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CHAPITRE III
LES VOEUX PRONONCÉS EN LA RELIGION DES FRÈRES MINEURS
SONT IDENTIQUESCEUX PAR LESQUELS JÉSUS-CHRIST S'ÉTAIT LIÉ
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V1- Pour honorer parfaitement son Père, remplir dignement ses fonctions de chef, de modèle et de docteur de son Église, et mettre le sceau à sa propre sainteté par la consécration de soi-même à Dieu, le Verbe incarné a fait les voeux de religion et spécialement celui de Pauvreté. Il est ainsi devenu le premier religieux de la Loi nouvelle.
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Nous savons par l'Évangile que le Fils de Dieu est souverainement parfait non seulement en son être, où tout est accompli, mais en ses actions : conduites par sa sagesse, toujours conformes à l'infinité de sa grandeur, jamais elles n'ont pu s'éloigner de la souveraine perfection qui lui est naturelle. Il est donc assez difficile de comprendre Comment il ait pu se lier par des vœux , puisquele voeu suppose la dépendance vis-à-vis d'un périeur auquel on s'oblige, ou l'inconstance d'u. volonté, qui demande d'être affermie par le lIen du voeu, et d'être attachée inséparablement à l'exercice du bien.
Le Verbe incarné, en sa divinité, ne peut pas faire de voeux à son Père : il lui est égal en Majesté ; mais, en son humanité, il le peut, parce qu'il lui est inférieur. Car c'est la merveille de l'Incarnation, de donner au Père et au Fils des qualités qu'ils n'avaient pas dans le ciel : par la puissance de ce très haut mystère, le Père devient le souverain de son Fils, et le Fils est rendu le serviteur de son Père ; ces deux titres si différents fondent dans le Père un droit de commander à ce Fils et de lui imposer des lois, et dans le Fils une obligation de lui obéir et de se soumettre à ses volontés ; il peut donc lui faire voeu.
Le Verbe incarné, comme homme, ayant la liberté et un plein domaine de ses actions humaines, pouvait s'obliger à un homme, à plus forte raison à son Père céleste. Entre son Père et lui, il pouvait intervenir une obligation de justice ; le Fils pouvait promettre, et s'obliger par voeu de s'acquitter de sa promesse.
Cette action n'est pas chose indécente à sa majesté, non plus que de prier, d'obéir et d'offrir des sacrifices. S'il le fait, ce n'est pas pour affermir sa volonté humaine, immobile dans le bien, et impeccable au mal ; c'est pour satisfaire à son gèle de la gloire du Père. Cette gloire a été le sein pour lequel il est descendu en ce monde, dessein fallait la manifester. Or, la gloire du Père est d'avoir un Fils qui soit Dieu et qui soit en même temps son serviteur, auquel il puisse commander. Pour montrer au monde qu'il aime son père, et pour manifester toute la gloire de celui-ci et, ce Fils et serviteur a dû ne pas omettre les actes les plus élevés de soumission et d'adoration : ces actes sont précisément les voeux
La dignité de Chef , qu'il porte au regard de la Loi nouvelle, a doucement convié sa piété à vouer; etmême il était de la sainteté de l'Église qu'il fît vœu. Voulant que la religion chrétienne soit toute divine en son état et en ses devoirs, le Fils de Dieu a gardé toujours cette conduite, non seulement de la fonder par sa puissance d'excellence, mais de s'en rendre l'exemplaire par ses actions. il a donc exercé et consacré en soi-même les actes de religion, tels que sont la prière dans les déserts et sur les montagnes, les oblations dans le Temple, le sacrifice au Cénacle et en la croix ; or, le voeu étant le plus solennel devoir de religion après le sacrifice, le Fils de Dieu ne l'a pas voulu omettre ; il lui a plu de le consacrer en soi, et de s'en rendre le modèle.
Un autre titre qui a porté le Fils de Die vouer, est son office de docteur. Il aurait été un mauvais maître en enseignant un devoir de piété qu'il n'eût pas pratiqué : pour persuader avec efficacité les hommes, il a toujours uni l'exemple à la parole; ses actions ont devancé ses discours. Après lui, les Apôtres, premiers élus de Loi nouvelle, ont voué ; puis ils ont introduit la pratique des voeux dans l'Église, sans s'être formés à ce sujet sur d'autre exemplaire que leur divin Maître.
Le Verbe incarné ayant capacité pour vouer, je dis qu'il l'a fait. Il nous l'assure lui-même par ces divines paroles : « 0 mon Père, je vous rendrai mes voeux ! » Les saints Pères, qui ont pénétré les pensées de Jésus, le confirment. Le moment où il a fait son voeu est celui où il a été inférieur à son Père, c'est-à-dire aussitôt qu'il a été homme ; et la matière de son voeu, selon saint Jérôme, a été sa naissance, sa passion et son Eucharistie (3). D'autres ajoutent que la virginité, l'obéissance et la pauvreté y ont été comprises.
C'est donc au sein de sa Mère, comme dans le premier temple et sur le premier autel de la Loi nouvelle, que le Fils de Dieu en secret s'obligeait envers son Père , pour sa gloire et le salut du monde, à naître et à mourir, à vivre et à souffrir, à garder enfin une profonde soumission à ses volontés , dans l'éloignement de toutes les délices, et dans la désapropriation de toues les richesses.
L'étable de Bethléem est le second temple où J ésus-Christ commence à exécuter ce qu'il a promis au sein de sa Mère ; la crèche est le second autel où il offre un double sacrifice, extérieur et sensible, de la pauvreté et de son sang. Il entre au monde tout nu, et au bout de huit jour il verse son sang en la même étable par la circoncision : tout ceci par mystère Bethléem, selon saint Bernard et les interprètes, signifie « maison de pain », et le pain est l'aliment le plus commun ; il soutient non seulement la vie des riches, mais celle des plus pauvres. C'est en leur naissance que les hommes commencent d'avoir droit aux richesses de leurs pères ; Jésus-Christ, au milieu de la maison de pain, renonce à tous les biens de la terre ; là où les autres commencent à vivre et avoir droit aux richesses, il commence à mourir en versant son sang, et il embrasse la pauvreté. La profession de ce voeu n'a pas été sans effet en Jésus-Christ. Elle en a produit, deux : le premier a été une appartenance singulière à son Père ; car dès cet instant il est à lui non seulement comme fils, mais comme serviteur. Le second effet a été une sainteté actuelle. Jésus-Christ devient saint non seulement par l'union à sa divine personne ou par grâce sanctifiante, mais par consécration ; ce voeu le sépare de toute appartenance à la créature, le réfère, le dédie consacre au service, à l'hommage et à phon: le de son Père. Ainsi, il est le premier religion de la Loi nouvelle ; il donne la forme de la vie regieuse et consacrée. C'est de son voeu, la source primitive, que les voeux religieux, leur dignité; ils sont divins en leur principe; très anciens par leur date, ayant commencé en Jesliss. très saints, parce qu'ils ne sont pas d'invention humaine, mais Jésus-Christ, qui est la Sages se éternelle, en a été l'exemplaire.
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V2- Les voeux de religion sont un sacrifice; chez saint François ils ont eu l'excellence d'unholocauste parfait; ils ont re:produit en lui toute la Pauvreté de soin Chef. En les recevant au nom de Dieu, le Pape établit saint François apôtre de la Pauvreté.
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Depuis que le Verbe incarné s'est fait un même corps avec l'Église, et qu'il est son chef, son dessein est de la remplir de son esprit, de la vivifier de ses grâces, de lui imprimer ses vertus, pour se la rendre toute semblable ; et l'étude de cette Église est de regarder Jésus, de marcher sur ses pas, de suivre ses exemples, d'imiter ses actions, d'entrer dans son esprit. Saint Paul veut que le Christianisme ne soit qu'une perpétuelle imitation des perfections de ce divin Chef, et que tous les tleires en soient autant de vives copies.
L'Église ne fut pas plus tôt née, dit saint Augustin, que les Apôtres, pour se conformer à leur di vin Maître, firent voeu de la perfection évangélique (4) Et quoi qu'ils se fussent obligés également aux trois voeux, c'est une chose remarquable que saint-Esprit ait voulu que celui de pauvreté singulièrement spécifié, en ce qu'ils dirent à vitre-Seigneur : « Voici que nous avons tout l'abandonné. » Tous les fidèles de cette Église naissante, élevés en l'école de ces premiers Pères de l'Évangile, les ont suivis en la profession de la pauvreté (5) et, depuis ce temps, il s'est trouvé toujours des professeurs de cette céleste vertu. Mais saint François fut plus spécialement élu pour offrir l'holocauste de la très sainte pauvreté, et pour continuer, dans le progrès de l'Église, ce que Jésus et les Apôtres avaient fait en sa naissance.
Le sacrifice est un acte de religion qui réfère la créature à Dieu; il est de son essence que la chose offerte soit consumée. Sous l'ancienne loi, il y avait deux sortes de sacrifices : dans la première, la victime n'était consumée qu'en l'une de ses parties ; l'autre était destinée pour la nourriture des prêtres ; dans la seconde, l'hostie était toute détruite. On appelait ce dernier sacrifice holocauste, d'autant que, par les ardeurs du feu, la victime y était anéantie.
La pauvreté volontaire est un véritable sacri fice ; les biens de fortune y sont la victime. la plupart des saints en ont été les prêtres, avec cette notable différence, que la pauvreté a été un sacrifice simple chez ceux qui, renonçant aux biens en particulier, retenaient le droit de poe séder en commun. Saint François, au contraire, a été choisi pour offrir un holocauste parfait de pauvreté, c'est-à-dire pour offrir un sacrifice où tout est à Dieu, et où l'homme ne se réserve aucune part. Cela était nécessaire pour que la loi de grâce eût aussi ses deux sacrifices, et pour que l'Église ne fût pas dissemblable à son Chef, qui avait offert totalement celui de la pauvreté ; l'épouse de Jésus-Christ peut donc se glorifier de ce que, en la personne de notre grand saint, elle est conforme à son céleste Chef aussi bien ès richesses de ses grâces qu'ès privations des biens de la terre.
Nous pouvons aussi véritablement assurer que, de tous les voeux et de tous les sacrifices offerts en l'Église depuis Jésus-Christ et ses Apôtres, celui de saint François est le plus solennel et le plus auguste en toutes ses circonstances. Tous les sacrifices ont pour fin commune d'honorer Dieu ; ils sont d'autant plus solennels, qu'ils l'honorent plus excellemment, et jamais ils ne le font mieux que lorsqu'ils sont plus consumés ; ainsi l'holocauste était nommé le sacrifice très suave au Seigneur, parce que la victime y était anéantie, à la gloire du Très-Haut. Or, jamais saint n'a plus éminemment honoré Dieu que François, parce qu'il s'est le plus anéanti par la Pauvreté totale. « Celui » dit un grand Pape, qui offre une partie de son bien, et retient l'autre, offre un sacrifice ; mais celui qui donne tout ce qu'il est, tout ce qu'il peut et tout ce qu'il espère, présente un holocauste parfait à la Majesté divine. »
Le sacrifice est un acte de lâtrie ; il ne peut avoir pour objet que Dieu. Les voeux sont des sacrifices ; chacun d'eux honore une perfection divine à laquelle il se rapporte : la virginité se réfère à la pureté divine, qu'elle imite ; l'obéissance contemple la souveraineté de Dieu , à laquelle elle se soumet ; la pauvreté considère la plénitude de l'être divin, et repousse toute autre source de vie. Dans les anciens sacrifices, on offrait la vie d'un animal, pour protester que Dieu est la vie, et que tout est mort hors de lui : François se désapproprie de tout ; il ne peut pas protester plus hautement que Dieu a la plénitude de l'être ; il affirme, par ce sacrifice, la nullité de la créature ; il assure que tout être est un pur néant en présence de Dieu, qui seul est suffisant à soi- même.
Mais, ce qui rend le vœu de saint François le plus solennel de tous ceux qui ont jamais été prononcés, et ce qui rend son sacrifice de pauvreté tout auguste, c'est qu'il a été offert au père leste par les propres mains de son Fils, en ta sonne de son Vicaire en terre. Le Verbe incarné, chef éternel de son Église, médiateur perpétue des hommes auprès de Dieu, cessant d'être présent à nos yeux, depuis que l'état de sa gloire nous le cache, ou que de nouveaux mystères nous le voilent, nous a laissé son Vicaire en terre, par lequel il continue son office de médiateur. Après avoir lui-même reçu les voeux de ses Apô tres, il ne pouvait pas davantage honorer le pauvre François, qu'en commettant son Vicaire pour recevoir le sien. Il lui plut donc que les mains qui ouvrent le Ciel présentassent au Père céleste l'holocauste de la pauvreté : ce fut en la personne de son chef visible, que Jésus invisiblement reçut cette hostie. N'y ayant rien en la terre de plus divin que le pontife de Borne et le sacré Collège des cardinaux, il ordonna que la solennité de ce sacrifice se célébrât au milieu de cet auguste Sénat, et Rome, après avoir été le lieu où les empereurs de la terre ont triomphé dans l'éclat de l'or et de l'argent, fut ravie de se voir le théâtre où la Pauvreté triomphait : triomphe d'autant plus glorieux qu'il se faisait par le mépris des richesses en ce même lieu où celui des princes avait éclaté par des dépouilles qui appauvrissaient l'univers.
La pauvreté a donc cette gloire, que, après être née en la crèche avec Jésus-Christ, elle a trouvé une seconde naissance en cette ville qui est la première du monde, parce que la religion y a établi le centre de son empire ; et, par une disposition admirable de la divine Providence, la religion et la Pauvreté se sont trouvées unies dans un même triomphe sur l'impiété et sur l'avarice, dans ce lieu même qui avait été le siège principal de l'idolâtrie, qui est le plus grand des péchés, etde l'avarice, qui en est la racine. Pour consacrer cette union, le saint-père daigna conférer à François le diaconat; il l'embrassa bénignement, et, par sa puissance, l'établit général des Pauvres volontaires. L'onction du sacrement et la souveraine autorité du pontife le chargeaient de conquérir le monde à la pénitence et à la Pauvreté. Ce fut un incomparable honneur à saint François, le plus pauvre des hommes, d'être l'objet d'une si haute distinction de la part de celui qui est le plus élevé par l'éminence de sa dignité et de son caractère. Le pape, l'embrassant dès qu'il dut prononcé son voeu, recevait en sa personne la Pauvreté comme fille de l'Église, l'accueillait en son sein comme l'épouse de Jésus-Christ, et lui donnait le baiser de paix en signe d'une éternelle alliance de la religion et de la Pauvreté. Et Parmi tant d'honneurs, n'oubliant pas ce qu'il était François se jeta aux pieds de l'Église, et se rendit son vassal : il fut le premier glu promet obédience au saint-siège de Rome et à tous les pontifes qui l'occuperaient.
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V3- Le Saint-Esprit veut perpétuer la Pauvreté de saint François en ses disciples; à cet effet, il les prévient de gràce, merveilleuses.
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Jésus-Christ, ayant consacré en soi-même le voeu de pauvreté par la profession publique qu'il en a faite en la crèche et durant toute sa vie, le rend perpétuel en son Église. Si son Esprit en a inspiré la pensée à saint François, ce n'était point en arrêtant à lui ses desseins ; il voulait que leur effet se portât jusqu'à ceux qui le devraient imiter en qualité d'enfants ou suivre comme disciples ; il voulait faire éclater en eux sa souveraineté qui les élisait, sa puissance qui les fortifierait, sa miséricorde qui les préviendrait, et sa providence qui les pourvoirait.
La pauvreté est fort désagréable à la nature, et les hommes ne peuvent pas goûter les incommodités qui l'accompagnent ; mais quand Dieu nous appelle à l'honorer par cette vertu, il découvre hautement sa puissance en notre faiblesse: il rend inébranlable dans l'exercice du bien, immobile dans les peines, une volonté sujette de sa nature au changement et, comme si elle était déjà participante en de son immutabilité, elle demeure constante en la poursuite de la vertu, sans que les épines qu'elle rencontre en son chemin, et les amertumes qu'elle goûte, relâchent son Dieu est admirable dans les martyrs ; il soutient leurs coeurs au milieu des supplices, entre les feux qui les consument et les fers qui les déchirent. Il n'est pas moins puissant dans les pauvres volontaires, dont le martyre, s'il n'est pas si sanglant, n'est pas moins pénible, par la longueur des incommodités qu'il impose. Se peut-il voir, dit saint Bernard, un plus cruel martyre que la pauvreté, qui nous oblige de pâtir la faim au milieu des festins, de mourir de froid la vue des robes bien fourrées que nous pourrions avoir, de souffrir d'étranges disettes au milieu des richesses que le monde nous offre, lie le démon nous montre, et que la cupidité nous porte à désirer ?
Les faveurs rares émanent d'une miséricorde ruine l'est pas moins ; la vocation à la pauvreté volontaire est une grâce singulière, que nous l'avons pu mériter : elle nous a prévenus, appelés et attirés, alors peut-être que nous en étions le plus indignes, et par nous Dieu veut montrer au monde comment sa Providence soutient la vie de ceux qui s'abandonnent à ses soins paternels lins le secours des richesses.
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V4-En vouant à Dieu une Pauvreté absolue, nous ne lui offrons pas plus qu'il ne mérite, et sa tendresse nous rend plus que nous ne pouvons lui donner.
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Dieu, si nous le considérons en lui-même des qualités qui méritent bien qu'on l'aime sans intérêt. Étant le plus noble et le meilleur des êtres, il doit être honoré d'un honneur suprême proportionné à l'infinité de ses excellences. L'honneur que nous lui rendrons, nous si pauvres et si finis, sera toujours inférieur à ses perfections. donc, pour nous acquitter autant que nous le devons, il faut que nous l'honorions autant qu'il nous est possible ; et comme l'enfer a des démons, et la terre des impies qui l'offensent autant qu'ils peuvent, ou des tièdes qui le glorifient le moins possible, il doit y avoir des anges dans le ciel, et des hommes en l'Église qui l'honorent de tout leur pouvoir.
Dieu nous aime d'un amour infini en son être, immense en son étendue, éternel en sa durée. Puisque nous ne pouvons pas lui rendre cet amour, au moins devons-nous lui donner tout ce que nous sommes et tout ce que nous pouvons en lui consacrant notre volonté par un voeu perpétuel de l'aimer d'un amour sans limite, comme il nous aime d'une charité sans mesure. Et comme le Père, engendrant son Verbe, lui donne toute sa divinité, ainsi l'âme doit-elle, imitant ce mystère, transporter tout son être en Dieu par cet acte de charité et par cette donation parfaite qui s'appelle profession.
L'homme, qui s'aime d'un amour extrêmement intéressé, ne s'engage pas volontiers dans les entreprises qu'il juge désavantageuses ou déraisonnables. Dans la profession de la pauvreté évangélique, il n'y a ni dommage à souffrir, ni témérité à craindre ; elle est aussi utile qu'elle est raisonnable à ceux qui l'entreprennent. Il n'y a rien de si honorable que de faire ce que Dieu fait : c'est tenir du divin que de pratiquer ce qu'il pratique. Jésus a voué : ce n'est donc point un déshonneur de suivre ses traces , et de vouer après lui.
C'est en même temps un profit. La pauvreté volontaire n'est pas un champ stérile ; elle porte les semences de l'éternité. Le peu qu'on y sème, quoique temporel, porte des fruits éternels. Dès cette vie, elle nous donne droit à une plus grande grâce et à une plus haute gloire, parce que Dieu proportionne les dons de la grâce et les couronnes du ciel à la mesure de ce que l'on quitte pour lui et à l'étendue de la volonté qui se livre. « Celui qui abandonnera ce qu'il possède, recevra le centuple au ciel et en la terre — (7). »
Il n'y a point de témérité à s'engager dans cette profession ; c'est plutôt une insigne prudence parce que Jésus-Christ nous en montre la sainteté par ses exemples, et nous en donne le conseil par ses paroles. Il ne faut point craindre d'être dase, l'erreur sous la conduite de la souveraine sagesse, ni de souffrir du dommage à suivre une vie qu'une bonté infinie nous inspire.
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V5- Jésus-Christ a fait ses voeux par humilité et par charité. Saint François a fait les siens par un mouvement semblable.
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Le Fils de Dieu est tout en toute chose à saint François et à ses disciples : il est le principe qui les attire, la voix qui les appelle, la grâce qui les anime, l'exemplaire qui les forme. Ils trouvent en lui, comme dans un parfait original, les dispositions intérieures qu'ils doivent porter au moment où ils s'engagent. Les voeux ont pour principe l'humilité et l'amour: l'humilité qui s'abaisse devant Dieu, l'amour qui veut s'unir à lui. Telles étaient les dispositions intérieures de Jésus-Christ ; il voua parce qu'il était humble et qu'il aimait son Père.
François n'a point d'autre exemplaire que Jésus- Christ, ni d'autres mouvements que ceux que son esprit lui inspire. Cet homme a voué la vie étroite d'une pauvreté volontaire dans un esprit humilié: il s'abaissait dans le sentiment de sa bassesse à la vue des grandeurs de Dieu, s'avouait son esclave, et le reconnaissait pour son souverain. Mais, en cette humiliation, son coeur faisait une admirable saillie hors de lui-même ; il se désappropriait de toute créature pour être tout à Dieu ; s'élevant au-dessus des choses du monde, il ne voulait que Dieu, ne soupirait qu'après son service; il s'y plaisait, s'y attachait, et, par les ardeurs d'un amour sans limites, se transformait en celui auquel il faisait don de lui-même.
Ceux qui suivent ce bienheureux Père en ses vieux, doivent l'imiter en ses dispositions intérieures. Ils doivent offrir leur promesse avec autant d'humilité que d'amour, dans un esprit de révérence qui les abaisse devant la Majesté suprême de leur Souverain, et dans le désir d'être tout à lui ; détachés de la créature, Dieu les recevra dans son sein, et les mettra au rang de ses enfants.
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— (1) Christus capax est voti sicut et praecepti. (Suarez, in 3. D. Th., q. 40, disp. 19, lest. 2.)
— (2) Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut dedit mandatum sic facio. (Joan., mv, 31.)
— (3) Aug., Basil. et Theodoret. addunt votum ibi proprio significare promissiones. Vota Christi sunt Nativitas, sel Passio , vel mysterium Corporis et Sanguinis ejus. (Hieron., in id : Vola mea reddam.)
— (4) Hoc votum potentissimi voverant , quando dixerunt Ecce nos reliquimus omnia. ( Lib. XVII, Civ. Dei, cap. 4.)
— (5) Omnes qui credebant erant pariter, et habebant omnia communia, possessiones et substantias vendebant et dividebantilla omnibus. (Act., u, 45.) Indubitanter crede quod in Pcimordio nascentis Ecclesian vota fidelium suscipere. ( Cons. Aquers., lib. III, cap. xxl.)
— (6) Innocent III, Souverain Pontife, reçut la profession de saint François entre ses mains. ( Vading., f. 64.)
— (7) Qui reliquerit patrem aut matrem, et omnia quœ posai— et, centuplum accipiet. (Matth., xix, 29. ) |
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