pureté (H Cor., vi, 3)..., selon cette parole de l'Apôtre : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les oeuvres de la chair, vous vivrez » ( Rom. , viii, 12).
Il résulte de cette admirable doctrine que l'espérance chrétienne doit avoir deux qualités ou propriétés : elle doit être laborieuse pour éviter la présomption qui attend sans travailler la divine récompense, et elle doit être très ferme, invincible pour éviter le découragement.
Laborieuse, l'espérance doit l'être parce qu'elle tend vers un bien difficile, possible, mais di flicile,bonum futurum arduum, qui est l'objet du mérite. Il faut travailler à son salut d'abord pour conserver en soi une espérance vive, et non pas une présomption vaine. Il faut travailler en esprit d'humilité et d'abnégation pour conserver en soi un vif désir de la vie éternelle, de Dieu, notre béatitude, désir dont l'ardeur serait détruite par la vivacité des désirs contraires, comme ceux des joies terrestres et de l'ambition. Or ce vif désir du ciel, ce vif désir de Dieu, est trop rare même parmi les bons chrétiens. Et pourtant, s'il est un objet que nous devions désirer avec une sainte ardeur, n'est-ce pas l'union divine? Que désirerons-nous donc ardemment, si nous n'avons pas le vif désir de Dieu?
De plus, il faut travailler pour mériter l'éternelle béatitude : voir Dieu comme il se voit et l'aimer comme il s'aime. Sans doute la grâce nous est nécessaire pour arriver au but, mais elle nous est donnée, dit saint Augustin, non pas pour que notre âme ne fasse rien, mais pour qu'elle opère toujours plus généreusement jusqu'à la fin : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé ».
« L'athlète n'obtient la couronne que s'il a lutté selon les règles » (II Tim., n, 5).
Il faut travailler pour écarter les obstacles de la concupiscence, de la paresse, de l'orgueil, des dissensions, de l'ambition, et pour observer de mieux en mieux les préceptes selon l'esprit de notre vocation.
Cette espérance laborieuse avec le don de crainte, ou crainte du péché, évite la présomption. Par cette vertu et ce don de crainte est consercé l'équilibre de l'esprit dans les choses divines, comme un peu plus bas dans l'ordre des vertus, non pas théologales, niais morales, l'équilibre spirituel est sauvegardé par l'humilité et la magnanimité, qui sont comme les deux parties d'un balancier, pour éviter de tomber soit dans l'orgueil, soit dans la pusillanimité (12).
Enfin au milieu des difficultés qui se peuvent présenter jusqu'à la mort, et jusqu'à l'entrée au ciel, l'espérance doit être très ferme et invincible. Elle ne doit être brisée ni par les tentations, ni patles épreuves, ni par la vue de nos fautes. Elle ne doit jamais céder aux tentations qui viennent du monde, de la chair, ou du démon : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? » ( Rom. , vin, 31). Or Dieu ne commande jamais l'impossible. Bien plus, comme le dit saint Paul (I Cor., x, 13) : « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter. »
L'espérance ne doit pas être brisée non plus par les épreuves que le Seigneur nous envoie pour nous purifier et nous faire travailler au salut des âmes. Il faut alors ne pas oublier que le motif formel de l'espérance est Dieu toujours secourable, Deus auxilians, selon sa miséricorde, ses promesses et sa toute-puissance.
Aussi Job disait-il (x111, 15) : « Quand même il me tuerait, j'espérerais en lui. » Et il est dit dans l'Épitre aux Romains (iv, 18) : Espérant contre toute espérance, Abraham crut, en sorte qu'il devint le père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit : Telle sera la postérité. » Contre toute espérance humaine, malgré son grand âge, il espéra, et se prépara même à l'immolation de son fils Isaac, du fils de la promesse, dont devait naître sa postérité.
La purification de l'espérance a pour but de la libérer de tout alliage d'amour-propre désordonné, mais non pas de nous conduire au sacrifice du désir de notre salut, comme l'ont dit les quiétistes ; ce serait renoncer à aimer Dieu par-dessus tout pour l'éternité, et, en sacrifiant l'espérance sous prétexte d'amour pur, on sacrifierait aussi la charité. Il faut au contraire espérer contre toute espérance.
Enfin la confiance ne doit pas être brisée par la vue et le souvenir de nos fautes. C'est pourquoi sainte Catherine de Sienne disait : « Ne considérez jamais vos fautes passées que sous le rayonnement de l'infinie miséricorde, pour que leur souvenir ne- vous décourage point, mais vous porte à mettre votre confiance dans la valeur infinie des mérites du Sauveur. »
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait que son immense confiance en Dieu ne venait pas de la connaissance qu'elle avait de son innocence, mais de la pensée de l'infinie miséricorde et des mérites infinis du Sauveur, et que, même si elle était le plus grand scélérat de la terre, sa confiance en Dieu n'en serait pas diminuée pour cela.
C'est dire et splendidement que le motif formel de notre espérance, vertu théologale, n'est pas notre effort ou notre innocence, mais Dieu secourable, Deus auxilians, la Miséricorde auxiliatrice.
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Des effets admirables de l'espérance viveconfirmée par les épreuves
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Après diverses épreuves, l'espérance grandement confirmée surmonte tous les obstacles. Saint` Paul dit à ce sujet ( Rom. , v, 2) : u Glorifions-nous dans l'espérance de la gloire de Dieu. Bien plus, nous nous glorifions dans nos tribulations, sachant que la tribulation produit la constance, la constance la vertu éprouvée, et la vertu éprouvée l'espérance. Or l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. »
Saint Thomas dit à ce sujet (13) : « Saint Paul nous montre d'abord la grandeur de l'espérance par la grandeur de la chose espérée (c'est-à-dire de la vie éternelle), puis la force, la véhémence de l'espérance. Celui, en effet, qui espère fortement quelque chose supporte volontiers pour cela les difficultés et les amertumes. Et donc le signe que nous avons une forte espérance dans le Christ, c'est que nous nous glorifions, non pas seulement à la pensée de la gloire future, mais dans nos tribulations et les épreuves que nous avons à supporter. C'est en effet par bien des tribulations qu'il faut entrer dans le royaume des cieux (Act., xiv, 21). Aussi l'apôtre saint Jacques (Jac.,i, 2) dit-il « Ne voyez qu'un sujet de joie, mes frères, dans les épreuves de toutes sortes qui tombent sur vous, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. » Et du fait que l'homme porte patiemment la tribulation, il est rendu excellent, probalus. Il est dit des justes au livre de la Sagesse, nu, 6 : « Alors mème que, devant les hommes, ils ont subi des châtiments, leur espérance est pleine d'immortalité. Après une légère peine, ils recevront une grande récompense; car Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui. Il les a essayés comme l'or dans la fournaise et les a agréés comme un parfait holocauste. » Ainsi l'épreuve fait grandir l'espérance, et celle- ci ne trompe point, car Dieu n'abandonne pas ceux qui se confient en lui. Qui jamais a espéré en Dieu et a été confondu? (F.: ccli., tr 10). 11 est manifeste que le Seigneur ne se refusera pas lui-même à ceux qu'il aime, à ceux à qui il a déjà donné son Fils... ; il a préparé la béatitude éternelle à ceux qui l'aiment par-dessus tout (14). »
On voit nettement par là, contre les quiétistes, que dans les grandes épreuves, loin de sacrifier notre désir du salut, il faut « espérer contre toute espérance » en aimant Dieu pour lui-même. Ainsi la charité augmente beaucoup, elle devient le pur amour, qui, loin de détruire la confiance, la vivifie.
Ces épreuves servent certes à purifier l'espérance de tout amour-propre, du désir de notre propre perfection, en tant que nôtre une servante de Dieu qui avait désiré devenir une sainte exprimait ensuite son désir sous une autre forme moins personnelle et plus objective : « Seigneur, que votre règne arrive en moi de plus en plus profondément »; elle était heureuse de ne pas passer pour une sainte, d'être peu estimée par son entourage; elle aspirait vraiment ainsi à être toujours plus intimement unie à Notre-Seigneur, à être plus aimée de lui. Ainsi l'espérance grandit en se purifiant.
Ainsi a espéré Abraham, le père des croyants, lorsqu'il fut mis à l'épreuve et se prépara à immoler son fils Isaac; il ne cessa pas de croire que cet enfant était le fils de la promesse, que sa postérité serait grandement bénie, « car Dieu est assez puissant pour ressusciter les morts » (llebr., xi, 18).
Saint Philippe de Neri aimait à dire : « ILi ringrazio di cuore, Signor Dio, che le case non vanno a modo mio : Je vous remercie de tout coeur, Seigneur Dieu, de ce que les choses ne vont pas comme je le voudrais, mais comme vous le voulez vous-même. Il vaut mieux qu'elles aillent selon votre manière à vous, meilleure que la mienne. »
Le BX Nicolas de Flüe exprimait admirablement dans une prière l'union de l'espérance très ferme et du pur amour :« 0 mein Herr, nimm mich mir und gib mich ganz zu etken Dir : Seigneur, prenez-moi tout ce qui m'empêche d'aller à vous, donnez-moi tout ce qui me conduira à vous; prenez-moi à moi et donnez-moi fout à vous. »
Nous pouvons dire aussi, comme expression de l'espérance et de l'amour pur: « Donnez-vous, Seigneur, tout à moi, pour que je vous aime très purement et à jamais. »
Rappelons-nous, pour conclure pratiquement, qu'il y a dans notre vie deux séries parallèles de faits quotidiens : celle des événements extérieurs qui se succèdent du matin au soir, et celle des grâces actuelles qui nous sont offertes et même accordées de minute en minute, pour tirer de ces faits extérieurs, agréables ou pénibles, le meilleur profit spirituel. Si nous y pensions souvent, alors se réaliserait de plus en plus dans notre existence ce que dit saint Paul (Rom., viii, 28) : « Diligentibus Deum, omnia cooperantur in bonum : Pour ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien », même les ennuis, les échecs et les contradictions, qui sont autant d'occasions d'élever notre coeur vers Dieu, en esprit de foi et de confiance en Lui.
Comme le dit saint François de Sales, dans son II' Entretien sur la confiance : « Quoiqu'on ne sente pas de de confiance en Dieu, il ne faut pas laisser d'en faire les actes. La défiance de nous-mêmes et de nos propres forces doit s'accompagner de l'humilité et de la foi, qui obtient la grâce de la confiance en Dieu. Plus nous sommes maheureux, plus nous devons avoir confiance en celui qui voit notre état, et qui peut nous secourir. Nul ne se cofie en Dieu sans retirer des fruits de son espérance. L'âme doit se tenir tranquille et s'appuyer sur celui qui peùt donner l'accroissement à ce qui a été ensemencé et planté. Il ne faut pas cesser de travailler, mais, en travaillant, il faut se confier en Dieu pour le succès de ses travaux. »
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— (1) Le motif formel d'une vertu théologale ne peut pas être quelque chose de créé, si noble que ce soit; il ne peut être que Dieu même, ici Dieu toujours secourable.
— (2) Cajetan dit très bien, in IP Il", q. i7, a. 5, n' 6 : Desidero Deummihi, nou propler me, sed propter Deum. » Nous désirons Dieu à nous sans le subordonner à nous, tandis que nous désirons un fruit, qui nous est inférieur, à nous et pour nous. La fin dernière de l'acte d'espérance est Dieu même.
— (3) II' Il", q. 2, a . 1, et de Veritate, q. 14, a . a : certitude qui provient de l'évidence.
— (4) IP II", q.4, a. 8 : certitude sans évidence, mais fondée sur l'autorité de Dieu qui révèle.
— (15)) P II", q. 57, a .5, ad 3- : certitude per conformilatem ad appetilum rectum, par conformité à la droite intention.
— (6) W 11", q. 45. a .2 : certitude par connaturalité ou sympathie eus choses divines, sous l'inspiration spéciale du Saint-Esprit.
— (7) IP Il", q.18, a. 4.
— (8) Le Concile de Trente l'a déclaré contre les protestants, sess. VI, cap. a
— (9) Ibid.
— (10) Cf. Concile de Trente (Denzinger,"Erechiridion, n" 8o4).
— (11) Sess. VI, cap. xiii (Denzinger, n• 8o6).
— (12) Cf. saint Thomas , Il ' il", q. 161, a . 1, ad 3", et a. , ad 3'; q. 162, a. 1, ad 3"; q. 129, a . 3, ad tu
— (13) Comm. in Ep. ad Rom. , y, 2.
— (14) Pour ceux qui veulent non seulement,distinguer, mais en quelque sorte séparer l'ascétique de la mystique, il est difficile de dire, en lisant ces pitres de saint Paul et les Commentaires des Pères et des Docteurs, où cesse l'ascétique et où commence la mystique. En réalité, celle-ci commence lorsque commence à prévaloir le mode surhumain des dons du Saint-Esprit, en particulier de ceux d'intelligence et de sagesse, c'est-à-dire lorsque, sous l'inspiration spéciale du Saint-Esprit, nous pénétrons et goûtons les mystères de la foi : « Guslale et uidete (maniant «envie est Dominus.» |
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