+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.


Ermite laique consacrée
par voeux publics
  mère et grand-mère.

Dans le diocèse de Rimouski..  Qc.Canada

ermite franciscaine consacrée par voeux  public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous l'obéissance de Mgr Pierre André Fournier et amis de ma famille. 
et ami de ma famille depuis quelques années

Je suis une ermite franciscaine qui a été mariée, séparée, divorcée et mon mariage a été déclarer Nul et Invalide, , et je suis aussi mère et grand-mère. J'ai 2 fils et 3 petits fils.

-Ma consécration est pour:
- Ma famille- et les membres o.f.s.- mes amis (es)
- Mes Fils spirituels
- Mes prêtres vivants ou décèdés du monde
- Toute personne qui fait une demande soit en personne ou @, ou Skype et Nsm



DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE

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Titre de la série :
L'Esprit de Saint François d'Assise
Titre de la page:

Tome 1- Partie 1- Ch- 4
Le saint ayant accepté la croix, Dieu a continué en lui l'impression de l'Image de son fils par l'infusion des dons du Saint Ésprit
.

Nom de l'auteur:
P. Bernardin de Paris o.f.m.

Tome 1- Partie 1- Ch- 4-a-1à 6
Le saint ayant accepté la croix, Dieu a continué en lui l'impression
de l'Image de son fils par l'infusion des dons du Saint Ésprit.
( attention comme ce chapitre est long je vais le séparer en 3 sections a-b-c-)


V1-La grâce qui attire les hommes à Dieu est très douce; obtenue par Jésus-Christ, elle est conférée par le Saint-Esprit; elle a pour premier effet, comme dans Jésus et Marie, la docilité à la volonté de Dieu. Cela a eu lieu dans la vocation de saint Paul et dans celle de saint François.

Quoique la grâce soit la maîtresse du coeur humain et la reine de la volonté de l'homme, sa régence est si douce, et l'empire qu'elle exerce sur lui si suave, qu'elle ne force point notre liberté naturelle. Elle nous attire sans violence, el nous gagne sans contrainte ; elle persuade les esprits sans les forcer ; elle a des voies secrètes pour fléchir les volontés sans les briser ; elle veut que ceux qui se soumettent à sa puissance soient libres. La grâce ne forme que des enfants, et non des esclaves.

De toutes les vocations où elle a fait plus éclater sa puissance, et où elle s'est montrée plus victorieuse de la volonté humaine, les plus remarquables ont été celles de deux hommes qui appartiennent singulièrement à la croix, saint paul apôtre, et saint François d'Assise. Encore aile très efficace, elle a néanmoins disposé leurs que avec tant de suavité, qu'elle n'a point achevé le grand oeuvre de leur justification par ses seules forces. Elle a voulu qu'ils travaillassent avec elle ; et l'un et l'autre, en la présence de Jésus-Christ qui les appelait, ont commencé leur conversion par ce mouvement de leur coeur et ces paroles si mémorables : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse (1) ? »

Ces paroles, dit saint Jean Chrysostome, sont en saint Paul les marques d'un coeur contrit et humilié, qui se donne, se livre et s'ouvre totalement au pouvoir et à l'autorité de la grâce. En François, elles sont les signes d'un esprit qui se soumet et qui s'abandonne à toute l'ampleur de la même grâce. Et c'est un honneur incomparable à François, que le Saint-Esprit ait gardé en sa vocation la même conduite qu'en celle de saint Paul.

La sanctification des saints est une oeuvre si précieuse, que le Fils de Dieu et le Saint-Esprit se la sont partagée en cet ordre : le Fils l'a méritée sur la croix par la dignité de son sang, et l'a obtenue par la sainteté de ses souffrances; (2), Saint-Esprit l'exécute. Le Fils demande la grâce qui en doit être le principe; le Saint-Esprit l'applique. Et, pour parler avec un docteur l'Église, le Saint-Esprit, comme vicaire successeur du Rédempteur, achève ce que le Sauveur commencé, sanctifie ce qu'il a racheté, conserve ce qu'il a acquis par son sang.(2)_

C'est donc Jésus-Christ qui commence la justification des justes par la grâce, et le Saint-Esprit qui la perfectionne par l'infusion de ses dons. D'autant que la grâce tend à élever le juste dans un ordre surnaturel, et pour cela le prépar souffrir des peines qu'il n'aime pas, et à se priver de plaisirs qu'il aime passionnément. L'homme trouve en lui-même des pesanteurs qui lui craindre de si hautes élévations, et des régnances qui lui font redouter des actions si agréables à la nature. Mais le Saint-Esprit court notre faiblesse ; il communique au juste ses dons : leur fonction est de rendre le coeur h main docile aux motions de la grâce, souple et obéissant à ses desseins (3).

Si par la pensée nous assistons à ce moine qui a été le premier de la justification de François, nous serons ravis de voir que le Fils et le saint-Esprit ont été d'une même intelligence pour opérer cette oeuvre. Tandis que le Fils de Dieu faisait couler de son sein les grâces qui le sanctifiaient, proposait à son esprit les rigueurs de la croix, l'entretenait de discours capables d'étonner ses pensées et de dégoûter son coeur, le Saint-Esprit descendait au fond de ce coeur, et y faisait l'impression de ses dons, pour animer le courage de François, et le rendre très docile aux desseins de la grâce. Aussi Francois s'écria-t-il : « Seigneur, que vous plaît-il que je fasse? » Paroles que le sang et la chair n'ont pas suggérées, mais que le Saint-Esprit a dictées ; soumission qui a été aussi prompte que totale. Dieu l'a appelé, il a répondu ; Dieu l'a appelé, il a suivi, comme avait fait Jésus-Christ, son exemplaire.

C'est l'honneur incomparable des saints, d'être en communauté de grâce avec le Fils de Dieu. Comme il est leur chef, et qu'ils sont ses membres, la grâce qui le rend sauveur les fait justes, dit saint Augustin(4) ; l'esprit qui l'anime et le conduit, les vivifie et les dirige. Or, dit saint Paul , « Jésus-Christ, entrant dans le monde, dit à son Père : Il est écrit au commencement du livre que je ferai votre volonté. Je le veux, ô mon Père, et me soumets au pouvoir de votre volonté suprême (5) »

Ces paroles, grandes et dignes de celui qui les profère, nous découvrent que le Fils de Dieu fait à son Père le sacrifice de tous ses sentiments humains. Comme homme, il avait des inclinations innocentes : quelque amour pour sa propre vie e, il craignait la mort; il désirait l'honneur cos un fruit légitime de ses souffrances ; il appréhendait les ignominies. Mais ces inclinations ne s'accordaient pas avec les desseins de son Père, voulait sa mort. Il s'y soumit.

L'esprit de Jésus-Christ est l'esprit des saints, Il leur inspire une même conduite et les mêmes mouvements. C'est une disposition qui mérite d'être bien observée, que, afin d'être conformes à leur exemplaire, ceux qui ont eu une liaison singulière au Fils de Dieu, ont commencé dalle à Dieu par un acte solennel de soumission à ln volonté divine. Marie appartient à Jésus- Christ par sa maternité ; pour entrer dans cette haute élévation, elle fait un acte d'abandon total de sa va lonté humaine à la volonté divine : « Voici la servante du Seigneur, que sa parole soit accomplie! Saint Paul est à Jésus comme, son apôtre; mais il entre dans l'apostolat par la soumission : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » François est à Jésus-Christ et à son Évangile comme tout évangélique ; mais Jésus-Christ, auparavant, veut qu'il fasse un sacrifice de la volonté humaine: « Seigneur, que vous plaît-il que je fasse? »

Ces paroles, très courtes, sont néanmoins très longues par les effets qui vont suivre; elles nous découvrent combien la grâce a été puissante sur sa volonté. Par cet acte de soumission, il accepte le vouloir divin, non pas en un acte isolé qu'il lui pourrait l'ordonner, mais en la totalité des actions et des souffrances qui plairont à Dieu. Par ce sacrife, François s'abandonne à toute l'étendue de l'autorité suprême ; il se soumet à toute l'ampleur du pouvoir divin ; il consent à tout faire et un tout souffrir, à tout entreprendre et à tout soutenir, par l'ignominie ou par la gloire, par la pauvreté ou par les souffrances : tout lui est égal. Il est disposé d'aller où Dieu l'appelle, de voler où il le pousse, de le suivre où il l'attire, soit à la vie, soit à la mort. Si nous cherchons pourquoi le Saint-Esprit exige de François cette soumission totale, c'est que, la divine Providence ayant élu ce saint pour accomplir en lui et par lui de grands desseins sur le monde, il devait être tout au pou­voir de Dieu et en la main de son conseil.

Tout ce qui se passe dans les saints est ordonné par l'Esprit qui les dirige; néanmoins, deux actions sont plus singulièrement sous la conduite de cet Esprit: l'une est le commencement de leur sanctification, l'autre son couronnement. Celle-ci est la grâce finale, le sceau de leur sainteté; celle-là les prépare aux desseins de Dieu. Or, de toutes les actions de la vie de saint François, cet abandon au pouvoir divin est la plus importante ; c'est la première disposition aux desseins de la grâce. De là naît en lui la capacité Pour l'accomplissement de tous les conseils de Dieu, parce que cette grâce a détruit le plus ordinaire ennemi du saint Amour, savoir l'amour propre. Par cet acte, François cesse d'être à lui et commence d'être tout à Dieu ; jusqu'à présent il a été à Dieu comme la créature à son créateur par la condition de l'être, comme juste à son Sauveur, par la puissance de la grâce ; maintenant, il est à Dieu par une élection volontaire. Oh! que ce moment est précieux pour François I Dieu Pére, lève de la lumière naturelle à la lumière divine. il commence sur lui une admirable conduite, comme sur un sujet qui ne doit plus relever que de son empire; il se rend l'esprit de son esprit, le principe de ses mouvements, la direction de son coeur, le conseiller de ses pensées ; il lui parle; il le conseille ; il agit plus en François que François lui- même. Dès lors, François n'a plus d'autres pensées que celles que Dieu lui suggère, d'autres affections que celles qu'il lui inspire, d'autres mouvements que ceux qu'il lui imprime.

Certes, nous avons sujet de dire que François a commencé sa conversion par une disposition égale à celle par laquelle plusieurs grands saints la finissent. La grâce nous est donnée pour soumettre la volonté humaine ; la volonté de François a été totalement soumise aussitôt qu'il a commencé d'aller à Dieu. La grâce a opéré en lui ce qu'elle n'a pas produit en Adam. Celui-ci a commencé sa vie par une désobéissance , et s'est efforcé de se rendre indépendant des ordres de son souverain. François commence sa vie de grâce par un acte d'obéissance ; il se réduit sous autorité divine ; par là il se rapproche de l'état de ta justice originelle, où tout était soumis à Dieu. François, par cet acte, est tout à Dieu ; Dieu ne voit plus en François rien qui soit à François, mais seulement la volonté divine qui règne. Adam est l'exemplaire de la désobéissance ; François, dit saint Bonaventure, est un exemplaire de la parfaite obéissance. Seigneur, que vous plaît-il que je fasse? « Parole bien courte, » s'écrie saint Bernard, « mais pleine, mais vive, mais efficace, » où la nature est soumise à la grâce, et la grâce victorieuse de la nature — (6).

Ah combien peu se rendent à l'empire de la grâce, et combien demeurent propriétaires d'eux-mêmes ! Néanmoins, toute la perfection de l'homme intérieur naît de ce que Dieu trouve en lui une pure capacité sans résistance, une puissance obédientielle sur laquelle il opère selon l'étendue de son souverain domaine ; et ceci est le grand ouvrage du saint amour, qui ne permet pas, dit saint Denis, que les célestes amants demeurent propriétaires d'eux-mêmes; il les fait passer dans le domaine de celui qui est l'objet de leur amour. Le grand ouvrage de l'amour, en François, est donc de l'avoir tout réduit à son empire, en sorte qu'il n'obéisse plus qu'à ses ordres.


V2-Avant le péché originel, l'homme appréciait sans erreur créatures; depuis, elles le séduisent. Le remède à ce est le don d'entendement. Pour le conférer à saint François, Dieu lui découvre les richesses de son coeur; de naît chez le saint son premier mouvement vers la pauvreté.

L'homme, dès sa naissance, fut placé par la main de la Providence entre Dieu, qu'il ne voit pas, et la créature, qui était sensible. Son sa consistait à s'attacher à l'un et à se séparer (l'autre, à tendre vers Dieu par amour comme vers sa fin dernière, et à s'éloigner de l'affection des créatures, qui lui sont inférieures. — (8)

Dans cet état, que l'on nomme la justice originelle, l'homme était éclairé d'une lumière si pure, qu'il jugeait des choses sans erreur ; la vérité était l'ornement de son esprit ; le mensonge ne pouvait y trouver place : l'erreur est la peine du péché, et non pas une appartenance de la naturel.

Quoiqu'il ne vît pas Dieu en son essence, il connaissait ses grandeurs, et, bien que la créature parût tous les jours à ses yeux avec toutes les beautés qui peuvent surprendre, il en savait la dépendance et n'en pouvait être surpris. Dans ce clair discernement, il estimait chaque chose selon le degré de son mérite : il rendait à Dieu ses adorations comme à son souverain, allait vers lui par amour et par obéissance comme à sa fin dernière ; il se servait des créatures comme de moyens qui j'élevaient à Dieu, et de voies qui l'y conduisaient.

Mais, depuis que le péché, qui est un enfant de la nuit, est entré dans le monde, il a gâté ce bel oeil de l'homme, l'entendement humain. Il l'a rempli de ténèbres : le mensonge a succédé à la vérité, l'obscurité à la lumière. Dans cette profonde nuit, l'homme ne juge plus des choses qu'avec incertitude; il prend souvent le vrai pour le faux, et, par une étrange illusion, il s'attache à la créature, qui le flatte, et quitte le Créateur, qui est sa fin légitime.

Dieu, dont les voies sont miséricorde, veut retirer l'homme de ses égarements et le conduire à soi. Pour cela, sa sagesse commence toujours par la réformation de l'entendement : cette belle puissance étant celle qui propose les objets à la volonté, le salut de l'homme dépend de sa perfection. Avec la grâce qui le sanctifie, Dieu lui communique le don d'entendement, dont l'office est de nous faire connaître notre fin dernière sans erreur, et sans que l'aspect des créatures puisse surprendre l'esprit du juste.

François, étant du nombre des enfants des hommes, partage leur condition. La naissance qui le fait fils d'Adam, le met entre Dieu et la créature en danger de faire un choix désavantageux pot son salut. Son entendement, obscurci par le péché prévenu par l'opinion, et emporté par l'exemple préfère la terre au ciel, la créature au Créatetel Il suit l'erreur et la vanité; il quitte les voies solides de la vertu ; il demeure dans cet égarement jusqu'au moment attendu par la divine Providence. Alors, Dieu commence en réformant entendement, l'éclairant de ses lumières, l'instruisant de sa parole, et François commence à découvrir ce qu'il ne savait pas, c'est- à-dire combien Dieu est grand, et combien la créature est faible et basse.

Dieu, qui ne dédaigne pas de parler aux humbles, veut instruire par lui-même François. Celui-ci est parti pour la Pouille , où il va s'engager dans la milice de la terre, au lieu de celle du Ciel à laquelle il est destiné. Le Fils de Dieu lui fait cette solennelle demande : « François, qui est -ce qui peut le plus obliger, le Seigneur et l'esclave, le riche où le pauvre? — Sans doute, » répond François, « le Seigneur et le riche peuvent faire de plus grands biens. — Pourquoi donc laisses- tu le souverain pour l'esclave, et Dieu très riche pour l'homme très pauvre, » reprend le Fils de Dieu (9) ?

De cet entretien, nous pouvons recueillir que Dieu, pour attirer François, lui a inspiré une haute pensée de ses grandeurs, une basse estime de la créature, et lui a découvert trois éminentes perfections qui sont les principes de ses oeuvres : la bonté, la providence, et la puissance. La bonté la veut donner; la providence l'ordonne ; la puissance exécute les desseins de la bonté et les orders de la providence.

Quiconque entreprend d'aller à Dieu, dit saint de la Paul, doit nécessairement croire qu'il existe, et qu'il a autant de bonté que de pouvoir pour reconnaître les fidélités de ceux qui le servent (10). Jamais l'homme ne formerait le dessein de se donner à lui, s'il était persuadé que Dieu est aveugle ou impuissant; c'est pourquoi, selon saint Augustin, le commencement de la piété est d'avoir de grands sentiments de Dieu (11), et la première pensée que notre entendement doit concevoir de lui, est de le regarder comme n'ayant que des bontés pour ceux qui l'honorent.

Or, Dieu a des pensées aussi profondes que pleines de suavité sur François. Pour le conduire à soi, pour se l'attacher inséparablement, il lui découvre un Coeur tout regorgeant de bonté, qui n'est riche que pour donner, qui ne possède que pour répandre : « François , qui est-ce qui a plus de bonté pour t'enrichir que ma puissance? la providence est un oeil toujours ouvert sur voies des justes ; elle voit ce qu'ils font et qu'ils souffrent pour ma gloire. Ma justice les veut reconnaître, et ma puissance, à qui rien n'est impossible, le peut. Au contraire, la créaturce que tu veux suivre est mon esclave ; elle n'a de son fonds que le néant, la faiblesse et l'indigente. Elle fait souvent l'aveugle, pour ne pas voir les bienfaits dont on l'oblige; et après tout les services que tu lui auras rendus , elle a assez de malice pour ne pas vouloir les reconnaître et assez d'impuissance pour ne le pouvoir faire. »

Cette instruction, si digne d'un Dieu, a jeté tant de lumières clans l'esprit de François, pour lui faire discerner la différence de Dieu et de la créature, qu'elle est la semence de la Pauvreté; elle fait naître en son coeur le premier amour de cette vertu de l'Évangile, amour fondé sur une haute estime de la Divinité, et une basse pensée de la créature.

Dieu se plaît à nous conduire au ciel par des voies toutes contraires à celles qui nous en détournent. L'attachement aux biens extérieurs est le lien qui empêche plus universellement les hommes d'entrer dans les sentiers de l'éternité: « La cupidité, » dit saint Paul , « est la racine de tous les maux. (12) » Pour ramener les hommes de cet égarement, et les rendre dignes de sa gloire la pauvreté de l'esprit est la première vertu que le Fils de Dieu leur propose : « Bienheureux les paubres d esprit, d'autant que le royaume des cieux leur appartient (13). »

La divine Providence, ayant donc élu François pour renouveler en lui ce dégagement intérieur pou biens du siècle, et élever l'éminent édifice de la pauvreté évangélique, dispose de loin son coeur ce dépouillement universel. La créature offre en "son usage un plaisir ou une utilité qui peut attacher le coeur ; souvent, son aspect est capable de surprendre ceux qui ne jugent des choses que par l'apparence. Jésus-Christ instruit donc François de la nullité, de la faiblesse et de l'impuissance de la créature ; il l'informe au même temps des grandeurs de sa divinité. C'est là le premier fondement de l'éminente Pauvreté en François : toutes les grandeurs de la terre lui semblent petites, comparées à celles de Dieu ; il repousse les richesses comme une charge importune, qui le retarde dans les voies du ciel; on ne voit plus en lui qu'un renoncement et un dégagement absolus : et si le mépris de toutes les richesses et l'élévation de l'esprit au-dessus d'elles rendent la Pauvreté très haute, comme l'appelle saint Paul (14) c'est sur ce fondement que François a élevé ce très éminent édifice, et ses enfants doivent sin lièrement honorer cette divine leçon de Jésus Christ : « François, qui est-ce qui te peut mieux récompenser, Dieu , ou la créature ? » Elle a la première faveur divine qui ait préparé le e de François à l'amour de la Pauvreté.


V3- Le péché a rendu criminelle la jouissance des créat précédemment était innocente; la miséricorde div médie à, ce désordre par la loi de la pénitence. Jésus-Christ appelle saint François à la pratique de cette vertu et le Saint-Esprit vient à son aide par le don de sagesse. Un des premiers actes que ce don lui inspire est le service des lépreux. Jésus-Christ, apparaissant au saint sous la figure d'un de ces infortunés, prouve par la joie qu' il lui cause combien est suave la vie de pénitence.

L'homme a été formé des mains de la Sagesse éternelle avec cet ordre admirable, que les deux parties qui le composent, l'âme et le corps, chacune une puissance propre, munie des organes de ses mouvements, et des instruments ses opérations. Ces puissances se portent à l'exercice de leurs actes par l'attrait du plaisir qu'ils tireront des objets qui leur agréent. Or, par disposition de la divine Sagesse, toutes les créatures renferment une beauté qui plaît aux yeux ou un plaisir qui flatte les sens. Dans le premier état d'innocence, où la nature était soumiseà la grâce, les délices que l'homme tirait des creatures étaient innocentes, et leur jouissance ne divertissait son esprit de l'actuelle contemplation de la vérité, ni son coeur de l'affection des choses divines. Mais, depuis que le péché a répandu son venin et rendu l'homme criminel, les créatures sont devenues dangereuses, et leur usage presque toujours dommageable. Le péché est le plus grand de tous les maux, parce qu'il nous prive du souverain bien; le plaisir est le père qui l'engendre, l'amorce qui le prépare : il couvre le poison qui tue. (15) Car ce monstre a tant de difformité, que jamais il ne pourrait surprendre l'affection des hommes, s'il ne nous flattait par le plaisir. Quand il est entré dans le monde par le premier de tous les hommes, la volupté lui a ouvert le passage ; il s'est glissé dans son coeur par les yeux, sous l'appât d'une pomme.

Depuis cette première victoire du plaisir sur le coeur humain, le démon, pour continuer ses conquêtes sur les enfants de ce premier criminel, n'emploie point d'artifice plus puissant que les charmes de la volupté. Sous cet appât, il trompe le jeune homme et surprend le vieillard; par cette illusion, il corrompt le jugement du sage, et pervertit son esprit. Il est vrai, dit saint Augustin, que Dieu a répandu sur toutes les créatures un rayon de sa beauté qui les rend agréables à nos yeux; et néanmoins, c'est pour cette beauté; pour ce plaisir que l'on commet le péché lorsque par une inclination étrangement déréglée, quitte le souverain bien pour les biens périsable. Ceux-ci ont une beauté qui nous agrée; ils ferment un plaisir ou une utilité qui nous gagne mais, conclut le même saint, si nous les comparons aux richesses immenses du ciel et aux félicittés de l'éternité, ils nous paraîtront vils et abjects! et le coeur de l'homme les regardera comme de la fange (16)

Donc, pour arrêter les désordres du plaisir en guérir la plaie, le Père céleste envoie Fils sur la terre, créer un monde nouveau. Le voulant faire meilleur que l'ancien, il y prescrit des lois bien différentes. Du premier, il avait banni la peine; l'usage des délices y était permis; c'est un séjour de joie, parce que l'homme était inoncent. Du second, qui est celui de la grâce éloigne tous les plaisirs qui flattent ; il y était leur jouissance à l'homme. Comme à un rebelle déchu de ses franchises, et comme à un criminel il ne lui impose que des lois de pénitence et d'amertume.

Mais, sachant que l'homme ne peut pas sans quelque plaisir, il a fait un admirable tempérament de sa justice et de sa miséricorde. Comme juste juge, il le châtie par des lois sévère à ses sens ; mais, comme père, il lui rend agreeable les peines infligées par ces lois ; et lorsqu'il appelle l'homme à une suspension totale des plaisirs, il adoucit les amertumes de sa pénitence, en lui faisant trouver la joie dans les larmes.

La conduite de l'Esprit de Dieu sur François est en ceci singulière : en l'attirant de la vie du monde à celle de la grâce, il le fait passer du plaisir à la peine, de la joie à la tristesse, des délices à la pénitence. La grâce est inséparable des souffrances. Elle a pour auteur Jésus crucifié ; il ne la communique pas sans la pénitence. Comme elle est née en ses plaies, elle imprime la croix en râle du juste, et celui-ci fait toujours le premier pas de sa conversion par les souffrances, en se privant des plaisirs qui flattent les sens, et en portant des peines que la nature ne peut aimer.

Le moment étant donc échu où Dieu voulait tirer le jeune François du plaisir du péché à la solidité de la grâce, il se présente à lui non pas en la majesté de sa gloire, mais sous un équipage capable d'étonner les esprits qui ne savent pas le secret du conseil de Dieu. Il paraît à ses yeux crucifié, entre les fers et les épines ; et, d'une bouche trempée de fiel et d'absinthe, il lui dit : « François, si tu me veux suivre, prends ta croix. »

Mais, ô mon Dieu, vous dont les voies sont toujours ordonnées par les lois de voter sagesse, il semble que votre conduite combatte les desseins de votre bonté. Vous avez assez d'amour pour attirer François, et vous lui apparaissez en un état qui le peut détourner. Votre sagesse n'a-t-elle, point, pour gagner les coeurs, d'autres invertions que les souffrances, et votre bonté n'a-t-elle, pour les ravir, d'autres charmes que les amertumes.

Mais voici le secret de la grâce : tandis du Fils de Dieu appelle François à l'abandon plaisirs et au partage de ses souffrances, le saint Esprit les tempère par une surabondance de vités ; il entre en son coeur, où il imprimet précieux don qu'on nomme la sagesse, dont fice est de rendre les plaisirs des sens insipi et les amertumes de la pénitence délicieuses.

Je ne doute pas que le monde ne trouve de secret difficile à comprendre. Comment est-il posssible que les peines soient agréables et les amerturnes délicieuses ? Nous ne craindrons peini d'être trompés, si nous voulons en croire à l'expérience d'un saint. François fait cette haute protestation : « Quand j'étais dans les péchés, il me semblait trop amer de voir les lépreux ; mais Dieu me conduisit parmi eux, et je leur fis miséricorde. Conversant avec eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur du corps et de l'âme » Paroles éclatantes comme les lumières du ciel. (17)

La grâce ne détruit point la nature dans le saint : quoiqu'ils soient justes, ils ne laissent pas d'être hommes ; ils ont les mêmes puissances dans l'état de la grâce que dans le péché. Ainsi être saint, François n'a jamais cessé d'être homme; quoique la grâce l'ait élevé au-dessus de la nature, il n'est ni devenu un Dieu, ni passé dans la condition des anges ; il a le même corrps, il conserve les mêmes sens ; il a l'inclination au plaisir et l'aversion à la peine. La grâce n'a pas détruit la nature en lui ; elle l'a purifiée ; elle lui a fait changer sa condition de pécheur en celle de saint. Or, la sagesse céleste ne peut demeurer avec ceux qui vivent dans les délices ; elle ne se trouve jamais dans le pécheur, conduit par la sagesse du monde, que saint Jacques appelle « animale (18).Conf., lib, II, cap. y. » , et qui n'a point d'autre règle que le plaisir des sens. La sagesse du ciel, que le même Apôtre appelle « pudique (18) », fait son séjour dans le juste ; il règle par elle ses actions, n'a de l'amour que pour les choses honnêtes, et d'aversion que pour les illicites.

François, sous la captivité du péché, trouvait amer ce qui lui est devenu doux sous l'empire de la grâce : c'est que, dans le premier état, il conduisait ses affections selon les règles de la sagesse humaine, qui n'aime que ce qui flatte, et n'estime que ce qui éclate ; dans l'état de la grâce, au contraire, il règle ses amours selon les lumières du Saint-Esprit, qui lui donne du dégoût des plaisirs, et lui rend les amertumes agréables. Il avait horreur des lépreux ; maintenant , leur vue le réjouit, le ravit, le console Dans la plaine d'Assise, il en rencontre un don; l'aspect très horrible lui soulève le coeur : voilà le mouvement de la nature corrompue. Mais voici la. puissance de la grâce : il s'approche de cet infortuné ; d'une main il lui fait l'aumône, et de l'autre il l'attire sur son coeur pour l'embrasser.

Quoique toutes les actions des saints soient ordonnées par l'Esprit de Celui qui les dirige, celles qui signalent le commencement de leur conversion sont plus singulièrement sous sa conclu. Ce n'est pas sans dessein du Ciel que François dans les premières années de sa pénitence, traité si familièrement avec les lépreux. Dieu, voulant qu'il fût tout à la grâce, détruisit en lui les trois sources du péché, savoir : l'amour-propre, la cupidité et le plaisir. Il avait déjà vaincu la première par sa soumission à ta volonté divine : « Seigneur, que vous plaît-il que je fasse ? » et la seconde par son dépouillement de toute chose. Il anéantit maintenant l'inclination au plaisir par la vue et la rencontre des lépreux. Nul objet n'est plus désagréable à la nature que ces pauvres misérables : leur aspect inspire l'horreur ; leur puanteur est insupportable ; leurs ulcères font bondir le coeur ; leur voisinage provoque le dégoût ; en somme, leur présence affile tous les sens. Dieu se sert de cela pour conduire François par une voie absolument contraire celle que suivit Adam. Celui-ci perdit la grâce contracta le péché à la vue d'un objet qui flattai! ses sens ; François quitte le péché et reçoit la à la vue d'un objet que les sens repoussent. Dieu veut qu'en embrassant cet objet, son serviteur expie par autant de sacrifices les plaisir qu'il a tirés des créatures, et par lesquels. Il était devenu pécheur ; Dieu veut qu'il vienne à lui par les amertumes de la vie, après avoir abjuré toutes les délices.

Mais que de douceurs sous ces amertumes ! Cette première victoire de François est si agréable à Jésus-Christ, qu'il en veut manifester sa divine satisfaction. Ainsi que la piété des fidèles l'a toujours cru et répété, Jésus-Christ, caché dans la personne de ce lépreux, disparaît aussitôt après avoir reçu son aumône et le baiser de sa bouche.

« L'amour, » dit saint Bernard, « est le grand assaisonneur du monde (20); » il adoucit l'amertume, rend agréables les choses difficiles ; d'autant que la charité , étant fille du Calvaire et formée des plaies de Jésus-Christ, tient de son principe : elle a fait trouver à Jésus la mort délicieuse. De cette source, comme d'un abîme de suavité, découlait au coeur de François une onction qui adoucissait les amertumes. Pour l'amour de Jésus il faisait ses délices de converser avec les lépreux, dit saint Bonaventure; ce qui donne de l'horreur lui causait de la complaisance ; son coeur et son âme fondaient de douceur en baisant leurs ulcères. Aussi contemplait-il Jésus en leur personne, et croyait honorer le Chef en honorant ses membres. 0 Dieu I où était le coeur de François quand il collait ses lèvres sur les lépreux? Sans doute il était où il aimait, c'est-à dire dans les plaies de son Maître ; il s'écoulait par sa bouche dans ces divines cicatrices. Et si vous êtes en peine, dit saint Bernard, de savoie où était l'âme des martyrs lorsque, leur corps dé. gouttant de sang, leur coeur tressaillait de joie elle était dans les plaies de Jésus. Ne cherche donc plus le coeur de François en lui-même, mais en celui de son Maître ; là il trouve un abîme dû douceur, qui lui fait goûter la joie dans la tristesse et les délices dans les souffrances.


V4-Le don de piété vient rendre saint François plus empressé au service de Dieu et du prochain. Comment Jésus a pratiqué la piété ; sentiments qu'elle, inspire à saint François pour son Dieu crucifié, pour l'Eglise , les prêtres, etc.

La piété chrétienne est un don précieux, émané du Saint-Esprit. Elle a deux objets, desquels elle est tout occupée : l'un au ciel et l'autre en la terre; Dieu et le prochain. D'une même vue elle, les regarde sous deux très aimables qualités, Dieu comme Père et l'homme comme frère, non pas par la liaison de la nature, mais par l'effet d'un lien divin qui nous rend membres d'un même chef, enfants d'un même Père céleste, dont nous portons également l'image, et dont dons espérons pareillement l'héritage.

Ce don est fait aux justes pour perfectionner eu eux les desseins de la grâce et de l'amour. La première sanctifie l'âme du pécheur ; la charité rectifie son intelligence et sa volonté, en les divertissant de la vue et de l'amour de la créature. Elle leur fait envisager Dieu et le prochain, pour aimer l'un d'un amour saint, et l'autre d'un amour chaste. La piété vient ensuite pour porter le juste à rendre avec promptitude, allégresse et facilité ce qu'il doit à Dieu et à l'homme, honorer celui-ci en ses qualités, ou le secourir en ses infirmités.

Cette vertu a ce privilège commun avec la charité, qu'elle est éternelle en ses exercices. Elle les commence en la terre, et les continue dans le ciel. Les saints ne cesseront jamais d'honorer Dieu d'un amour filial, et la piété leur inspirera toujours un sentiment de respect les uns envers les autres (21) , parce qu'ils portent tous l'image de leur Père, et qu'ils ne cesseront jamais d'être les membres de leur divin Chef. Sur la terre, ils auront compati à leurs frères, avec qui ils étaient en communauté de misère ; dans le ciel, ils leur rendront un légitime honneur, puisqu'ils seront en société de gloire.

S'il est vrai que les âmes des justes sont en conduite de Dieu, le coeur de François était en ses mains comme une cire molle, susceptible d'impressions que la grâce y viendrait produit aussi le don de la piété vint il le rendre t prompt et très docile à s'acquitter de ce qu'il devait à Dieu son Père et aux hommes ses frères

C'est une des plus hautes merveilles de la de grâce, que la mort engendre la vie, et Dieu, en perdant sa propre vie, nous en don une nouvelle. Le Calvaire est le lieu de naissance. Nous étions morts en Adam parmi les délices d'un lieu de volupté ; nous sommes vivifiés en Jésus-Christ, entre les fers et les épines. De Créateur, Dieu devient sur la croix notre Père c'est en ses plaies que l'Église est formée, et que nous recevons la qualité d'enfants de Dieu.

La nature imprime ès coeurs des enfants l'amour filial ; la grâce, qui est plus puissante, nous fait pas enfants d'un Dieu crucifié sans nous inspirer pour lui cet amour.

Par sa croix, Jésus-Christ, souverain Seigneur, nous délivre ; sa puissance fait ces notre esclavage : Père , il nous vivifie ; sa cha nous fait surgir de la mort. L'Église lui reconnaît ces deux titres; elle les honore différemment par la vertu de religion : en l'adorant comme souverain, et, comme son Père, en l'aimant d amour filial.

Delà vient que les saints ont tant de tendresses pour cet amoureux mystère ; mais, entre eux.

Pour c'est surtout au coeur de François, nouvellement né à la grâce, que la piété fait de plus douces impressions. Il ne peut plus envisager sur la croix celui que la Foi lui montre comme le Dieu de la gloire, sans que son coeur s'attendrisse. S'il contemple les plaies qui ont causé la mort à ce divin Père, il les envisage comme les sources de sa vie, et la ferveur de sa piété s'enflamme à la vue de ce mystère, que les Juifs estiment un scan­dale, les gentils une folie, et que les délicats regardent avec aversion.

Si la piété produit des coeurs des saints de si douces affections envers un mystère où l'oeil ne voit que des plaies, il n'y a point en cela de merveille, puisqu'elle a fait de puissantes impressions au coeur même de Dieu. En effet, le Verbe incarné a eu assez d'amour pour se rendre notre Chef, et assez de condescendance pour nous recevoir comme ses membres ; il s'est fait notre Père par sa mort, et nous a reçus pour ses enfants. « Afin d'être miséricordieux , » dit saint Paul (22), « il a dû se rendre semblable aux hommes :» sa divinité le tenait souverainement libre des mouvements des passions ; mais son amour lui a fait prendre un coeur humain qui en fût susceptible. C'est donc la piété qui, résidant en Jésus, attendrissait son Coeur, le faisait tantôt gémir tantôt fondre en larmes ; elle a établi entre lui nous ce mutuel regard qui l'a rendu sensible eux misères des hommes, et nous rend sensibles à souffrances.

La piété qui règne dans les justes dilate tellement leurs coeurs, et leur donne une si vaste étendue, qu'ils aiment non seulement Dieu,mais tout ce qui a quelque liaison avec lui. Elle honore les saints comme les images de sa sainteté. Elle vénère les temples, les autels et les prêtres parce que Jésus-Christ, comme victime, doit avoir des sacrificateurs qui l'immolent, des autels et des temples où il soit offert. Elle a de la tendresse pour les pauvres ; elle les regarde comme les membres d'un Chef qui s'est chargé de nos misères. « La piété est l'effusion de la douceur d'un Dieu au coeur du juste, qu'elle détrempe de tendresse (23), e dit Hugues de Saint-Victor. Elle est,» assure saint Bonaventure, « un rayon émané du sein de Dieu, comme du grand soleil de piété (24). » Reçu en l'âme du juste, ce rayon l'attendrit; il la porte à honorer Dieu comme son Père, et l'incline vers le prochain pour le secourir pieusement en ses misères comme son frère.

Cette aimable vertu n'a que de la douceur. Ayant pris possession du coeur de François comme d'un fonds que la grâce lui avait acquis, et que l'amour lui livrait, elle y a fait des impressions divines. Elle lui a inspiré autant d'amour que de respect pour les choses qui appartiennent au Dieu crucifié, et lui a fait former en sa pauvreté des dessins que les plus puissants n'auraient point osé tenter. Un jour, les yeux baignés de larmes, il contemplait la croix où est mort son divin père; une voix lui commanda par trois fois « Va, François, répare ma maison, qui tombe en ruine. » Il vend sur-le-champ tout ce qu'il a de vaillant ; il entreprend de réparer les temples, parce qu'ils sont dédiés à la gloire de son Maître ; il orne les autels, parce qu'ils sont consacrés à l'usage du divin sacrifice que Jésus continue en son Eglise ; il conçoit un respect singulier pour les prêtres. « Dieu, dit-il, « me donna une telle foi aux églises, et m'inspira un si haut sentiment de sa présence, qu'à leur seule vue , simplement, j'adorais et disais : Nous vous adorons, ô très saint Seigneur, ici et en toutes les églises qui sont par tout le monde, et nous vous bénissons, d'autant que vous avez racheté le monde par votre croix... Dieu m'inspira un si haut respect pour les prêtres, que je les veux aimer et honorer comme mes seigneurs ; je ne veux considérer au­cun péché en eux, parce que je discerne en eux le Fils de Dieu, et je ne vois ici- bas, de ce très haut Fils de Dieu, que son très sacré corps et son très sang, qu'ils consacrent et administrant aux autres (25). Le don précieux de piété, après avoir élevé l'esprit de François jusqu'à Dieu pour l'honorer en lui-même ou en ses ministres, l'inclina qu'aux pauvres pour honorer la pauvreté de maître en leurs misères ; non seulement il veut leur donner ce qu'il possédait, mais se livrer soi même (26) Un jour, son coeur étant tout détreni de douceur, il vit une troupe de pauvres dev la porte de Saint-Pierre, à Rome ; il donna habits aux plus misérables (27) et demeura au milieu d'eux à demi nu tout le long du jour, avec suavité admirable de son esprit (28)


V5--Combien l'homme a besoin du don de conseil, et en quoi consiste. Saint François l'implore par la retraite et la prière. Notre-Seigneur lui apparaît et le lui confère.

Dieu est si amoureusement suave en ses voies sur les hommes, même pécheurs, que, des faiblesses qu'ils ressentent, sa bonté fait le motif de ses plus grandes miséricordes ; les misères qui les deviennent les occasions de leur bonheur et nous serions moins heureux si nous avions nous été moins misérables.

L'homme par sa naissance, entre dans le monde comme dans une profonde nuit où tout lui est caché. Frappé d'une double ignorance, il ne sait ni le lieu où il va, ni les chemins qu'il doit tenir pour y arriver : il se trouve au milieu des ténèbres aussitôt que la nature l'expose au jour. parmi ces obscurités, il est dans le même péril qu'un pauvre aveugle surpris entre des précipices ; il se porte avec autant de résolution vers le fond des abîmes que sur les chemins aplanis. Entre ce ténèbres, il a donc besoin d'une lumière qui l'instruise du terme où il doit tendre, et des voies qui l'y peuvent conduire.

L'homme, étant la seule le créature raisonnable, est la seule qui puisse consulter au sujet de sa conduite : le conseil est un des privilèges de sa nature. Mais, d'autant que la fin où il tend est divine, la raison humaine est trop obscure pour lui découvrir les sentiers de l'éternité ; il est nécessaire qu'il soit éclairé d'une lumière supérieure. Le don de conseil est communiqué à l'âme du juste pour cet admirable effet. C'est une lumière qui dirige ses pensées, conduit ses pas, l'instruit des voies qu'il doit tenir ; si bien que, par le don de conseil , Dieu se fait le guide du juste; il lui inspire l'amour des bonnes choses, et l'horreur des mauvaises; il lui enseigne à discerner ce qui est utile de ce qui est dommageable, et, démêlant le bien véritable et le bien appare il l'empêche de s'égarer.

« 0 mon Dieu, » dit saint Augustin, vous êtes la vérité qui préside partout ; tous vous consultent , et vous répondez à tous en un me temps; ils vous interrogent de choses différent et à chacun vous parlez distinctement, et don le conseil qui lui est propre (29). »

Dès l'heureux moment où le jeune François s'est converti, il a été très hautement instruit que Dieu était le souverain bien où il devait tend et que le ciel était le lieu de repos où il devait aspirer ; mais ces premières lumières étaient se blables à celles de l'aurore, qui conservent quelque obscurité ; il ne connaissait pas encore distinctement le chemin qu'il devait tenir.

Chaque saint, ayant sa grâce, son don et vocation, a aussi une voie particulière qui le même à Dieu, et Dieu, souverainement libre en ses d positions , les dispense comme il lui plaît : un secret des plus cachés, et néanmoins des plus utiles à connaître. Quel est le conseil de Dieu les voies par lesquelles il nous veut conduire? Sans cette vue, nous sommes en danger d'aller il ne veut pas ; cependant notre salut consiste non pas à être où nous voulons, mais en l'ordre où Dieu nous place en la disposition où il nous établit, et en la voie où il nous conduit. Ces voies nous sont inconnues, parce que, avant que nous soyons né elles sont ordonnées dans l'incomprésible conseil de notre éternelle predestination. C'est à l'intelligence de ce secret que tous les saints se sont sérieusement appliqués, mais entre tous François, dans les premiers jours de sa conversion. Le Saint-Esprit, qui prépare les justes à recevoir ses lumières, disposait son coeur par le silence, l'oraison et les larmes; il le conduisait dans les solitudes pour parler à son coeur et lui manifester les desseins que le Ciel formait sur lui. « C'est là, » dit saint Bonaventure, « que François, libre des distractions du négoce, emploie la puissance de l'oraison pour obtenir du Ciel les lumières qui lui manifestent les voies qu'il doit tenir. Tandis que sa bouche prie, que ses pensées s'élèvent à Dieu, son coeur gémit, et ses yeux pleurent : l'oraison de ses lèvres demande la grâce de connaître la volonté de Dieu ; les gémissements de son coeur l'obtiennent, et les larmes de ses yeux la méritent (30). »

Puisque le Saint -Esprit , selon l'Apôtre, dirige les saints en l'oraison, et leur en enseigne les règles, la prière de François n'a pu être dictée que de cet Esprit ; c'est sous ce divin Maître, que sa bouche a prononcé cette admirable prière « Dieu magnifique et glorieux, et mon Seigneur Jésus-Christ , éclairez, je vous prie, les ténèbres de mon intelligence. Donnez - moi la rectitude de la foi, la fermeté de l'espérance, la perfection de la charité. Faites, Seigneur, que je Vous connaisse, afin qu'en toute chose ma volonté conforme à la vérité de votre sagesse (31). »

Dieu, qui se plaît à écouter la prière des humbles, ne peut rien refuser aux gémissements de François. Pour lui manifester son conseil, apparaît sur la croix, et, d'une voix aussi puissante qu'efficace, il lui fait entendre cette grande parole : « Si tu veux venir après moi, renonce toi-même ; prends ta croix, et me suis. »

François, si hautement instruit du grand secré de l'Évangile, ne peut plus douter des sentier, qu'il doit suivre pour aller à Dieu. Il est inforné dit saint Bonaventure, qu'il doit marcher par les voies dures de la pénitence, et commencer d'appartenir à son créateur par la victoire sur soi. même et la mort de la nature; mais il ne sait pas encore comment réduire en pratique ce grand conseil. Alors Jésus-Christ, splendeur des saints chef des élus, premier-né des prédestinés, ange du grand conseil, fait une effusion de son Esprit de conseil en l'âme de François. Les voies et les sentiers de l'éternité qui mènent les justes au ciel, étant très différents, François eût été en péril de s'engager dans ceux que Dieu ne lui ordonnait
ou de suivre la fausse prudence de la chair ; il marcha sûrement.

Si nous considérons le cours de sa vie, nous voyons tous ses actes porter le caractère de l'humiliation de l'esprit et de la mortification des sens. Cela n'a pu être conseillé ni par la nature, qui est animale ; ni par l'opinion des hommes, qui est aveugle; ni par la prudence de la chair, qui est sensuelle ; mais par cet Esprit de conseil qui avait dirigé Jésus-Christ, et porté ce divin chef des prédestinés à tous les exercices qui humilient l'esprit humain et affligent les sens. Sous une si divine conduite, François n'entreprend rien que cet Esprit ne lui inspire; il n'a de pensées que celles qu'il lui suggère, de mouvements que ceux qu'il lui imprime. C'est cet Esprit qui lui conseillait d'aller à la rencontre des pauvres, de les revêtir de ses propres habits ; qui le faisait voler dans les hôpitaux des lépreux, où il lui inspirait d'embrasser l'un, de baiser l'autre, de laver les pieds de celui-ci, de coller ses lèvres sur les ulcères de celui-là.

En ceci , la vie de François a été toute divine, non seulement par la grâce qui sanctifiait le fond de son âme, mais dans le détail de toutes ses actions, dirigées, ordonnées et éclairées par cet Esprit de conseil, qui l'a tiré de sa propre lumière en celle de Dieu, et de la disposition de la nature en celle de la grâce. Sa vie devient toute spirituelle : vivant de l'Esprit, il marche selon l'Esprit. Cette vie est toute chrétienne; elle ne suit plus les règles de l'opinion, mais les lois de l'Évangile Elle est toute céleste : il ne vit plus selon les fausses lumières de la prudence de la chair, qui n'aime que ce qui flatte. L'Esprit de Dieu a conduit François par les voies droites; et les sentiers de l'éternité, qu'il a tenus, l'ont conduit heureusement à Dieu, et il lui a communiqué la science des saints (32)

Si cet Esprit de conseil a fait éclater si hautement sa douceur sur François, en le dirigeant dans les voies du salut, François a fait paraître une soumission toute singulière à sa conduite. Il s'est tellement assujetti à ses lumières, qu'il les a suivies avec une docilité sans répugnance, une simplicité sans discernement, une promptitude sans remise, une fidélité sans omission, une g& nérosité sans lâcheté.

Quand il plaît à la Majesté divine d'honorer les hommes de ses conseils, elle est bien digne qu'on l'écoute, puisqu'elle leur parle comme un souverain qui commande à ses sujets, ou comme un père qui conseille ses enfants. C'est sous ces deux titres que François regardait son Dieu : il s'assujettissait à son conseil avec esprit de révérence, comme à son souverain, et avec amour filial, comme son père. Il n'apercevait pas plus tôt la lumière de l'inspiration, que, s'il marchait, il s'arrêtait au milieu du chemin pour écouter en silence la voix de son Père ; il se soumettait à tous ses conseils avec tant de simplicité, que, sans discerner ils étaient agréables ou désagréables à la na­ture, sans écouter la raison humaine ou les sens, il obéissait simplement, avec une promptitude si exacte, que l'exécution se confondait avec l'inspiration; il embrassait tout ce qu'elle lui suggérait, et s'éloignait de tout ce dont elle le dissuadait. Mais, comme son cœur était entre Dieu et la créature, que l'un appelle aux souffrances, et l'autre aux délices, s'élevant au-dessus de toutes les répugnances de la nature, il s'attachait géné­reusement à la volonté divine; ainsi, toutes ses actions émanaient de cet Esprit de conseil, qui le conduisait par les sentiers des justes , où tout est lumière


RÉFÉRENCES


— (1) Domine, quid me vis facere? (Act., Ix, 6.) Domine, quid me vis facere? (Bonav., in Legenda.)
— (2) Vicarius successor Redemptoris, ut beneficia que vator inchoavit virtute consummet, quod ille redemit ilt sanctificat. (Aug. Serin. 185, de temp.
— (3) Homo per clona sancti Spiritus disponitur, ut effici prompte mobilis ab inspiratione divins. (1. 2. quœst. art. 1.)
— (4) Fit ea gratis ab initio sue fidei homo quicumque Chris((iEaexnbruisd,)r, dequagpratida. et.) homo ille ab initio suo factus est Christus.
— (5) Scriptum est de me ut faciam voluntatem tuam.
— (6) O Verbum breve, sed plenum, sed vivum, sed efficax. ( Bern , in Clonv, Paul)
— (7) Amor divinus non sinit amantes sui juris esses, sed ejus quaond amatur (D. Dion.)
— (8) Homo non poterat decipi in statu innocentire.Thom. 1 , q. 94, art. 4.) Approbare vera pro falsis, non est nature instituti hominis, sed poena damnati. (Aug., lib. III de Lib. arb., cap. xm.)
— (9) « Quis potest melius facere tibi , Dominus aut serval, dives aut pauper? » Cui Franciscus : Quod tain Domino quam dives facere melius potest. — Cur ergo relinquis servo Dominum , et pro paupere homine divitem Deum? (Bonav. in Legenda.)
— (10) Accedentem ad Deum oportet credere quod Deus sit.
— (11) Optimum de Deo existimare, verigsimum est pietatis (Aug. lib. Unde sit ?nutum.)
— (12) Omnium malorum radix cupiditas. (I Tim., v1, 10.)
— (13) Beati pauperes spiritu , quoniam ipsorum est regnum ccelorum. (Matth., y, 3.)
— (14) Altissima vestra paupertas. (II Cor., vin, 2.) Duo faciunt Paupertatem altam, elevatio spiritus supra res temporales, et conteraptus earum. ( Div. Thom. sic in Paul.)
— (15) Et vita qua vivimus, Label, illecebram suam; propter ujusmodi admittitur peccatum. ( Aug. Conf., lit). II, cap. y.)
— (16) Conf., lib, II, cap. y.
— (17) Conf., lib, II, cap. y. In lestarnen o D. Franc.
— (18) Conf., lib, II, cap. y. Sapientia animalis. (Jacob., ni, 15.)
— (19) Conf., lib, II, cap. y. Sapientia pudica. (Ibid., III,
— (20) Amor generis humant condimentum. ( Bern .)
— (21) In ccelo locum habebit preecipuus actus pietatis, qui est revereri Deum affectu filiali. Frit mutua honoratio sanctorum ad invicem. (D. Thom., 2. 2., q. 121, a . 1.)
— (22) Debuit per unifia fratribus similari ut misericors fieret. (Hebr., u, 17.
— (23) Hugo a S. Vict.
— (24) S. Bonav. De donis Spiritus sancti.
— (25) Testament de saint François.
— (26) Pauperibus non solum sua, sed etiam seipsum cupiebal impendere. (Bonav., in Legenda, cap)
— (27) Pietatis ductus dulcedine uni ex eis magis egenti pro- prias largitus est vestes. ( Ibid.)
— (28) In medio pauperum cum insolita spiritus jucunditate diem ilium transegit. (Ibid.)
— (29) Ubique veritas prœsides, omnibus consulentibus te sil que respondes, omnibus etiam diversa consulentibustu respondes. (Conf., lib. X, cap. xxvr.
— (30) A publicae negotiationis tumultu se subtrahens , super mon devote precabatur clementiam ut quid sibi foret agendum ostendere dignaretur... Solitaria lova quœrebat arnica mceroribus, in quibus dum gemitibus inenarrabilibus inces­tanter intenderet, post longam precum instantiam, a Domino mersit exaudiri. (Bonav., in Legenda.)
— (31) Magne et gloriose Deus et Domine mi Jesu Christs, mina, oro te, tenebras mentis mea. Da mihi fidetn recto spem certam et charitatem perfectam ; fac ut cognoscam Domine, ita ut ego in omnibus secundum tuam scientic veram voluntatem perficiam. Amen. (Wading., Appar• rag. 16, f . 23.)
— (32) Juslum deduxit per vias rectas, ostendit illi regnum Del , dedit illi scientiam sanctorum. (Sap., x, 10.)

Attention il faut absolument que vous suivez les chiffres sinon vous allez perdre le sens du livre

1
5
2
6
3
7
4
8