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Tome 2- Partie 3- Ch-1-
Saint François est élevé à la plénitude de l'Esprit-Saint de Jésus-Christ par l'amour séraphique en son coeur, et par les plaies en son corps |
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Chapitre I
La sainte Trinité opère entre elle et les saints, sur la terre et au ciel, une union merveilleuse, qui est le comble de leur sainteté,
et que Jésus-Christ a appelée leur consommation
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V1- Sur la terre, Jésus-Christ est le consommateur des saints en sa passion et sur sa Croix, parce qu'il y est l'auteur de leur salut, qu'il les immole avec lui, et qu'il est la source de cette mission du Saint-Esprit par laquelle ils sont sanctifiés, Ce divin Sauveur fixe pour chacun d'eux le monde et le temps où, pour le consommer en lui, il leur fera partager son sacrifice. |
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Dieu, qui est aussi sage que puissant, ne fait rien à demi : tous les ouvrages qui sortent de ses divines mains sont souverainement parfaits : sa bonté les commence par ses grâces et ses largesses ; sa sagesse les conduit, les dirige et les dispose par ses lumières ; sa puissance leur donne le degré d'excellence et de perfection qui leur convient.
La sanctification des justes est l'oeuvre la plus haute que la bonté, la sagesse et la puissance divines puissent, après l'Incarnation, entreprendre hors de Dieu; et, de tous les désirs qui pressent le coeur de saint Paul, il n'y en a point qui le porte à prier avec plus d'instance que celui de faire parvenir les chrétiens à cette consommation parfaite en Jésus-Christ, selon l'Esprit, qui les rendra intérieurement tous semblables à lui . (1) Elle importe extrêmement à la gloire de Dieu, qui découvre par elle la douce et perpétuelle conduite de son amour sur les saints ; elle importe infiniment au salut des justes. Elle est la grâce finale, le sceau de leur éternelle prédestination, l'accomplissement de tous les desseins de Dieu sur eux ; elle est enfin leur dernière perfection, qui, les tirant d'eux-mêmes, les abîme tout en Dieu, pour ne plus vivre que de sa vie. C'est pourquoi Dieu, qui les aime comme les plus précieux fruits de son sang, qui les tient en la main de son conseil comme les enfants de son amour, et qui veut être en eux tout en toutes choses, s'étant rendu le principe de leur sainteté, en veut être le consommateur au ciel et en la terre, par son amour et par ses plaies.
L'Église, qui est la maison de Dieu, et qui recueille en son sein tous les enfants de la grâce , a deux ordres de saints : les uns vivent et règnent dans le ciel par la gloire; les autres marchent et souffrent sur la terre dans les peines. Les premiers ont le ciel et le sein glorieux de Dieu pour le lieu de leur consommation ; les seconds trouvent le Calvaire et la croix comme le temple et l'autel où ils sont consommés.
Le Saint-Esprit, qui, en ordre d'origine, est la troisième des divines personnes, est nommé l'accomplissement ineffable et la totale consommation de la très sainte Trinité, parce que, le Père ayant engendré son Verbe par sa fécondité divine, lui ayant communiqué son Esprit, qui est son amour, tout est consommé en cette production si incompréhensible. Le Père ne peut pas donner à son Fils un Esprit plus divin, ni le Fils recevoir de son Père un plus céleste don ; ainsi, le Saint-Esprit est la consommation du Père et du Fils, parce qu'il épuise ineffablement en la procession de sa personne leur fécondité divine, et achève divinement ce cercle adorable de lumières et de flammes qui commence par le Père , continue par le Fils, et s'accomplit par le Saint- Esprit, dans lequel ils vivent, règnent et se reposent éternellement, comme au terme de leur amour.
Le Fils de Dieu , en l'excès de sa charité et de sa puissance, ne pouvait pas former sur les saints un dessein plus digne de son amour et plus glorieux pour eux, que de les vouloir faire entrer avec lui en cette société ; car, depuis qu'il est notre chef, que nous ne faisons plus qu'un avec lui, et qu'il est rentré dans le sein de la Divinité par son ascension adorable, c'est là qu'il attire tous les saints comme sur un autel sublime, selon que parle l'Église, pour ne plus faire de lui et d'eux qu'un holocauste d'amour, consumé dans le même feu de la Divinité.
C'est ce profond mystère que le Fils de Dieu nous découvre en disant : « 0 mon Père, je leur ai donné la clarté et la gloire que j'ai reçues de vous ! Qu'ils soient tous consommés en vous et en moi ; que la dilection dont vous m'aimez soit en eux, comme elle est en moi (2); » c'est-à-dire, que le même Esprit, qui est votre amour et le mien, consomme leur sainteté comme la nôtre, en les consumant du même feu d'amour.
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V3-La consommation des saints n'est pas la même, au ciel où ils sont dans la gloire, et sur la terre où ils ont encore à combattre. Au ciel , elle est identique à la consommation du Père et du Fils, qui a lieu dans le Saint-Esprit, parce que les saints, devenus membres du Fils de Dieu, ont nécessairement le même consommateur que lui. |
C'est l'admirable privilège des saints, que Jésus-Christ leur soit tout en toute chose : après s'être fait le consommateur de leur espérance, comme parle saint Paul, par l'amour jouissant et par sa gloire, qu'il leur communique dans le ciel, il lui plaît de se faire encore leur consommateur én la terre par son amour souffrant, auquel il les appelle.
Le Calvaire est le lieu que sa charité choisit pour leur consommation dernière en l'ordre de la grâce ; la croix en est l'autel, et lui, entre les fers et les épines, est consommé et consomme les saints.
Il est tout consommé du côté du ciel : comme principe, son Père ne peut pas donner à sa volonté une charité plus ardente ; comme Père, il ne peut pas communiquer à son Coeur un esprit plus divin et plus zélé pour le salut du monde ; et comme Juge, il ne peut pas lui imprimer des plaies plus sensibles. Ce sont les trois communications du Père à son Fils sur la croix, et, entre les coups et les blessures qu'il reçoit de son Père et des hommes, Jésus s'écrie amoureusement : « Toul est consommé (3)! » 0 mon Père, votre amour est content, votre charité épuisée, votre justice satisfaite ! et les hommes ne peuvent pas imprimer sur ma chair de plus cruelles blessures, ni de plus sanglantes plaies.
Selon les lumières de saint Paul, Jésus-Christ n'était pas seul consommé sur la croix; il y avait conduit tous les saints, qui sont ses membres, et par la seule et unique offrande de soi-même, il les a tous consommés (4): c'est-à-dire, ayant recueilli en soi tous les saints, aussi bien ceux qui l'ont précédé que ceux de tous les siècles postérieurs, puisqu'ils étaient tous en lui d'une manière très éminente comme membres en leur chef, il n'a fait qu'un holocauste parfait de lui et d'eux ; ils ont été sur son Coeur comme sur un autel, tous consumés du même amour, du même esprit, et des mêmes plaies. Cet holocauste qui, en consumant les saints, consommait leur sainteté, n'a pas été actuel, puisque les saints n'étaient pas présents ; mais il a eu lieu par voie de dignité, le Fils de Dieu, comme chef, les ayant transformés en lui-même, puis, par voie de prières et de supplictions, les ayant demandés comme Pontife à son Père, et, par voie de sacrifice et de mérite, ayant mérité que tous les saints fussent consommés en lui et consumés avec lui.
Pour les faire entrer en cette consommation totale, Jésus-Christ, sur la croix, est établi, selon le même saint Paul, cause et source de salut pour tous ceux qui le suivent comme Pontife (5), et il les doit sacrifier.
C'est donc du haut de la croix que le Fils de Dieu, s'étant rendu le principe et l'exemplaire du plus pur esprit de l'Évangile, répand dans les saints son amour qui les embrase, son esprit qui les remplit de ses dispositions, et ses souffrances ou ses plaies qui les consument avec lui. Puis il remet entre les mains de son Père ce même Esprit qu'il avait reçu de lui, et le Père le répand dans tous les enfants de la grâce, qui sont les frères de son Fils, pour les consommer tous en lui.
Aussi est- ce en la croix que le Fils de Dieu devient le principe d'une nouvelle mission du Saint-Esprit dans les coeurs des saints de la terre, mission bien différente de celle qu'il accomplit dans les saints de la gloire. A raison de cette différence, il est appelé quelquefois l'Esprit de Dieu, et d'autres fois l'esprit de Jésus-Christ. Quand le Père et le Fils, en la majesté de leur gloire, produisent ce divin Esprit et le communiquent aux bienheureux du ciel, et quand ce même Esprit n'opère dans les saints de la terre que des vertus de force et de grandeur, il est appelé Esprit de Dieu ; mais quand le Fils de Dieu, comme crucifié, le répand dans les coeurs des justes, il est nommé l'esprit de Jésus- Christ, et comme tel il ne produit dans les saints que croix, humiliations , amour souffrant et plaies, pour les rendre conformes au principe d'où il procède, qui est aussi leur chef.
La sanctification des justes ayant été commencée par la grâce et par la pauvreté qui les ont dépouillés des biens de la terre, et devant être consommée par les souffrances et par les plaies, Jésus-Christ, d'une sagesse très profonde, dispense à tous les saints d'une manière admirable les temps, les moyens et les lieux où ils seront consumés. Il a conduit sur le Calvaire tous ses plus chers amis, sa divine Mère, son bien- aimé saint Jean et sa divine amante Madeleine ; il les a tous consumés avec lui de son amour souffrant et de ses plaies, qu'ils recevaient en leurs coeurs. Les Apôtres, premiers enfants de la grâce et premiers exemplaires du plus pur esprit de l'Évangile, ont été consumés par l'amour et par les plaies. Les martyrs, suivant les traces de Jésus- Christ, ont été tous consumés du même esprit, et par l'amour et par les plaies.
C'est pourquoi le Fils de Dieu, voulant associer saint François aux Apôtres et aux plus grands saints de l'Église, choisit la montagne d'Alverne pour le lieu, le temple et l'autel où il sera consumé comme une victime d'holocauste par son amour souffrant, par la vertu de son esprit, et par l'impression de ses plaies. Saint François peut donc bien s'écrier, avec tous les saints qui sont ses frères, et avec Jésus-Christ même : « Tout est consommé ! De la part du Calvaire d'abord, car mon céleste Maître ne peut pas communiquer une charité plus ardente, un esprit plus pur et plus divin, ni imprimer des plaies plus saintes, puisque ce sont les siennes qui passent de lui en moi. Tout est consommé de ma part : je ne puis lui offrir ni un coeur plus altéré de souffrances, ni une volonté plus ardente à pâtir, ni une chair plus capable de porter ses plaies. Le même amour qui consume le maître consume le serviteur ; les plaies qui l'immolent me sacrifient, et ainsi s'achève la consommation de ma vie en la sienne, pour ne vivre plus que de celle-ci, ne plus l'aimer que de son amour, et ne plus souffrir que de ses blessures. »
C'est maintenant que nous pouvons concevoir selon nos petites lumières cette profonde pensée de saint Paul : « Il était convenable que celui par qui toutes choses ont été créées, pour la gloire duquel elles ont reçu l'être, et qui avait eu assez de charité pour élever plusieurs à la qualité honorable d'enfants adoptifs de Dieu, les consommât en lui par sa croix et sa passion ; car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés n'ont qu'un même Père (6)
En effet, le plus haut point de perfection où les hommes puissent être élevés, est de cesser d'être ce qu'ils sont, pour devenir en quelque manière ce que Dieu est ; car, écoulés des mains de Dieu, ils ont pour fin de rentrer dans le sein, de la Divinité. C'est ce que Jésus-Christ prétend opérer par cette consommation, mais toutefois avec cette notable différence :
La consommation du ciel tire les bienheureux d'eux-mêmes en Dieu, de leur être en l'être de Dieu, pour ne plus exister qu'en son essence ; de leur vie en la vie de Dieu, pour ne plus vivre que par sa vie ; de leurs qualités humaines dans les perfections divines, pour ne plus régner que par sa gloire.
Sur le Calvaire, Jésus-Christ, pour consommer les saints, les tire d'eux en lui comme en leur chef, de sorte qu'ils n'existent plus que par ses grâces ; de leur vie en sa mort, de sorte qu'ils ne vivent plus qu'en ses souffrances; de leurs propriétés en ses anéantissements, de manière qu'ils sont anéantis comme lui. Jésus-Christ, donc, conduit tous les saints au lieu de leur consommation, et ils se laissent doucement conduire, comme des victimes paisibles destinées aux sacrifices, pour ne plus faire qu'un holocauste avec lui, par le même feu et les mêmes plaies.
C'est le grand dessein du Fils de Dieu sur François; il veut être sa consommation en la montagne d'Alverne par l'amour souffrant, avant de l'être dans le ciel par l'amour jouissant ; il veut totalement le consommer en ses plaies, avant de le consommer dans le sein de sa Divinité, parmi les feux et les flammes du céleste amour.
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RÉFÉRENCES |
— (1) Oranaus vestram consummationern. (II Cor., mu, 9.)
— (2) Et ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis; ut sint consummati in unumut dilectio qua dilexisti me in ipsis sit. (Joan., xvii, 22, 26.)
— (3) Consummatum est. (Joan., xix, 30.)
— (4) Uns enim oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos. (Hebr., x, 14.)
— (5) Et consurnmatus, factus est omnibus obtemperantibus sibi causa salutis, appellatus a Deo Pontifex. (Hebr., y, 9 et 10.)
— (6) Decebat enim eum propter quem omnia et per quem omnia, qui multos filios iu gloriam adduxerat, auctorem salutis eorum per passionem consummare. Qui enim sanctificat et qui sanctificantur ex uno omnes. (Hebr., u, ; et 11.) |
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