+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.


Ermite laique consacrée
par voeux publics
  mère et grand-mère.

Dans le diocèse de Rimouski..  Qc.Canada

ermite franciscaine consacrée par voeux  public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous l'obéissance de Mgr Pierre André Fournier et amis de ma famille. 
et ami de ma famille depuis quelques années

Je suis une ermite franciscaine qui a été mariée, séparée, divorcée et mon mariage a été déclarer Nul et Invalide, , et je suis aussi mère et grand-mère. J'ai 2 fils et 3 petits fils.

-Ma consécration est pour:
- Ma famille- et les membres o.f.s.- mes amis (es)
- Mes Fils spirituels
- Mes prêtres vivants ou décèdés du monde
- Toute personne qui fait une demande soit en personne ou @, ou Skype et Nsm



DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE

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Titre de la série :
Les Trois äges de la vie Intérieure
Titre de la page:

Tome I-Partie 2-Chapitre 10

Purification active de la volonté

Nom de l'auteur:
P. Garrigou-Lagrange.o.p.
Tome I-Partie 2-Chapitre 10
Purification active de la volonté

Tu es, Deus, for litudo Inca. (l's. XLII, )
La force de notre volonté vient de sa docilité à l'égard de Dieu.

Nous avons vu que l'intelligence doit être purifiée, non seulement de l'erreur, de l'ignorance, de l'entêtement, de l'aveuglement spirituel, mais aussi de la curiosité, qui donne trop d'importance au secondaire et pas assez au principal, alors qu'il faudrait ordonner le travail intellec­tuel à Dieu, fin dernière,, et au bien des âmes. Il faut parler maintenant de la purification et de l'éducation de la volonté.

La volonté ou appétit rationnel, très supérieur à l'appétit sensitif, est une faculté qui se porte sur le bien connu par l'intelligence; elle a pour objet le bien dans toute son universalité, ce qui lui permet de s'élever à l'amour de Dieu, souverain Bien (I). Tandis que chacune des autres facultés se porte vers son bien à elle, la vue vers ce qui est visible, l'intelligence vers le vrai intelli­gible, la volonté se porte vers le bien de l'homme tout entier. C'est p urquoi elle applique les autres facultés à l'exercice de leurs actes, par exemple l'intelligence à la recherche du vrai. C'est pourquoi aussi, si la volonté est foncièrement droite, l'homme est bon; il n'est pas seulement un bon mathématicien, ou un bon physicien, il est un homme de bien, ou, comme il est dit dans l'Évangile, un « homme de bonne volonté »; si, au contraire, la volonté n'a pas la rectitude qu'il faudrait, si elle ne se porte pas vers le vrai bien" de l'homme tout entier, celui-ci peut être un bon logicien, un bon peintre, un bon musicien, mais il n'est pas un homme de bien; c'est un égoïste, dont les vertus, plus apparentes que réelles, sont inspirées par l'orgueil, l'ambition ou la crainte des difficultés et des ennuis.

Ainsi la volonté libre donne non seulement à ses actes propres (ou élicites), mais encore aux actes des autres facultés qu'elle commande (actes impérés), leur liberté et leur mérite ou démérite. Et donc régler la volonté, c'est régler l'homme tout entier. Mais il y a en elle des défauts, des déviations, qui sont la suite et du péché originel et de nos péchés personnels.


Du principal détailt de la volonté : l'égoïsme

La force de la volonté pour se mouvoir et porter à l'acte les autres facultés vient de sa docilité à l'égard de Dieu, de sa conformité à la volonté divine, parce que alors, par la grâce, la force divine passe en elle. C'est le grand principe qui domine toute cette question.

On voit tout le sens et la portée de ce principe en se rappelant que, dans l'état de justice originelle, tant que la volonté fut soumise à Dieu par l'amour et l'obéissance, elle eut la force de commander complètement aux passions et d'écarter tout désordre de la sensibilité; les pas, sions étaient alors totalement soumises à la volonté vivifiée par la charité (2).

Depuis le péché originel, nous naissons sans la grâce sanctifiante et la charité, avec une volonté détournée de Dieu, fin dernière surnaturelle, et faible pour l'accomplissement de nos devoirs même d'ordre naturel (3).

Sans tomber dans l'exagération des premiers protestants et des jansénistes, il faut dire que nous naissons avec une volonté portée à l'égoïsme, à l'amour désordonné de soi-même. C'est la blessure dite de malice (4) qui se manifeste souvent par un gros égoïsme, auquel on devrait prendre garde, et qui se mêle à tous nos actes. Il s'ensuit que la volonté, devenue faible par son manque de docilité à Dieu, n'a plus un pouvoir absolu sur les facultés sensibles, mais seulement une sorte de pouvoir moral ou de persuasion pour les amener à se soumettre.

Sans doute, depuis le baptême, qui nous a régénérés en nous donnant la grâce sanctifiante et la charité, cette blessure comme les autres est en voie de cicatrisation. Mais elle se rouvre aussi par suite de nos péchés personnels.

Le défaut principal de la volonté est ce manque de rectitude appelé l'amour-propre, ou amour déréglé de soi-même, qui oublie l'amour dù à Dieu et celui que nous devons avoir pour le prochain. L'amour-propre ou égoïsme est manifestement la source de tous les péchés (5). De là naissent la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, l'orgueil de la vie (6) ». La sensibilité qui n'est plus fermement conduite porte à l'irréflexion, à l'empressement fiévreux, à l'agitation stérile, à la recherche égoïste de tout ce qui plaît, à la fuite de tout ce qui coûte, à la nonchalance, au découragement, où l'on voit que la volonté a perdu sa force, et'à toutes sortes de mauvais exemples (7).

Il est clair que la volonté propre, qui se définit : celle qui n'est pas conforme à la volonté de Dieu, est la source de tout péché; et elle est fort dangereuse parce qu'elle peut tout corrompre ; même ce qu'il y a de meilleur en soi devient mauvais quand elle s'y mêle, car elle se prend pour fin, au lieu de se subordonner à Dieu. Si le Seigneur l'aperçoit dans un jeûne, un sacrifice, il les rejette, parce qu'il y voit une oeuvre divine accomplie par orgueil, pour se faire valoir. Or, la volonté propre naît de l'amour- propre ou égoïsme, c'est un amour-propre renforcé devenu impérieux.

Au sujet de l'amour-propre ou égoïsme, on peut tomber dans deux erreurs contraires : l'utilitarisme et le quiétisme. L'utilitarisme théorique ou pratique ne voit pas dans l'égoïsme un mal, mais une force qu'on doit modérer. Cette doctrine, qui ramène la vertu à une affaire, est la suppression de toute morale; elle réduit à l'utile et au délectable le bien honnête, objet de la vertu et du devoir, qui mérite d'être aimé pour lui-même et plus que nous, indépendamment des avantages ou du plaisir qui en résultent : « Fais ce que dois, advienne que pourra. » L'utilitarisme pratique conduit à l'orgueil, qui porte à se faire centre de tous ceux qui vivent autour de nous; c'est l'orgueil de domination, manifeste ou caché.

D'autre part, le quiétisme (8) a voulu réprouver tout amour intéressé, même celui de la récompense éternelle comme s'il y avait un désordre dans l'espérance chré­tienne, du fait qu'elle est moins parfaite que la charité (9).

Sous ce prétexte de désintéressement absolu, bien des quiétistes tombèrent dans la paresse spirituelle, qui se désintéresse de la sanctification et du salut (10).

Il est clair qu'il est fort utile de penser au salut et à la béatitude éternelle pour travailler à faire mourir en nous ce principal défaut de notre volonté qui est l déréglé denous-mêmes. C'est de lui que saint Augustin a dit (11) : « Deux amours ont fait deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité de la. terre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité de Dieu. L'une se glorifie en soi et l'autre dans le Seigneur.

L'une demande sa gloire aux hommes, l'autre met sa gloire la plus chère en Dieu, témoin de sa conscience. L'une, dans l'orgueil de sa gloire, marche la tête haute; l'autre dit à son Dieu : « Gloria mea, exaltons capot meurn : Vous êtes ma gloire, et c'est vous qui élevez ma tête. Celle-là dans ses victoires se laisse vaincre par sa passion de dominer. Celle-ci nous représente ses citoyens unis dans la charité, serviteurs mutuels les uns des autres, gonvernants tutélaires, sujets obéissants. Celle-là dans ses princes aime sa propre force. Celle-ci dit à son Dieu : «Sei­gneur, mon unique force, je vous aimerai. » On ne se lasserait pas de citer ici saint Augustin (12).

II faut une grande purification et éducation chrétienne de la volonté pour faire disparaître tout amour desordonné de soi-même; c'est là le résultat en nous du progrès de la charité, « qui unit l'homme à Dieu, pour que l'homme vive non pas pour soi, mais pour Dieu; ut homo non sibi vivat, sed Deo (13) ».

L'égoïsme est comme le cancer de la volonté qui la ravage de plus en plus, tandis que la grâce sanctifiante devrait être en elle comme une forte racine qui s'enfonce toujours plus dans le sol pour y puiser les sucs nourriciers et les tranformer en sève fécondante; pensons à la valeur de cette grâce habituelle, appelée « grâce des vertus et des dons » à cause de divers principes prochains d'actes méritoires qui dérivent d'elle. Pensons que dans notre volonté pour en décupler et centupler les forces, il faudrait qu'il y eût, et à un haut degré, les vertus de jus tice, de pénitence, de religion, d'espérance et de charité.

L'auteur de l'Imitation, 1. III, c. xxvii, décrit ainsi l'amour désordonné de soi-même : « Jésus-Christ : Il faut, mon fils, que vous vous donniez tout entier pour posséder tout, et que rien en vous ne soit à vous-même. Sachez que l'amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune chose du monde... Si votre amour est pur, simple et bien réglé, vous ne serez esclave d'aucune chose.

« Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas permis d'avoir; renoncez à ce qui occupe trop votre âme et la prive de sa liberté intérieure. Il est étrange que vous ne vous abandonniez pas à moi du fond du coeur, avec tout ce que vous pouvez désirer et posséder... Pourquoi vous fatiguer de soins superflus ? Demeurez soumis à ma volonté, et rien ne pourra vous nuire. Si vous voulez ceci ou cela, être ici ou là, sans autre objet que de vous satisfaire, vous n'aurez jamais de repos, parce que partout vous trouverez quelque chose qui vous blesse et quelqu'un qui vous contrarie. »

Le même livre de l'Imilation,l. III, c. Liv, dit fort bien aussi, au sujet des divers mouvements de la nature blessée, et qui reste blessée même après le baptême : « La nature est pleine d'artifice, elle attire, elle surprend, elle séduit, elle se recherche elle-même (14)... Elle ne veut point être assujettie, ni se soumettre volontairement... Elle travaille pour son intérêt propre et calcule le bien qu'elle peut retirer des autres... Elle aime recevoir les respects, les honneurs... elle craint la confusion et le mépris; elle recherche les choses curieuses et belles, elle convoite les biens du temps, s'afflige d'une légère injure. La nature est avide et reçoit plus volontiers qu'elle ne donne, elle aime ce qui lui est propre et particulier; elle se glorifie d'un rang élevé, d'une naissance illustre, elle sourit aux puissants, flatte les riches; elle est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui la blesse; elle est curieuse de nouvelles, elle veut se montrer et voir, s'attirer la louange et l'admiration...

« La grâce agit tout autrement, elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance de l'ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, à ne rechercher en tout que l'honneur et la gloire de Dieu. Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu, c'est proprement le sceau des élus, c'est le gage du salut éternel. Elle élève l'homme jusqu'à l'amour des biens célestes et le spiritualise. Et donc, plus ce qu'il y a de déréglé dans la nature est affaibli et vaincu, plus la grâce se répand avec abondance, et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit au-dedans de l'homme l'image de Dieu. »

Sainte Catherine de Sienne, dans son Dialogue, ch. Lr, montre vivement quels sont les effets de l'amour-propre : « L'âme, y est-il dit, ne peut vivre sans amour, il lui faut toujours quelque chose à aimer... Mais l'amour désordonné de soi-même conduit au mépris de la vertu... Gel amour obscurcit et rétrécit le regard de l'intelli­gence, qui ne discerne plus et ne voit plus, sinon dans ce faux jour. La lumière dans laquelle l'intelligence perçoit désormais toutes choses, c'est ce faux éclat de bien, ce clinquant de plaisir, auquel s'attache maintenant l'amour... L'âme n'en relire qu'orgueil et impatience (15). »

On lit dans le même Dialogue, ch. cxxii : « L'amour- propre a empoisonné le monde et le corps-mystique de la sainte Église; il a couvert de plantes sauvages et fétides le jardin de l'Épouse... » C'est l'amour-propre qui rend injuste envers Dieu, à qui on ne rend plus la gloire qui lui est due, et envers les âmes, auxquelles on ne donne plus les vrais biens sans lesquels elles ne peuvent vivre. Finalement l'amour-propre, qui renverse en notre volonté l'ordre voulu par Dieu, conduit au trouble, au découragement, à la discorde, à toutes les divisions, il fait perdre totalement la, paix. Celle-ci, qui est la tranquillité de l'ordre, ne se trouve vraiment qu'en ceux qui aiment Dieu plus qu'eux-mêmes et par-dessus tout.

Voir aussi Tauler partout où il parle de la nécessité de purifier notre vouloir foncier (16).


La purification de la volonté par le progrès de l'amour de Dieu

Comment rendre à la volonté plus ou moins affaiblie et viciée sa force pour le bien, la vraie force qui lui fasse vaincre la paresse spirituelle, et cette autre faiblesse cachée sous un masque d'énergie, qu'est l'orgueil ? Pour cela il faut se rappeler l'harmonie qui existait dans l'état de justice originelle où, tant que la volonté de l'homme était docile, conforme à celle de Dieu, elle avait la grâce et la force de dominer les passions, de prévenir tout écart, d'où dérivent le désordre et le découragement.

Il faut donc, pour renouveler nos énergies spirituelles, rendre notre volonté de plus en plus docile à la volonté de Dieu, qui nous donnera alors des grâces toujours nouvelles pour avancer sur la voie de la perfection.

L'éducation de la volonté doit se faire par le progrès des vertus qui doivent se trouver en elle : vertu de justice qui rend à chacun ce qui lui est dû, de religion, qui rend à Dieu le culte que nous lui devons, de pénitence, qui répare l'injure du péché, d'obéissance aux supérieurs, de véracité ou de loyauté, surtout de charité, d'amour de Dieu et du prochain (17).

De ce point de vue supérieur, la force de volonté d'un Napoléon paraît peu de chose à côté de celle de ce men­diant sublime que fut saint Benoît-Joseph Labre, ou à côté de celle de l'humble Curé d'Ars. Aux premiers siècles, la force de volonté des vierges chrétiennes, comme Agnès et Cécile, était incomparablement supérieure à celle de leurs bourreaux.

En la pratique de toutes les vertus, la docilité à la volonté divine suppose l'abnégation de la volonté propre, c'est-à-dire de la volonté non conforme à celle de Dieu. Seul l'esprit de sacrifice, en faisant mourir en nous l'amour déréglé de nous-même, peut assurer la première place à l'amour de Dieu et nous donner la paix. Il est impossible d'avoir la paix profonde de l'âme sans esprit sacrifice. C'est ce qui faisait dire à Notre-Seigneur : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce (18) »; Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit... Celui qui aime sa vie (de façon égoïste) la perdra; celui qui hait sa vie en ce monde (qui a une vie sacrifiée) la conservera pour la vie éternelle (19). » — En esprit d'abnégation, nous devons être prêts à tout abandonner pour faire la volonté de Dieu telle qu'elle nous sera manifestée. Nous devons dire avec le psalmiste :« Paralum cceur cor meum, Deus, paralum cor meum: Seigneur, mon est prêt. » (Ps cv fi, 2.) Cornme saint Paul à l'instant de sa conversion, nous devons prier ainsi chaque jour : Domine, quidme vis facere? Seigneur que voulez-vous que je fasse? » (Act., xi, 6.)

Cette purification de la volonté, pour en écarter l'égoïsme et la volonté propre, est-elle difficile? — En certaines personnes, par suite de fautes réitérées, elle est très difficile, et en tous elle est même impossible sans la grâce divine. Seul, en effet, l'amour de Dieu, qui est le fruit de la grâce, peut triompher de l'amour-Propre et le faire mourir. Mais si cet amour de Dieu grandit en nous, ce qui était d'abord difficile devient facile. En ce sens Notre-Seigneur a dit : « Mon joug est doux et mon fardeau est léger » (Matth., xi, 30).

Cette mortification de la volonté propre est facilitée dans la vie religieuse par la pratique de l'obéissance, qui rectifie et fortifie considérablement la volonté en la rendant quotidiennement et de plus en plus conforme à la volonté divine manifestée par la règle et les ordres des supérieurs.

Pour arriver à purifier et fortifier la volonté, il faut agir selon les convictions profondes de la foi chrétienne, et non pas selon l'esprit propre, plus ou moins versatile selon les circonstances et les mouvements de l'opinion. Après avoir réfléchi devant Dieu et prié pour obtenir sa grâce, il faut agir avec décision dans le sens du devoir ou de ce qui semble le plus conforme à la volonté divine. La vie est courte et nous n'en avons qu'une, il ne faut pas la perdre à des riens. De plus, il faut, avec esprit de suite, vouloir fermement et constamment ce qui nous paraît être le devoir. On évite ainsi et les fluctuations de velléités successives, contraires les unes aux autres, et la violence déraisonnable. La vraie force de la volonté est calme, et c'est ainsi qu'elle est persévérante, qu'elle ne se décourage pas par l'insuccès momentané ni par quelques blessures reçues. On n'est vaincu que lorsqu'on a abandonné la lutte. Et celui qui travaille pour le Seigneur met sa confiance, non pas en soi, mais en Lui.

En fin de compte, la volonté forte est celle qui s'appuie, non pas sur le cran d'orgueil obstiné, mais sur Dieu, sur sa grâce, que nous devons demander humblement et avec confiance tous les jours. Si nous demandons pour nous avec humilité, confiance et persévérance les grâces nécessaires à la sanctification et au salut, elfe nous seront infailliblement accordées en vertu de la promesse : « Demandez et vous recevez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira » (Matth., vu, 7). La vraie force de la volonté, effet de la grâce divine, se pûise dans la vraie prière, humble, confiante et persévérante (20).

C'est là la véritable éducation surnaturelle de la volonté. La prière est notre force en notre faiblesse. C'est ce qui faisait dire à saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie » ( Phil., iv, 13). C'est ce que doit se qui se voit obligé de subir le martyre plutôt que de renier la foi chrétienne. Dieu ne commande jamais l'impossible et donne à ceux qui la demandent bien la grâce pour être fidèle au milieu des plus grandes épreuves. Alors la volonté devient forte, de cette force divine dont parle le Psalmiste en disant : Dominas fortitudo mea. Alors par la grâce divine la volonté humaine participe à la puissance de Dieu et se libère de l'amour-propre, de l'attrait de tout ce qui nous détourne de Dieu et nous empêche d'être pleinement à Lui. Ainsi l'abnégation et l'esprit de sacrifice sont la voie inévitable de l'union divine, où l'amour de Dieu est finalement victorieux de l'amour-propre ou de l'égoïsme. Celui qui a cette sainte haine du moi fait d'amour-propre et d'orgueil, sauve son âme pour l'éternité et obtient dès ici-bas une paix et une union à Dieu qui est un avant-goût de l'éternelle vie.


L'esprit de détachement

Sur la parfaite abnégation de la volonté propre, saint Jean de la Croix donne une doctrine profonde dans la Montée du Carmel, I. III, ch. xv et suivants. Il indique le chemin le plus direct pour arriver à une haute perfection, et comment l'austérité de la voie étroite conduit à la suavité de l'union divine. Si l'on se rappelle l'élévation du but qu'il poursuit, on ne trouvera pas exagérée l'abnégation qu'il demande. Celui qui veut faire l'ascension d'une montagne ne s'arrête pas aux premières difficultés, il sait qu'il faut de l'énergie, et il s'entraîne à l'avance. De même celui qui veut vraiment marcher vers le sommet de la perfection.

Résumons cet enseignement de saint Jean de la Croix sur le détachement à l'égard des biens extérieurs, et l'égard des biens de l'esprit et du coeur, en un mot de tout ce qui n'est pas Dieu et sa volonté.

Nous devons nous détacher des biens extérieurs, riches­ses et honneurs. « Diviliae, si affluant, nolite cor apponere. Si vos richesses s'accroissent, n'y attachez pas votre coeur » (Ps. Lx!, 11).

C'est ce que dit saint Paul (I Cor., vu, 31) : « Le temps est court,... il faut que ceux qui se réjouissent soient comme ne se réjouissant pas, et ceux qui usent du inonde, comme n'en usant pas, car elle passe, la figure de ce monde. » Même ceux qui ne pratiquent pas effectivement le conseil de pauvreté évangélique doivent en avoir l'esprit s'ils veulent tendre à la perfection.

Nous devons nous détacher des biens du corps, de la beauté, de la santé elle-même; ce serait une aberration d'y tenir plus qu'à l'union à Dieu. Et nous tenons à la santé beaucoup plus que nous ne le pensons; si elle nous était irrémédiablement enlevée, ce serait pour nous un vrai sacrifice, qui peut nous être demandé. Tout cela passera comme une fleur qui se fane.

Il faut éviter toute complaisance dans les vertus que nous pouvons avoir; ce serait vanité et peut-être mépris du prochain; le chrétien doit estimer les vertus, non pas en tant qu'elles sont en lui comme un bien propre, mais en tant qu'elles conduisent à Dieu.

Lorsque nous recevons des consolations dans la prière, il ne faut pas s'y arrêter avec satisfaction; ce serait faire de ce moyen d'aller à Dieu un obstacle qui nous empêcherait de parvenir jusqu'à lui ; ce serait s'arrêter de façon égoïste à quelque chose de créé et faire du moyen une fin. On s'engagerait ainsi sur la voie de l'orgueil spirituel et de l'illusion (21). Tout ce qui brille n'est pas or ; et i1 faut être attentif à ne pas confondre le similidiamant avec le vrai. Rappelons-nous la pare du Seigneur « Cherchez d'abord le royaumé de Dieu, et tout le reste (tout ce qui est utile à votre âme et même à votre corps) vous sera donné par surcroît. »

Ceci fait comprendre que l'adversité nous est bonne pour nous délivrer de l'illusion et nous taire retrouver le vrai chemin.

Enfin si quelqu'un recevait des grâces extraordinaires, comme le don de prophétie, il faudrait éviter toute attache à cette faveur divine et vivre à son égard dans un saint détachement, en se rappelant les paroles de saint Paul (I Cor., xut, 1) : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne et une cymbale qui retentit. » Notre-Seigneur dit aussi à ses apôtres (Luc, x, 19) : « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous. sont soumis (de ce que vous chassez les démons); ais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux (22). »

Saint Jean de la Croix (23) dit au sujet de l'éloquence :« Je reconnais qu'un style relevé de beaux gestes, une haute doctrine et un noble langage peuvent produire un grand effet, mais c'est quand la piété y met la vie, car sans cet esprit que reste-t-il? Les sens ont été charmés comme l'intelligence, mais ni chaleur ni sève n'ont pénétré la volonté. Au lieu d'être prête à tout, elle se retrouve, comme auparavant, lâche et détendue, malgré les choses merveilleuses qui ont été dites avec un art parfait... Toutes les choses admirables qu'on vient d'entendre se dissipent dans l'oubli, puisque rien n'a enflammé la volonté. De soi, une telle éloquence reste stérile, parce que la sensibilité seule s'éprend de la doctrine et empêche celle-ci de pénétrer dans l'esprit. » D'où la nécessité chez le pré­dicateur de purifier grandement soir intention pour que sa parole porte vraiment des fruits de vie qui durent pour l'éternité. Pour cela il faut que son âme vive de l'esprit l'immolation ou de sacrifice, qui assure la première place en elle à l'amour de Dieu et des âmes en Dieu.

Le fruit de la purification de la volonté dont nous venons de parler est la paix, la tranquillité de l'ordre où l'âme est établie à l'égard de Dieu et du prochain. Cette paix n'est pas toujours la joie, mais elle tend à devenir de plus en plus profonde et plus haute et à rayonner même sur les âmes les plus troublées, en leur donnant la lumière de vie. C'est ce que dit Notre-Seigneur : « Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. » Ils le feront connaître et le feront aimer.

Pour conclure pratiquement, chacun doit, en s'exami­nant, se demander : l'esprit d'abnégation augmente-t-il ou diminue-t-il en moi. S'il n'y avait même plus le minimum de mortification extérieure, c'est un signe que la mortifi­cation intérieure aurait disparu, qu'il n'y aurait plus en nous de tendance vers la perfection, et nous serions comme le sel qui s'est affadi.

Il faut ici se rappeler que « dans la voie de Dieu, ne pas avancer c'est reculer ». Et que serait une vie religieuse et une vie sacerdotale où pourrait se constater un pro­grès de plus en plus lent, comme le mouvement de da pierre lancée en l'air et qui bientôt va retomber? Un progrès uniformément retardé est suivi de recul. Il faudrait, au contraire, surtout dans la vie religieuse et sacerdotale, que ce progrès soit pour ainsi dire ruait ormément accéléré, semblable au mouvement de la pierre qui tend vers le centre de la terre qui l'attire. Les âmes doivent, en effet, marcher d'autant plus vile vers Dieu, qu'elles se rapprochent de Lui et qu'elles sont plus attirées par Lui (24).

Disons au Seigneur : « Mon Dieu, faites-moi connaître les obstacles que je mets d'une façon plus ou moins consciente au travail de la grâce en moi; montrez-les-moi ces obstacles, au moment où je vais les mettre. Donnez-moi la force de les écarter, et si j'étais négligent à le faire, dai­gnez les écarter vous-même, dussé-je en souffrir beaucoup. Je ne veux que vous, Seigneur, l'unique nécessaire, et faites que ma vie, dès ici-bas, soit comme la vie éternelle commencée. »

Celui qui ferait souvent ce que dit cette prière avancerait beaucoup, ses progrès resteraient écrits au livre de vie; il recevrait, certes, beaucoup de croix, mais il serait porté par elles plus qu'il ne les porterait, comme l'oiseau est porté par ses ailes plus qu'il ne les porte. C'est ce que dit l'Imitation, 1. 11, c. xii, 5 : o Si vous portez de bon coeur votre croix, elle-même vous portera et vous conduira au terme désiré, où vous cesserez de souffrir, mais ce ne sera pas en ce monde. » C'est là le vrai chemin pour entrer dans le royaume de Dieu et dans l'intimité du royaume.


RÉFÉRENCES

(I) Cf. S. l'Iton ts, I', q. 8o, a. g et a.
—(2 Cf S. Tnomns , P, q. 95, a 2
—(3) Cf. P ll", q ion, a. 3 et 4. La volonté, qui est directement détournée de la fin dernière surnaturelle, est indirectement détournée de la fin dernière naturelle, car tout péché contre la loi surnaturelle est indirectement contre la loi naturelle, qui nous oblige d'obéir à Dieu quoi qu'il commande
—(4) P q 85, a 3 « In quantum voluntas destituitur ordine ad bonurn, est vulnus malitiae »
—( 5) P Il", q 17, a 7 « Ratio praeest irascibili et concupiscibili, non principale despotico, sed mincipatu politico, qui est ad liberos, qui non totaliter, subduntur imperio »
—(6) P Il", q. 77, a . 4 : « Inordinatus amor sui est causa omnis peccati. »
—(7) Ibid., a. 5.
—(8) Ce sont là comme des maladies de la volonté, non pas cependant des maladies proprement dites, comme le croient certains médecins matérialistes lorsqu'ils parlent de l'aboulie. La volonté est une faculté d'ordre spirituel ou immatériel, elle n'est pas le siège de maladies comme celles qui affectent notre organisme, par exemple les centres nerveux. Mais certaines maladies de ces centres rendent l'exercice de la volonté beaucoup plus difficile, comme d'autres suppriment la condilion requise du côté de l'imagination, à l'exercice de la raison et entraînent la confusion mentale ou « les idées fixes » et la folie.
Cf. Denzinger, n°'122G : « Anima non debet cogitare de praemio, de paradiso, nec de inferno, nec de morti, nec de aeternitate, etc... » Item n" ra3a, 1337 et sq.
(9) C'était mal comprendre l'acte d'espérance chrétienne; par lui nous ne subordonnons pas Dieu à nous, mais nous désirons Dieu à nous en nous subordonnant à lui, car il est la fin ultime de l'acte d'espérance. Comme le montre bien Cajétan, in II- II", q. I7, a. 5, n" G : Desidero Deum mihi, (finaliter) propice Deum, et non propler me. Tandis que s'il s'agit des choses inférieures à moi, comme un fruit, je les désire à moi et pour moi, je les subordonne à moi, comme à une fin. Au contraire, déjà par l'acte d'espérance je me subordonne à Dieu (fin dernière de cet acte). Cette subordination devient plus parfaite par la charité, qui me fait efficacement aimer Dieu formellement pour lui-même, et plus que moi, en me faisant vouloir sa gloire et l'extension de son régne
(10) Saint Thomas , Il ", q. to, a. G, distingue très clairement un amour de soi qui est condamnable et un autre qui ne l'est pas. « L'amour soi, p dit-il peut se concevoir de trois façons par rapport à la char de charité.

1-" Il est contraire il la charité, si quelqu'un met sa fin dernièredans l'amour de son bien propre (préféré à Dieu). 2° Il est inclus dans la charité, lorsque l' homme s'aime pour Dieu et en Dieu ( pour glorifier Dieu ici-bas et dans l'étenité).
3° Il se distingue de la charité sans lui étre contraire, lorsque quelqu'un s'aime en considérantcharité formellement son bien propre, sans pourtant mettre sa fin dernière en ce bien par exemple : si nous nous aimons naturellement sans pour cela nous détourner de Dieu, ni désobéir à sa loi. Il faut se rappeler que pour S. Thomas, q. Go, a. 5, toute créature est naturellement inclinée à aimer plus que soi Dieu auteur de sa nature, qui la conserve dans l'existence, comme dans notre organisme la main s'expose spontanément pour le tout. Mais cette inclination naturelle péché à aimer Dieu plus que soi 'est atténuée dans l'homme par le originel et par ses péchés personnels.
(11) De Ciuitate Dei, I. xlV, ch. XXVIII.
—(I2) Des pages comme celle-ci font penser que souvent en saint Augustin la contemplation infuse dirigeait d'en haut le raisonnement, nécessaire à l'exposition écrite ou parlée de la vérité divine.
—(13) SAINT l'Homes, II' 1f ", q. 17, a . 6, ad 3. — Item II' H", q. 83, a . 9 : « Prima petitio ponitur sanctifieetur nomen luum per quam petimus glo­riam Dei. Seconda vero ponitur adveniut regnum luum per quam petimus ad gloriam regni ejus pervenire. » Et nous pouvons désirer la vie éternelle, par l'acte d'espérance, comme notre bien suprême, et par un acte de charité, pour glorifier Dieu éternellement. Cf. Cajétan, in Il•,q. a3, a. 1, n• 2
—(14) Saint Thomas dit de même, P II", q. 169, a . a : « In statu naturae corruptae etiam deficit homo ab hoc quod secundum suam naturam potest, ut non possit totum hujusmodi bonum implere per sua naturalia... Potest tamen aliquod bonum particulare agere, sicut aedificare domum, plantare vineas et alia hujusmodi. » Ibidem, a. 3 : « In statu naturae corruptae homo .. deficit secundum appetitum volunlatis ratio­nalis, quae propier corruplionem nalurae seqiiiiur bonum privalum, nisi sanetur per gratiam Dei. »III', q. 69, a . 3 : Même après le baptême restent la concupiscence et les autres blessures en voie de cicatrisation, et c'est là une occasion de lutte et de mérite.
—(15) Saint Thomas (P q. 58, a . 5) avait noté de même, à la suite d'Aristote, que chacun juge de la fin qui lui convient selon les dispo­sitions subjectives de sa volonté et de sa sensibilité Qualis unusquisque est (secundum affectum) fulls finis uidetur ei conueniens. L'orgueilleux trouve bien ce qui satisfait son orgueil, l'humble trouve bien ce qui le garde dans l'humilité.
—(16) Cf. Sermons de Tauler, trad. Hugueny, Théry et Corin; voir surtout t. I, p. 71-82, Introduction théologique par le P. Et. Hugueny, O. P., et ibidem, t. 1, p. 217, 235, -237, 249, 287, 335-340.
— (17) Saint Thomas traite longuement de chacune de ces vertus et des vices opposés dans la Il"; on pourrait en extraire une profonde étude sur l'éducation de la volonté, car toutes ces vertus, soit acquises, oit infuses, ont leur siège dans cette faculté.
— (I8) Malat., xvi, 214•
— (19) Jean., XII, 25.
— (20) Cf. S. THOMAS, W Il ', q. 83, a . 2 et a. 16
— (21) La Montée du Carmel, 1.111, ch. xxx,
— (22) La Montée du Carmel, 1. 111, ch.
— (23) Ibid., ch. lu.t'v.
(24) Cf. S. THOMAS, in Episl.ad Ilebr., s, 25 « Motus naturalis quanto plus accedit ad terminum, mugis inlendilur. Contrarium est de motu violento (y. g. lapidis sursum projecti). Gratis auteur inclina t in rnodum naturae. Ergo qui sunt in grata, quanta plus accedunt ad finem plus debeni crescere. » — Item, P Il•, q. 35, a 6. ,‘ Omnis motus naturalis intensior est in fine.

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre

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