+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.


Ermite laique consacrée
par voeux publics
  mère et grand-mère.

Dans le diocèse de Rimouski..  Qc.Canada

ermite franciscaine consacrée par voeux  public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous l'obéissance de Mgr Pierre André Fournier et amis de ma famille. 
et ami de ma famille depuis quelques années

Je suis une ermite franciscaine qui a été mariée, séparée, divorcée et mon mariage a été déclarer Nul et Invalide, , et je suis aussi mère et grand-mère. J'ai 2 fils et 3 petits fils.

-Ma consécration est pour:
- Ma famille- et les membres o.f.s.- mes amis (es)
- Mes Fils spirituels
- Mes prêtres vivants ou décèdés du monde
- Toute personne qui fait une demande soit en personne ou @, ou Skype et Nsm



DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE

Visite notre site internet : http://devenirpretre.org/

Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1- Partie 2- Ch-4-
LA PAUVRETÉ, PRINCIPAL MOYEN DE L'APOSTOLAT DE JÉSUS-CHRIST
EST LE CARACTÈRE ESSENTIEL DE SAINT FRANÇOIS ET DE SON ORDRE

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

CHAPITRE IV

LA PAUVRETÉ, PRINCIPAL MOYEN DE L'APOSTOLAT DE JÉSUS-CHRIST
EST LE CARACTÈRE ESSENTIEL DE SAINT FRANÇOIS ET DE SON ORDRE


V1- L'amour prenant ses délices dans l'objet aimé, saint François cherche les siennes en la Pauvreté; il l'appelle sa Reine. En effet, Jésus-Christ, au mystère de l'Épiphanie, l'a élevée pour toujours à cette dignité. Les Rois Mages ont appris aux Pauvres volontaires le culte de leur Reine.

Si l'amour est un mouvement du coeur vers la chose aimée, il est aussi sa complaisance en cette chose. Aussitôt que l'esprit a connu la beauté d'un objet aimable, le coeur s'y complaît, la bouche le loue, les mains travaillent à l'obliger de toute sorte de grâces ; parce que, entre ceux qui s'aiment, il se fait une transfusion de coeur et d'esprit, d'amour et de chaleur.

Nous adorons cette merveille dans les divines personnes. Le Père aime son Fils par le mouvement d'une douce dilection qui le ravit à soi-même. Le Fils, étant l'objet de son amour, l'est aussi de sa complaisance; le Père publie que son Fils est le bien-aimé de son coeur, qu'en lui il se complaît, se repose, et prend toutes ses divines délices(1)•

De la contemplation d'un objet si divin, si nous descendons à saint François, nous verrons qu'il e forme sur ce grand exemplaire. Depuis qu'il s'est uni la Pauvreté, qu'il en a reconnu les excellences, qu'il la regarde comme un rayon écoulé dela pureté divine, l'amour a fait naître en son lieur une admirable complaisance pour elle il rime, la chérit, l'embrasse, et toutes les délices de son âme sont en la jouissance de son aimable Pauvreté ; ravi de ses beautés, il donne jour à es flammes; son coeur exprime ses sentiments par la voix, et sa bouche éclate en louanges ; il publie partout que la Pauvreté est sa dame, sa suveraine et sa reine.

Ces louanges, qui paraissent si excessives, ne tont pas néanmoins imaginaires. Il est vrai que, asana François suivait l'opinion des hommes et ts conseils des sages du monde, il n'aurait que les pensées de mépris pour la Pauvreté ; mais, iclairé d'une lumière d'en haut, il la regarde en Jésus, qui sait bien élever les choses basses:c'est lui qui donne la qualité royale à cette méprisée qui est la Pauvreté. A son exempleFrançois l'appelle sa reine.

Le Verbe incarné, ayant assemblé en l'unité de sa personne les deux natures divine et humaine,
porte les deux qualités bien différentes de Roi et de serviteur. Il était important, pour sa gloire et pour le salut du monde, qu'il fût reconnu en ces deux états, afin que, comme Dieu et Roi, il fit adoré, et , comme homme et serviteur, il pût être imité. Il a donc tellement dispensé ses mystères, que les uns donnent des preuves de sa royauté, les autres de sa servitude : néanmoins avec cette économie que, de tous ses mystères, il n'y en a qu'un où il paraisse Roi, tandis que les autres cachent tous les éclats de sa Divinité, et ne le font voir que sous l'apparence extérieure d'une basse servitude. Comme dit saint Paul, il a pris la forme de serviteur, et il paraît comme un pur homme.

Ce mystère royal est celui de l'Épiphanie, c'est- à-dire u apparition, » où le Fils de Dieu manifeste sa Royauté et sa Divinité, que la crèche avait tenues cachées sous la vileté des langes. Mais, ce qui est admirable, il veut encore ici honorer la Pauvreté. Elle est née avec lui en la crèche ; il lui plaît qu'elle l'accompagne dans son couronnement, qu'elle y soit présente, et qu'elle reçoive avec lui, comme reine, les premiers hommages des rois de la terre.

Toutes les vertus, unies en Jésus comme en leur source, partagent avec lui ses perfections ; il seimble néanmoins que, se cachant en ce mystère, elles laissent la place à la sainte pauvreté. Elle a le privilège d'y paraître seule. En ce jour où le Fils de Dieu est proclamé roi, il est revêtu de la pauvreté comme de son manteau royal ; il n'est accompagné que de pauvres ; il veut recevoir les premières adorations des homms dans une étable, le plus pauvre lieu du monde ; sur le trône le plus vil de l'univers, une crèche; et il lui plaît que les rois, descendant de leur siège royal, déposent leurs couronnes sur le foin et la paille, aux pieds d'un pauvre petit enfant.

En cette disposition, le Fils de Dieu élève la pauvreté au partage de son empire, parce que, de toutes les vertus, c'est celle qui a le plus contribué à le faire Roi de tout l'univers, selon la profonde pensée de saint Paul. Car, quoique le Fils de Dieu soit Roi par droit et par naissance, il l'a voulu être encore par mérite et droit d'acquisition : or, Jésus s'est abaissé, apéanti, et vidé de toute gloire ; cet anéantissement l'a élevé à la plénitude de la puissance royale et souveraine, devant laquelle le ciel et la terre s'abaissent et, fléchissant le genou, l'adorent comme leur Roi — (2). C'est donc par un mouvement de reconnaissance que le Fils de Dieu admet ta pauvreté sur son trône, l'associe à son empire, qu'elle soit présente à son sacre, qu'elle soit saluée Reine alors qu'il est reconnu Roi, et qu'elle reçoive en communauté avec lui les adoration des hommes.

Si donc ce jour est le couronnement du Fils de Dieu , il doit être aussi appelé le couronnement de la Pauvreté. Elle voit aujourd'hui les rois : courber devant elle, et leurs trésors déposés ses pieds. Si elle les recueille, ce n'est pas pour soulager sa nécessité, mais pour accepter le tribut que ses vassaux rendent à leur Reine, et elle a cette gloire, que les rois sont ses premiers tributaires.

C'est aussi en ce mystère que la Pauvreté entre comme Reine , dans l'usage de cette puissance souveraine qu'elle exercera au grand jour des assises, où elle sera séante sur le trône du Juge de l'univers ; elle fait aujourd'hui le premier essai, et prend possession de cette qualité de Juge sou­veraine sur ces rois qu'elle voit à ses pieds.

Ce n'est donc pas en vain que saint François qualifie la Pauvreté de Reine. (3) Il voit Jésus-Christ, Roi par mérite, rendre la Pauvreté Reine par grâce et privilège, la faire asseoir avec les princes, la placer, en un même mystère, entre lui et Marie, l'admettre en société de leur empire, et lui donner part dans les adorations des mages, lui si elle était l'objet commun des délices du ciel et de la terre.

Ce mystère montre à tous les Pauvres évangéliques combien la pauvreté est honorable, et ce qu'ils gagneront en la suivant. Le rois Mages sont les prémices de la pauvreté volontaire : ils sent les premiers chrétiens, parce que les premiers ils reconnaissent Jésus-Christ comme leur rédempteur, en lui offrant la myrrhe ; ils sont les premiers religieux, parce que les premiers ils le confessent leur souverain sacrificateur, en lui présentant l'encens; ils sont les premiers Pauvres volontaires, parce que les premiers ils l'adorent comme Roi, en se dépouillant pour lui de leur or. En leurs personnes, les hommes se soumettent à leur Rédempteur pour recevoir ses grâces ; l'É­tat se souille à la religion, pour recevoir ses instructions et ses lumières ; les richesses se soumettent à la pauvreté pour en être sanctifiées. A la vue de Jésus Rédempteur mourant, ils lui offrent la myrrhe de la mortification ; à la vue de Jésus Pontife, ils veulent être immolés pour son amour et consumés comme l'encens du sacrifice ; à la vue de Jésus leur Roi investi de pauvreté, ils se désapproprient de leurs trésors, et se ren­dent pauvres.

Ainsi , ces Sages montrent par leur exemple que le temps est venu où les rois, à la vue de Jésus pauvre, tiendront à gloire de changer leurs richesses en indigence, leurs trésors en disette, leurs palais royaux en de viles chaumières, pourpres magnifiques de simples habits. C'est en ce mystère que la Pauvreté fait alliance avec la royauté : heureux présage, qui montre qu'elle ne sera pas seulement chérie des petits, mais que les monarques l'aimeront comme leur mère, et la serviront comme leur souveraine.


V2-Saint François enseigne à ses disciples comment ils doivent étudier la pauvreté dans la personne de Jésus-Christ, ta pratiquer selon son esprit, et s'en servir pour s'unir à lui.

L'amour divin , dit l'illuminé saint Denis, est une céleste chaleur, émanée du Père des lumières (4) Du fond du coeur où il est conçu, il s'échappe comme d'une source de feu, et se répand au dehors pour communiquer ses flammes et embraser de son ardeur tout ce qui l'approche, parce que, s'étant formé une très haute idée de la beauté divine, il souhaiterait que tous les coeurs fussent touchés d'un si ravissant objet.

C'est l'image de l'amour de François pour sa très chère Pauvreté. Depuis qu'il a été ravi de ses excellences, qu'il lui a donné son coeur, son amour est devenu un zèle insatiable : il ne se contente pas de l'aimer ; il voudrait que tous l'aimassent , et que de tous les coeurs il se fît un commun embrasement pour cette divine vertu. Mais surtout, étant le père des Pauvres volontaires , il s'efforce de leur communiquer son esprit pour le leur imprimer dans un degré éminent, il leur a donné trois instructions

La première était de regarder toujours la pauvreté en Jésus comme en son exemplaire, ainsi que remarque saint Bonatrenture (5) Ce sage et illuminé Père savait que Jésus-Christ est le fondement de notre prédestination, notre sagesse, notre sanctification, notre justice, la source de toute la grâce et de toute la gloire que nous pouvons avoir ; il savait que, Jésus-Christ étant le chemin, hors de cette voie il n'y a qu'égarement ; que, Jésus-Christ étant la première vérité, tout ce qui ne lui est pas conforme n'est que mensonge; que, Jésus-Christ étant la vie, tout ce qui ne vit pas de lui, et tout ce qui n'est point animé de son esprit, n'est point vivant, mais mort. Il apporta donc une étude singulière à faire bien comprendre à ses disciples la grandeur, l'importance et la nécessité de cette union ; il les appliqua fortement et constamment à Jésus-Christ, pour régler sur lui leur intérieur et leur extérieur. Tandis que ce sage Père élevait ainsi sa petite famille, leur pauvreté était si extrême, qu'ils n'avaient point de livres. Il leur donnait Jésus-Christ comme le livre où ils apprendraient mieux ce qu'ils devaient dire et faire surtout combien ils devaient être pauvres, et combien souffrir. Admirable instruction, digne des lumières du ciel, parce que les vertus, considérées en ce divin exemplaire, perdent tout ce qu'elles ont d'effroyable à la nature, se revêtent d'une si ravissante beauté, qu'il est impossible de ne pas l es embrasser avec allégresse.

La seconde instruction de cet homme céleste à ses chers enfants était de garder la pauvreté avec l'esprit de Jésus-Christ. « Celui , » disait-il, « qui veut s'élever jusqu'à la plus haute perfection de la pauvreté, doit non seulement renoncer à la prudence humaine, mais en quelque manière ne point s'appuyer sur les lumières des sciences humaines, afin que, tout désapproprié de soi-même, il entre dans les puissances du Seigneur, c'est-à-dire dans son esprit, qui est appelé la vertu de Dieu , et ainsi se livre tout nu entre les bras de Jésus crucifié. Celui-là n'est pas parfaitement pauvre, qui retient en son coeur des réserves de son propre sens. »

Depuis que le Fils de Dieu s'est uni notre nature, on trouve heureusement en lui tout ce qui est nécessaire pour notre parfaite sanctification; on y voit les vertus que nous devons suivre, et on reçoit de lui l'esprit selon lequel on les doit mettre en pratique. Or, pour s'animer de cet esprit, il faut se vider du nôtre : l'Esprit divin ne peut pas cohabiter avec la sagesse humaine.

Saint-François portait donc bien haut ses pensées quand il voulait que ses disciples fussent tellement désappropriés d'eux-mêmes, que, ne s'app uyant plus sur la prudence de la chair, qui trompe, et ne suivant plus les mouvement de la chair, qui trompe, et ne suivant plus les mouvement de l'esprit d'Adam, qui est aveugle, ils s'appliquassent totatlement à Jéus-Christ, se liassent à son esprit pour en être dirigées, s'unissent à sa vie pour être vivifiés; afin que possédés de lui et de son esprit, ils n'eussent plus d'autres mouvements que ceux qu'il leur imprimerait, d'ures lumières que celles qu'il leur inspirerait. Donc, garder la pauvreté dans l'esprit de Jésus-Christ, c'est la garder dans les mêmes vues, dans les mêmes intentions, en se laisssant guider par le même principe, c'est-à-dire par les mouvements de l'esprit de la grâce, qui ne considère que Deu.

Aussi est-ce en l'union de cet esprit que nous recevons les lumières qui nous instruisent du mérite des vertus, la grâce qui nous les fait goûter, la force qui nous les fait pratiquer. Quand nous nous éloignons de cet esprit, et que nous marchons sous les mouvements du nôtre, nous tombons dans l'obscurité qui nous cache les beautés de la vertu, dans le dégoût qui nous la Christ rend pratiquer.

La troisième instruction consistait à faire considérer la haute dignité que l'on reçoit en Jésus-Christ par la pratique de la pauvreté. Un jour, dit saint Bonaventure, saint François étant en conférence spirituelle avec ses disciples, l'un d'eux lui demanda quelle vertu nous rendait plus digne de l'amitié de Jésus-Christ. Ravi d'une si heureuse occasion pour leur découvrir le fond de son coeur, il leur dit avec une grande suavité : • « Apprenez, mes Frères, que c'est la pauvreté. Elle est un chemin très spécial du salut , pour arriver à l'union de Jésus-Christ, parce qu'elle est le fondement de l'humilité et la racine de la perfection, et ses fruits se cueillent en abondance. Elle est le trésor caché de l'Évangile, et son prix est tel, qu'il mérite que l'on vende tout ce que l'on possède pour l'acquérir. Il n'y a rien de si précieux qu'on ne le doive quitter avec allégresse pour jouir de ce trésor, puisqu'il nous met dans la possession de Jésus-Christ même. »

« Mon bien-aimé Frère , » disait encore ce grand saint à Frère Massé , son disciple, « le trésor de la bienheureuse pauvreté est si digne et si divin, que nous ne méritons pas de le posséder en des vaisseaux fragiles, tels que nous sommes : c'est une vertu céleste qui nous fait fouler aux pieds tout ce que le monde adore ; c'est par elle que, déchargés de tous les empêchements qui nous divertissent, nous nous donnons tout entiers à Jésus-Christ, pour nous unir à son esprit. C'est par sa puissance que l'âme, retenue en terre par les liens de son corps, ne laisse pas de converser avec les anges. C'est elle qui nous unit si intimement à Jésus-Christ, qu'elle nous le fait suivre partout. Elle nous associe à Lui sur la croix, nous ensevelit en son tombeau, nous fait ressueciter de son sépulcre, et monter avec lui en la ; parce que, dès cette vie, elle donne aux âmes qui l'aiment le don d'agilité qui les élève au-dessus des cieux. »


V3- Le Fils de Dieu, riche par la divinité et ses attributs infinis, par la possession des créatures et la toute-puissance en ses enivres, a pris une nature étrangère afin de s'appauvrir. Cet appauvrissement a eu lieu d'abord dans la privation de sa personne humaine, puis dans le voile dont il a couvert sa divinité afin de ne paraître qu'un pauvre serviteur ; il est devenu encore plus pauvre par l'échange de ses divines opérations contre l'humilité des actes humains, et enfin par l'abandon de ses droits de souveraineté sur les créatures. Toutefois, il a pratiqué cet immense appauvrissement de manière à ce qu'il pût servir d'exemple aux imparfaits comme aux parfaits

La pauvreté du Fils de Dieu paraît si adorable à saint Paul, qu'il n'en parle qu'avec un très haut sentiment : « Mes frères, » dit-il aux Corinthiens, « avez-vous jamais bien compris la grandeur, l'excès et l'éminence de la bonté de Jésus pour nous; comment, étant très riche, il s'est fait pauvre dans notre intérêt, afin que son indigence nous fût une source de richesses — (6) ? »

Pour bien juger des abaissements du Fils de Dieu, il faut savoir combien il était élevé: pour bien comprendre ce qu'il a quitté, il faut bien concevoir cevoir les richesses qu'il possédait. Or, nous adorons en Jésus-Christ quatre sortes de plénitudes ou de richesses :

La première est celle de la Divinité ; il la possède entièrement avec le Père, et, quoiqu'il la reçoive de lui, c'est avec une égalité qui ne souffre point de diminution.

La seconde est celle de ses qualités, les unes absolues, qu'il possède en son Père et avec son Père, comme la toute-puissance, l'infinité, immensité, l'éternité ; les autres relatives et personnelles, en ce qu'il est Fils de Dieu , Verbe de son Père, son image, la figure de sa substance, la splendeur de sa gloire.

La troisième est celle des biens extérieurs, qui lui appartiennent soit par autorité, en ce qu'il est leur Créateur ; soit par dignité, en ce qu'il est le Chef des hommes; soit par la grandeur de l'union hypostatique, qui l'élève à l'être personnel du Verbe, et le fait entrer dans les droits de la Divinité.

La quatrième est en ses opérations. Étant un avec son Père par identité de nature, il a la même puissance, par conséquent la même opération, éclatante de la même majesté et féconde des mêmes merveilles.

Voyons-le maintenant passer de cette plénitude de richesses à des privations incompréhensibles , nour parler avec saint Paul, à l'épuisement et désappropriation les plus étonnants. Comprenez-vous bien cette haute pauvreté où Jésus se réduit ? Elle a quatre degrés.

Le premier est la désappropriation de son être, on pas divin mais humain. Le Verbe éternel, possédant avec son Père une même essence où il ne peut souffrir de pauvreté parce qu'elle est indivisible, a pris une nature étrangère pour s'appauvrir même en son être. L'humanité qu'il s'est unie a été privée de sa subsistance humaine; c'est ce que saint Paul appelle « inanition » du Verbe ; et il ne pouvait se rendre plus pauvre qu'en se dépouillant de la personnalité humaine. C'est là sa pauvreté divine et suréminente , parce qu'elle est la plus incompréhensible à l'esprit de l'homme.

Le second degré de sa pauvreté est l'obscurité dont il voile sa qualité de Fils de Dieu, la plus haute de celles qui lui appartiennent, et source de son droit à toutes les richesses de la Divinité (7) Or, il s'est rendu pauvre de cette pauvreté lorsque, comme l'observe saint Augustin, il a pris au sein de sa Mère la forme d'un serviteur; car ce titre de serviteur le privait des richesses qui lui appartenaient en sa qualité de Fils. Quels échanges ! La nuit obscure de sa naissance au lieu des lumières qui l'entourent au ciel ; une vile crèche à la place du trône où il est assis avec son Père; la captivité à la place de la toute puissance; la vileté et la petitesse d'un corps mortel et fragile à la place de l'infinie majesté!

 Son troisième degré de pauvreté a consisté ce que l'humanité qui s'est trouvée unie à la en personne du Verbe aurait dû, par un droit de société, entrer en communauté des perfections divines et opérer des effets dignes de la présence de la Divinité, et néanmoins son amour, par un effort continuel sur lui-même et sur ses propres grandeurs, a suspendu toutes les effusions de cette Divinité sur sa chair, pour donner place à la pauvreté, et porter en cette humanité la privation des hautes opérations qui lui étaient convenables. Ainsi, Jésus s'abaisse à des actions très viles ; il porte des effets très pénibles ; il exerce des actions très humbles ; il cache tous les éclats de ses perfections : Sagesse éternelle, il fait des actions d'enfant; tout-puissant, il ne laisse paraître que faiblesse; appauvri déjà en son être et en ses qualités, il le veut encore être en son extérieur, ne paraissant qu'un pur homme, impuissant et faible.

Le quatrième degré de sa pauvreté est la privation des biens extérieurs (8). Depuis que le Verbe a uni en sa personne deux natures qui le rendent et homme tout ensemble, il a deux sortes de droits ou de domaines. Comme Fils de Dieu, étant héritier universel de son Père, il partage à titre égal ses droits de souveraineté, et possède par indivis, sur toutes les créatures, ce domaine que l'on appelle divin , ou d'excellence : il ne Peut perdre ce droit ; il l'a conservé jusque dans fa pauvreté des langes et dans l'infirmité de la croix. Mais, comme homme, il a un domaine humain, ou une capacité qui lui donne droit de posséder, d'acquérir, et d'user des choses tempo­relles : ce droit est aliénable, et Jésus-Christ s'en est pu priver. Son amour, qui ne se prescrit point de bornes pour nous aimer, ne veut pas donner de limites à sa pauvreté pour nous être utile; il lui plaît qu'elle ait toute son étendue, et il est croyable que, par le voeu qu'il en a fait en la crèche, il a renoncé à ce domaine humain et politique de posséder en commun et en particulier. Ainsi , la pauvreté en commun, qui exclut entièrement le domaine, étant la plus sublime, est celle que Jésus-Christ a pratiquée tandis qu'il conversait parmi les hommes, comme le grand pape Nicolas III l'assure (9), disant : « La renonciation à la propriété des choses temporelles, tant en particulier qu'en commun, pour l'amour de Dieu, est méritoire et sainte. Jésus-Christ, montrant aux hommes le chemin de la perfection, l'a enseignée par ses paroles et confirmée par ses exemples. »

Néanmoins Jésus , étant sauveur de tous les hommes, devait montrer la voie du salut aux parfaits et aux imparfaits. Il a donc exercé les oeuvres de perfection en telle sorte que, condescendant quelquefois aux imperfections des infirmes- il exaltait la voie de perfection, et ne condamnait pas les voies moins élevées des imparfaits. C'est ainsi qu'il a fait usage d'argent, ou a voulu que le collège apostolique possédât quelque chose en commun ; mais, comme homme, il s'est privé de tout domaine, et il lui a plu de descendre jusqu'au dernier degré de la pauvreté, qui est l'indigence (10)

La pauvreté est proportionnelle aux conditions des hommes : un prince est pauvre quand son domaine n'est pas suffisant pour soutenir l'éclat de sa qualité; mais l'indigent est celui qui manque de tout. Jésus-Christ a voulu descendre à ce dernier degré; il s'est abaissé au-dessous des renards et des petits oiseaux, et s'est privé de choses qui ne manquent jamais à ces vils animaux : « Les renards, » dit ce divin pauvre et céleste indigent, « ont leurs terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, et le Fils de l'homme manque de tous ces secours : il n'a pas seulement où il puisse reposer son chef. »

0 pauvreté, aussi profonde en son excès qu'elle est divine en celui qui la souffre ! Qu'elle est digne de notre amour, puisque c'est pour nous qu'il l'a tebrassée! Et c'est singulièrement sur la croix, saint Jean Chrysostome, que Jésus-Christ a eté indigent, puisqu'il n'avait ni vêtements pour se couvrir, ni logement pour se retirer, ni lieu où reposer sa tête adorable, ni manger pour soutenir la vie qui s'écoulait avec son sang par ses plaies !


V4-Saint François a imité les degrés de la pauvreté du Fils de Dieu, et d'abord le premier, qui est la pauvreté intérieure, en se dépouillant de l'amour de soi. Il l'a apprise en contemplant le mystère de la crèche. Cette pauvreté intérieure rend douce et facile la pauvreté extérieure.

Les vertus qui sont propres au Fils de Dieu nous deviennent communes avec lui, du moment où nous sommes membres de cette Église dont il est le Chef. Unies en lui à cette divinité féconde qui aime à faire surgir du néant des êtres ornés de sa ressemblance, elles nous sont autant de sources de grâces et de sainteté, par la puissance qu'elles possèdent d'imprimer en nous leur image. Son humilité nous rend humbles; sa pureté nous fait chastes ; sa sainteté nous ravit à la terre et à nous-mêmes; son amour nous embrase ; sa justice nous apporte l'innocence. Quoique dépouillée de tout, sa divine pauvreté n'est pas moins féconde: elle persuada aux premiers fidèles de se faire pauvres, et, depuis, elle a porté ses regards sur François; de Jésus, en qui elle était comme en sa source, elle a voulu passer en lui, pour le rendre une vivante image de tous les degrés de la pauvreté du Sauveur.

Elle avait appauvri l'humanité de Jésus-Christ dans l'Incarnation, en le privant de sa personne humaine : c'est une merveille digne de nos adorations, mais qui ne pourra jamais se reproduire dans une créature. Néanmoins, afin qu'elle ne reste point stérile et sans image, Jésus appauvrit saint François, non pas en son être humain, mais en tout ce que cet être possède du fâcheux héritage d'Adam.

Tous les hommes nés d'Adam sont terrestres et font avec lui un même corps de péché.

Tous ceux qui naissent de Jésus-Christ sont un corps de justice et de grâce, forment une même personne mystique, et, pour parler avec saint Augustin , ne sont qu'un Jésus-Christ.

Cet homme pécheur, sorti d'Adam, est composé de concupiscence et d'avarice ; il est tout converti à lui-même, n'a de l'amour que pour soi, et ressent de l'aversion pour Dieu. Voilà l'être que nous tirons tous de ce malheureux père, et c'est ce que Jésus-Christ veut détruire dans les saints. Sa pauvreté divine, s'appliquant à saint François, l'appauvrissait de toute propriété de soi-même, le dépouillait, comme dit saint Paul, de toutes les disositions du vieil homme (11) et de tous les désirs choses de la terre : l'inanition du Verbe opérait en lui l'anéantissement de l'esprit d'Adam, détruisait cette vieillesse du coeur, qui, selon la doctrine de saint Bernard, consiste dans les désirs charnels, c'est- à-dire dans l'amour de la chair et du siècle (2).

Jésus-Christ, qui par sa grâce est l'auteur des saints et par ses exemples est la voie qui les conduit, ne fait rien en eux sans dessein. Ce n'est pas sans conseil qu'il a attiré saint François et l'a lié singulièrement à deux mystères , sa naissance et sa mort : ce sont les deux sources des grâces qui rendent les saints pauvres et mortifiés. La croix, mystère de souffrance et de mort, a fait courir François à tous les sens ; la naissance du Sauveur en la crèche, mystère de pauvreté, l'a dépouillé de tous les biens. C'est la raison pour laquelle notre grand saint avait une si tendre dévotion à ce mystère, en représentait les circonstances avec tant d'étude, le célébrait avec tant de suavité, et recevait en ses bras Jésus Enfant, qui lui a été si souvent présenté.

Le Fils de Dieu, dont les oeuvres sont toujours bien ordonnées, a voulu être enfant avant d'être homme, passer par la crèche avant de monter au Calvaire et à la croix. Chef des saints, il marquait ainsi l'ordre qu'ils doivent garder pour aller à Dieu. Afin d'entrer dans les voies de la grâce, i ls ont d'abord à l'imiter en sa naissance qui est un mystère de séparation et de dépouillement.

Or, Jésus-Christ a voulu y pratiquer une double pauvreté intérieure : en sa volonté, il s' est dé pouillé de l'affection et des sentiments humains que la nature a pour les biens, l'honneur et la réputation ; en son coeur, il a mis à néant toutes ses inclinations naturelles, pour les soumettre aux ordres de son Père. Voyez comme il évite d'user de sa puissance pour disposer de soi-mêmes

C'est donc ce mystère qui a imprimé sa grâce en François, et l'a rendu pauvre. En l'esprit, il a renoncé à toute la prudence humaine ; en la v lonté, il s'est dépouillé de toutes les affections sensibles ; en son coeur, il a fait mourir toutes les inclinations de la nature. Le voilà donc incomparablement riche de la pauvreté intérieure, source de toutes celles que nous admirons en lui.

C'est l'instruction très importante que tous les Pauvres volontaires peuvent recueillir de leur Père : il faut élever le temple de la pauvreté évangélique sur la pauvreté intérieure ; elle doit régner sur les affections avant de régler notre extérieur; ce sera suivre les divins enseignements de Jésus-Christ, qui a commencé la prédication de l'Évangile par la pauvreté d'esprit, en la proclamant bienheureuse. Lorsque de jeunes âmes veulent entrer dans les voies de Dieu , il les y faut introduire par la pauvreté intérieure, les fonder sur un grand dépouillement, sur une entière désapropriation de leur esprit propre et de leur volonté, et les faire aller à Jésus-Christ dans une grande nudité.

Cette pauvreté de coeur et d'affection rend la pauvreté extérieure agréable, douce et facile ; toutes les occasions de la pratiquer apportent une grande joie ; mais, pour cela, il faut s'appliquer : comme saint François , à l'étude du mystère de naissance et enfance de Jésus-Christ, y recueillir les règles de la pauvreté, et recevoir les grâces qui en inspirent l'esprit, donnent la force ta pratiquer avec allégresse, et rendent les lies dignes de suivre leur Sauveur sur cette voie royale.


V5- Saint Frangois a imité le second degré de pauvreté de Jésus- Christ, en adoptant le nom de Frère Mineur, et le troisième en exergant les actes propres aux pauvres.

La grâce qui fait les saints est merveilleuse en ceci, qu'elle leur imprime en un même temps des mouvements qui semblent tout opposés. Elle est un don du Père des lumières, une effusion de sa bonté, qui élève l'âme au-dessus d'elle-même , dans une région surnaturelle et sublime, où elle participe en quelque sorte à la nature divine— (13). Et néanmoins, cette grâce est comme un poids abaisse si profondément l'âme du juste, lui donne des sentiments si humbles, que cette âme se croit au-dessous de toute chose.

La raison de cette merveille est dans les deux principes de la grâce, savoir, Dieu en sa gloire son Fils en ses humiliations. Dieu en sa gloire, est son auteur et sa source ; son Fils, par ses souffrances et ses humiliations, a mérité qu'eue nous fût communiquée. Donc, descendant du Père, elle apporte à l'âme les lumières à l'aide desquelles celle-ci aperçoit ce qu'elle tient de lui cette vue l'élève jusqu'en la divinité — (14) Mais cette même grâce, qui a humilié le Fils sur la croix plonge dans une humilité semblable ceux qu'il a rachetés et qu'il veut se rendre conformes, Alors l'âme, sondant la profondeur de sa misère, s'abaisse devant son Dieu, et, plus cette grâce lui est abondante et lumineuse, plus elle s'humilie.

Depuis que la grâce s'est emparée de François et s'est chargée de le conduire, rien n'est si grand et si humble que ce saint. Cette grâce, étant lui-mière, a porté la vérité en son coeur, et cette vérité lui a fait connaître ce qu'est Dieu et ce qu'est la créature, la grandeur de l'un et la bassesse de l'autre. Il est entré de la sorte en la connaissance des hautes qualités du Verbe incarné son Maître, et de sa filiation divine ; et il c'est vu lui-même fils adoptif de Dieu par grâce, comme Jésus l'est par nature. Mais il a vu aussi son divin exemplaire s'appauvrir, anéantir ce haut titre et se revêtir du nom de Serviteur. Alors, François n'a pas pu demeurer élevé tandis que sous Dieu s'abaissait. Pour lui être conforme en cet acte d'appauvrissement, il a pris le nom de frère Mineur, comme très convenable à ceux qui font profession d'être très humbles et très pauvres, dit saint Bonaventure.

Dieu, dit saint Augustin , est le bien de tout bien (15) : c'est-à-dire, notre sainteté n'est qu'une participation de la sienne, notre prudence une ombre de sa sagesse. Ainsi, tous les titres qui marquent quelque puissance sont empruntés à ses grandeurs, et les noms qui portent quelques abaissements parmi les chrétiens, se tirent de Jésus-Christ en ses humiliations. Il a le premier porté le nom de Mineur, s'étant rendu le moindre des hommes, un ver de terre, l'opprobre des peuples (16), et il lui a plu de le consacrer dans ses Apôtres : « Que celui qui veut être le plus grand parmi vous, » leur a-t-il dit, « soit Mineur, ou le moindre. » Ainsi, ce nom est aussi ancien que l'Église ; il est d'institution divine ; il a été publié par la bouche de Jésus-Christ, et consacré dans la personne des premiers princes de l'Église.

L'imposition des noms est l'effet d'une sublime sagesse, qui connaît le fond et la propriété arne choses, et leur donne ceux qui s'accordent à'els qualité de leur être. La condition des Pauvre évangéliques était trop éminente pour recevoir un nom de la bouche des hommes. Dieu, en étant l'auteur, en sait l'excellence; sa sagesse devait la qualifier d'un nom qui exprimât la haute dignité de leur état. Il avait révélé à saint François cette sublime vie ; il lui a révélé le nom de Frère Mineur qu'il devait porter, et qui était marqué en son Évangile par ces paroles : « Ce que vous ferez à mes Mineurs et aux moindres des miens, je le tiendrai fait à ma personne. » Et saint François assure que Jésus pensait aux Frères Mineurs, et qu'il les envisageait en ces paroles (17) Ainsi ce nom est tout divin, Jésus-Christ l'ayant consacré en sa propre personne, et Dieu l'ayant imposé aux premiers princes de son Église.

Ce nom est encore un oracle à tous ceux qui le portent : en sa signification il renferme une instruction perpétuelle. « Cette qualité de Frères Mineurs, » dit saint Bonaventure, « les invite à ne rechercher l'élévation d'aucune dignité, à ne jamais se parer d'aucun titre honorifique, et à abaisser humblement au-dessous de tous les hommes. (17) »

Saint François, étant un jour interrogé par le cardinal protecteur s'il ne voulait pas que ses Frères fussent promus aux dignités ecclésiastiques, répondit dans un sentiment tout divin : Monseigneur, mes Frères sont appelés Mineurs, afin qu'ils ne se permettent jamais de se rendre majeurs, et ne présument point de s'élever au-dessus des autres. Leur nom les avertit qu'ils doivent demeurer toujours dans le fond de l'humilité, être les plus petits de la maison de Dieu, torcher sur les traces de la vie humble de Jésus- Christ, pour être trouvés dignes d'être les plus grands au royaume éternel. Si vous désirez qu'ils soient utiles aux âmes, et qu'ils fassent du fruit dans le monde, tenez-les toujours bas, et conservez-les en l'état de leur vocation. Abaissez-les s'ils veulent s'élever. S'ils présument de s'introduire dans les charges, et de s'asseoir sur les trônes de la prélature, renversez-les rudement ; faites-les descendre, et ne souffrez jamais qu'ils soient promus aux dignités de l'Église. Enfin, leur nom leur apprend que, s'ils paraissent les plus pauvres du monde aux yeux des hommes, ils doivent être les plus riches en vertus devant Dieu. Ce mot de Frères Mineurs montre que celui auquel il s'applique doit être tout anéanti, en soi-même, mortifié en soncoeur, mort au mode, mais vivant à Jésus-Christ. Et, pour tout dire,le Frère Mineur qui veut répondre à sa vocation et à la dignité de son nom, est un contempteur du siècle, un citoyen du ciel , un ange terrestre,crucifié avec Jésus-Christ, et d'esprit et de coeur tout transformé en Dieu (19) »

La pauvreté était ainsi au coeur de François comme un poids qui l'abaissait partout où Jésus s'était humilié. Après l'avoir imité dans l'abandon de soi-même et de ses qualités, il le voulut suivre jusque dans la pauvreté de ses actions. Afin que les exercices fussent conformes au nom, il éleva sa petite famille, de quelque qualité que fussent les religieux, dans des devoirs très vils, par exemple dans l'assistance des lépreux, pour les conserver toujours dans l'esprit de pauvreté, et les rendre des images vivantes .de leur divin Maître

V6- La pauvreté extérieure de saint François a reproduit le aQuatrième degré de celle de Jésus-Christ ; le Sauveur a éxeuté en lui le dépouillement absolu qu'il n'avait pu accomplir en sa propre personne.

Quoique l'homme, en sa naissance, paraisse extrêmement pauvre, sous la nudité totale qui l'environne, il ne laisse pas d'entrer si riche dans le monde, qu'il a un droit seigneurial sur les closes de la terre, et qu'il les peut légitimement posséder comme maître.

Ce droit est fondé sur une secrète mais très haute appartenance à Dieu ; car l'homme ne fut pas plus tôt sorti de ses divines mains, qu'il porta halage de son Créateur. Dieu en avait fait l'impression en son âme par le double don de la nature et de la grâce. Celle-ci conférait une ressemblance surnaturelle, qui faisait de l'homme un enfant de Dieu, et lui communiquait la souveraineté de son Père.

Étant devenu pécheur par sa désobéissance, l'homme perdit son droit; mais Dieu, qui fait éclater les douceurs de ses miséricordes jusque dans les sévérités de sa justice, ne voulut pas que le péché effaçât l'image que sa bonté avait imprimée en l'homme, et avec cette image il lui laissa la propriété des choses.

C'est donc en la personne d'Adam, dès la naissance du monde, que ce droit a été pour la première fois accordé à tous les hommes ; ils en ont reçu la confirmation après le déluge, en la personne de Noé; mais la plus haute confirmation s'est faite par le mystère de l'Incarnation; où la grâce nous a réunis à Jésus-Christ au point de faire de nous ses amis, ses frères et ses membres. Dès lors nous sommes entrés dans les droits de sa souveraineté, et nous partageons le domaine, d'excellence qui lui appartient par sa dignité, et qu'il s'est acquis par ses mérites (20).

De tout ce discours, on peut recueillir que saint François a un double droit à la propriété des choses, l'un fondé sur la nature, l'autre surnaturel et fondé sur la grâce : il possède le premier en commun avec tous les hommes, et le second avec les justes. Or, quoique ce droit soit le privilège de la créature raisonnable, le péché peut en pervertir l'usage, en ce que la possession de la terre et de ses biens, cessant d'être pour l'homme la suite et le témoignage de sa supériorité sur les autres créatures, l'abaisse au-dessous d'elles par la cupidité, la sensualité, l'avarice, liens impurs et redoutables, qui réduisent le roi de la création sous l'esclavage de ses propres sujets. En renonçant à son droit, le Pauvre volontaire détruit la source de cet esclavage, et laisse pourtant subsister sa supériorité sur les créatures, encore obligées de le servir après qu'il les a rejetées.

La grâce était trop puissante sur les affections de saint François, et il était trop soumis à son pouvoir, pour ne pas rompre jusqu'aux moindres liens qui l'attachaient à la terre. La pauvreté ne pouvait donc passer outre ; elle est montée au plus haut degré, lorsqu'elle a dépouillé François de tout droit, et qu'elle lui a inspiré de se désapproprier, ainsi que sa famille entière, de tout domine sur les biens temporels.

« Que les Frères, » dit ce grand Patriarche des pauvres, « ne s'approprient ni lieu, ni maison, ni chose aucune ; mais, comme pèlerins et étrangers, qu'ils servent Notre-Seigneur en pauvreté et humilité. Ainsi, cet homme céleste, cet ange en terre, pour s'éloigner des biens temporels autant que la condition de cette vie le peut permettre, renonce à tous les droits que la grâce et la nature peuvent lui donner aux biens de fortune ; il se contente des espérances du ciel. Son coeur, comme un feu qui élève ses flammes, ne veut plus qu'un peu tenir à la matière, et, comme un cercle parfait et tout recueilli en soi, ne plus toucher cette terre que d'un point, pour le simple nécessaire.

Dieu, qui tient les saints en sa main par sa grâce, n'opère rien en eux que pour en tirer sa gloire. S'il a inspiré à saint François un dépouillement si général de toute chose, c'est pour achever en cet homme du ciel ce qu'il n'a pu accomplir en soi-même. Jésus-Christ, qui avait amour infini pour la pauvreté, n'a pas pu la pratiquer au gré de ses désirs. Il était d'abord, possible qu'il se privât de ce domaine d'exitance qui est essentiel à sa divine personne et qui lui appartient par l'union hypostatique ; ensuite comme chef de son Église, obligé de compatir, la faiblesse des infirmes, il a dû posséder queiqua chose en commun avec ses Apôtres, qui devaient être les pères des fidèles. Aujourd'hui encore il est expédient que les prélats qui succèdent aux Apôtres possèdent quelques biens temporels. Ne pouvant donc accomplir ses desseins en lui-même il use d'une invention toute divine. Il est dit qu'il fut immolé dès la naissance du monde en la per­sonne d'Abel (21) qu'il meurt tous les jours dans les martyrs, qu'il souffre dans ceux qui pâtissent. En effet, bien que vivant immortel et impassible en lui-même, il leur est uni par le lien ineffable de la charité qui le rend chef des élus, et par suite il est immolé ou souffrant dans leurs personnes. Ainsi s'appauvrit-il en la personne de saint François et de ses enfants, et peut-on dire que Jésus-Christ continue d'être pauvre, et qu'il accomplit dans ces Pauvres volontaires ce que l'état de sa gloire ne lui permet pas.

Et c'est en ceci que la désappropriation de tout domaine, que saint François et ses enfants pratiquent, est très divine en son dessein : ils achèvent les désirs de Jésus-Christ, accomplissent ses conseils, et il les regarde avec la même complaisane que les princes voient leurs officiers ace omplir leurs volontés.

RÉFÉRENCES

—(1) Hic est dilectus meus, in quo mihi bene complacui. Matth., lu, '17.)
— (2) Semetipsum exinanivit, et humiliavit semetipsum : propter quod Deus exaltavit ilium, ut in nomine ejus omne genu elelSaieumre.t(ippshuimi., enx,in7
— (3) Franciscus dicebat paupertatem virtutum esse reginani, quia in Rege regum , et regina matre ipsius tam prœstanter effulsit. (Pisan., lib. I.)
— (4) Amor mobilis, calidus , superfervidus. (Dion.)
— (5) Christi Jesu paupertatem frequenter cum lacrymis ad mentern revocabat. (Bonav., in Leg., cap. vn.)
— (6) Scitis enim gratiam Domini Jesu Christi quoniam propter vos egenus factus est, cum esset dives, ut illius inopia vos divites essetis. (Il Cor., vitt, 9.)
— (7) Si Filius, et hres. (Gal., iv
— (8) Quod dominium politicum et humanum Christus non assumpserit, non ideo fuit quia esset incapax illius, sed quia volunlarie illud a se abdicavit. (Suarez in 3. D. Thom., q.40, disp. 18, a . 31.)
— (9) Quam Christus viam perfectionis ostendens verbe docuit et exemplo firmavit. (Nicol. 111, c. Exiit.)
— (10) Egenus factus est. (II Cor., vin, 9.)
— (11) Coloss., III.
— (12) Vetustas in corde sunt carnalia desideria, id est amor carnis et amor sœculi. (Bern. serm. 30, inter parvos.)
— (13) Lumen gratiœ est quœdam participatio divine nature. (Dolh., q. 110, q. 3;1. 2., q.100, a. 3.)
— (14) Solus Deus deiticat per gratiam communicando consortium divine nature. ( Id. , 1. 2., q. 112, a . 1.)
— (15) Deus est bonum omnis boni. (Aug.)
— (16) Christus novissimus virarum, opprobrium hominum, abjectio plebis. (Isa., mn, 3; Psalm. xxl , 7.)
— (17) Christus ad litterarn intellexit de fratribus hujus ordi­nis, ut dicit Franciscus. (Pisan., lib. I Conf., parte 2.)
— (18) Fratres Minores, sic dicti ut de nullo dignitatis gradu contendentes, nec sibi nomen honoris alicujus usurpantes, omnibus se humilitatis amore subjiciant. ( Bon., in Expos. Reg., cap. 1.)

— (19) Pisan., 1. Conf., in cap. t. Reg.
— (20) Humano generi... datum a Deo reperimus, statim post hominem conditum; iterum in restauratione humani generis post diluvium : postremo in sublimiori restauratione per Christum. ( Grotius, de Jure belli et puas, cap. 1. )
— (21) Agnus qui occisus est ab origine mundi. (Apoc., xm, 8.)

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre

1
7
2
8
3
9
4
10
5
11
6