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Tome 1- Partie 1- Ch-3
Pour commencé l'mpression de cette image Dieu a proposé la croix à Saint François
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V1- En envoyant son Fils dans le monde, et en appelant à suite les saints, Dieu ne leur offre point d'abord sa gloire mais la croix. Il suit cette même conduite dans la vocation de saint François.
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De tous les mystères que l'Évangile nous propose, un des plus impénétrables à la pensée da l'homme est celui de la prédestination des saints. Jamais l'esprit humain ne ressent plus sa faiblesse que quand il ose sonder cet abîme. Avant que la main puissante de Dieu nous eût donné l'être, sa bonté avait déjà formé les décrets de la sanctification des saints. Pas un mortel n'a entrée en ce conseil divin où Dieu a ordonné le voies de ses élus.
Pour ne point nous perdre et pour marcher sûrement entre tant de précipices, élevons nos pensées vers Jésus-Christ. En lui, le Saint des Paeinnsts, l'élection des justes éclate d'une manière singulière, dit le plus grand docteur de l'Église (1) Il est la plus belle lumière de la prédestination des élus à la grâce — (2), et quiconque des fidèles en veut concevoir le secret et la conduite , doit le regarder comme le parfait exemplaire où Dieu marque les voies qu'il tient pour conduire les saints dans les sentiers de la vie — (3)
C'est, à la vérité, une conduite bien suave sur les justes. D'une même vue, Dieu les regarde en son Fils ; leur prédestination est enfermée dans la sienne. Au même instant où il le choisit pour notre chef, il nous élit pour ses membres. Dans le temps où il exécute ses décrets éternels, les saints, ne faisant plus qu'un avec Jésus-Christ, entrent en communication de ses grâces et de ses privilèges. La même grâce qui fait que cet homme-Dieu est Jésus-Christ, nous fait chrétiens (4) Le même Esprit qui le forme au sein de la Vierge, nous donne l'être des enfants de Dieu dans les eaux fécondes du Baptême. La puissance du même Esprit, qui le rend impeccable, nous justifie de nos péchés, dit l'incomparable saint Augustin.
Levons donc les yeux sur le Verbe éternel, observons la conduite, bien contraire à nos pensées, que le Père tient à l'égard de son Fils.
La croix et la divinité sont tellement opposées l'une à l'autre, qu'elles semblent ne pouvoir entrer en alliance ; néanmoins elles s'unissent étroitement en Jésus-Christ, que partout où il esi elles se retrouvent. Il est avec sa croix au sein de son Père éternel, et avec sa divinité sur la terre au sein de sa Mère. Dès ces longs espaces de temps qui n'eurent point de commencement Dieu, par sa science infinie, a connu nos offenses et en a prévu le remède. Sa sagesse a proposé la croix comme le plus convenable, et le Père a ordonné que son Fils exécutât ce rigoureux conseil A ce moment éternel, qui fut le premier de net salut, Jésus-Christ, dit saint Paul, envisagea la croix, la reçut, l'accepta, l'embrassa (5), et après la contemplation de ses propres grandeurs, la croix est l'objet qui l'occupe le plus dignement depuis l'éternité.
Ce premier regard de Jésus sur la croix nous est infiniment précieux; l'élection des prédestine, et les moyens qui la doivent achever sont divis nement renfermés en cet acte. C'est d'ici que procède le secret de la conduite de Dieu sur ses élus.
Il ne les appelle plus que dans la vue de la croix. Le Verbe divin est ensuite envoyé par son Père pu notre terre pour l'exécution d'un si grand et amoureux conseil, dont il est l'ange. Il n'a pas plus tôt reçu un entendement créé et humain, que, de tous les objets sensibles, la croix est le premier qui se présente à sa pensée. Il fait son entrée dans le monde en l'envisagement de ce bois que le Père lui propose (6); il l'appelle sa loi, et la place au milieu de son coeur (7). Ainsi commence-t-il à être notre Jésus.
Puisque François, par l'efficacité de son élection éternelle, ne fait plus qu'un avec Jésus-Christ, le Père le regarde d'une même vue comme un membre en son chef, et tient sur l'un la même conduite que sur l'autre ; il les mène tous deux par les mêmes voies : un corps ne doit recevoir d'impulsion que d'un même esprit. Le moment arrive donc où Dieu se dispose à exécuter les desseins de son conseil sur François, en le tirant du péché à la grâce, de la puissance des ténèbres dans le partage des saints, et du mineu du monde dans le royaume de la dilection de son Fils. Il l'appelle et se présente à lui, non pas en la majesté de sa gloire, ou dans la splendeur de sa lumière, mais entre les fers et les épines, et comme crucifié. Il lui apparaît en deux visions : l'une d'une grande salle remplie de très riches armes, marquées du signe salutaire de la croix. il lui promet de grandes couronnes s'il veut s'en revêtir. L'autre vision est celle d'un crucifix, lui parle et lui dit : « François, si tu veux savoir ma volonté, il faut que tu commences à dédaigner tout ce que tu as jusqu'aujourd'hui vainement aimé. »
Ceux qui jugent des choses de Dieu par tes sens, ont de la peine à comprendre le secret de sa conduite, et le motif pour lequel, voulant tirer les hommes à soi du milieu des plaisirs du monde il leur propose un objet si désagréable. Sa sa. gesse manque- t- elle donc d'autres inventions? Sa puissance serait-elle incapable de les exécuter? Ou sa bonté ne veut-elle employer que celles qui affligent notre nature?
Non; mais cette conduite, qui semble contraire aux sens, est aussi pleine de miséricorde que de justice. Dieu agit en l'état de la grâce tout autrement qu'il n'a fait en celui de la justice originelle. En ce premier âge du monde, où les hommes naissaient justes, Dieu leur préparait un lieu de délices où tout était destiné à contenter leurs sens. Mais, depuis le premier péché, les hommes naissant criminels, il leur prépare le Calvaire, où la croix se présente à eux. D'abord Dieu traitait les hommes comme un père ses enfants ; il ne leur faisait sentir que sa douceur: maintenant il mêle la justice avec la miséricorde, et se montre juge aussi bien que Père. C'est en la croix qu'il remplit admirablement ces deux offices : comme Père, il nous tire du péché miséricordes ; comme juge, il présente entre les épinges pour exercer par elles sa justice, et il nous les offer pour que, nous en faissions les instruments de notre penitence.
Tous les hommes nés d'Adam ont hérité de sa faute. Soit qu'ils appartiennent à la nature, à la Loi, ou à l'Évangile, ils regardent tous Jésus, et Jésus crucifié, comme la fin de la Loi (8), ainsi que dit saint Paul. Toutefois, avec cette différence : ceux qui ont précédé sa venue l'ont espéré ; ceux de la Loi l'ont attendu ; mais les saints de l'Évangile l'embrassent et jouissent de lui. La Loi a eu pour caractère de le représenter ; l'Évangile a pour but de l'imiter.
L'homme n'est pas plus tôt tombé, que Jésus-Christ s'est présenté à lui, dit Tertullien , en lui reprochant son offense : ç'a été là un acte de juge. Mais il fait aussi l'office de Père. Ayant le droit de le punir par sa justice, il le veut sauver par sa miséricorde ; il se propose pour son libérateur; il s'y oblige par sa parole, en lui promettant une postérité bénie qui brisera la tête du serpent. L'amour le presse tellement de donner sa vie pour ce pauvre pécheur, que, ne pouvant mourir en sa personne, il veut mourir en sa figure : il s'immole en la personne du premier fils de ce premier criminel, selon cet oracle : « L'agneau, en Abel, est mort dès la naissance du monde (9), »
Tant il est vrai que Jésus-Christ veut qu'on regarde plutôt en sa mort qu'en sa gloire !
Ainsi, dès l'entrée du péché en ce monde, sus crucifié est promis ; et pendant l'espace d quatre mille ans la nature et la Loi ne s'emploient, l'une qu'à le désirer, l'autre qu'à le représenter et toutes deux, ne pouvant plus porter le poids d la corruption, ne désirent et ne respirent que leur libérateur.
Tout le corps de la Loi, soit dans ses mystères soit dans ses sacrifices, soit dans les hommes qu l'ont illustré, marche uniquement vers lui. Le ciel l'annonce ; la terre l'attend ; les justes le désirent ; les pécheurs le cherchent ; les prophète le prédisent; les prêtres le figurent ; les sacrifice l'immolent ; les victimes le représentent ; et, ce qui est admirable, tous le regardent en sa mort et en ses souffrances ; car Jésus-Christ a eu bien plus de figures de sa passion que de sa gloire. Son Père a pris plaisir à faire connaître ses peines plus que ses miracles, les douceurs de ses miséricordes plus que les grandeurs de sa majesté.
La grâce et l'Évangile tendent au même obje que la Loi, mais dans un dessein plus haut et plus divin. Ils ne le cherchent plus en ses ombres ; ils l'ont trouvé divinement en eux-mêmes. Ils ne le désirent pas comme absent, mais l'embrassent comme présent ; ils le contemplent, non pour le représenter, mais pour l'imiter; ils le regardent en sa gloire comme la fin qui les doit couronner, mais le considèrent premièrement en d'es souffrances, comme la voie qui les doit conduire à cette fin, et le secours qui les doit aider ; à l'atteindre. Tel est donc l'ordre que Dieu garde en la vocation des saints de la loi de grâce. S'il les appelle, c'est en leur offrant la croix; s'il se présente à eux, c'est sur le trône de ses souffrances, et non sur celui de sa gloire. Toute la religion chrétienne se rapporte à cet objet ; elle le regarde comme son terme ; elle marche vers lui comme à sa fin, et saint Paul proteste hautement que sa mission n'en a pas d'autre que d'annoncer la parole de la croix (10)
Étant le premier-né des élus, le Verbe incarné, soit le Saint des saints, se soumet à cette conduite. Quand il entre dans le monde, c'est pour y subir la croix. Quand il veut fonder l'Église, qui est son corps, il ne prend d'autre modèle de son oeuvre que lui-même ; il la forme sur cet exemplaire. Tous ceux qu'il admet à l'état de la grâce, et qu'il introduit en son Église, entrent par le Calvaire. L'on n'est fait chrétien, selon saint Paul, qu'en l'efficace de la croix, et, pour parler avec les termes de cet Apôtre, « nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ en sa mort, dans les eaux du Baptême (11) » Plus sont grands les desseins de Dieu sur ceux qu'il appelle, plus
leur vocation est haute, plus il leur donne d'if. lustres connaissances de la croix. Voulant form le premier chrétien et le premier apôtre, c'est-à dire donner naissance. au christianisme en la pe sonne de saint André (12), Jésus se présente à lu sous l'aspect de la croix. « Voici l'agneau Dieu (13), » dit saint Jean à son disciple.
Paul était dans la plus grande chaleur de son crime, quand Dieu l'appela et le choisit pour l'éminente dignité de l'apostolat ; et quoiqu'il dû être l'apôtre des gloires de Jésus, le Fils de Dieu ne se présenta à lui que comme crucifié : « Je suis Jésus, qui est mort pour toi (14). » En la mission qu'il lui donne de porter la gloire de so nom à toutes les nations, il ne lui parle que d souffrances : « Je lui montrerai combien il faut qu'il souffre pour l'honneur de mon nom (15), »
Dieu, disposant en son divin conseil de fai une rénovation du premier et du plus pur esprit de la grâce et de l'Évangile en la personne de François, suit la même conduite. S'il l'attire, c'es en lui présentant la croix ; s'il l'appelle, c'est par la croix; s'il lui parle, c'est de la croix ; et la première grâce qu'il lui communique , il veut que ce soit par la croix.
La vocation de François est donc très haute, c'est-à-dire divine en son principe, céleste en sa fin, chrétienne en son exécution. François est donc en communauté de vues et de pensées avec Jésus-Christ. Jésus entre dans le monde ayant on vue la croix; et François entre en celui de la grâce par la pensée du Calvaire; la croix rompt ses liens, brise ses chaînes, le ravit d'entre les bras du monde, pour le donner tout entier à Dieu ; c'est elle qui produit la première impression sur son coeur.
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v2- L'amour que la croix inspire à Jésus dès que son Père la lui présente, fait de son Coeur divin un Calvaire pendant toute la longueur de sa vie.
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Telle est la grandeur de l'Incarnation, qu'elle donne au Fils de Dieu des qualités qu'il n'a pas dans le ciel. Vivant au sein de la Divinité , il partage avec son Père l'immutabilité de l'être divin. Éternel, toujours semblable à lui-même, il ne peut ni perdre les perfections qu'il possède, ni en recevoir d'étrangères ; appuyé seulement sur son indépendance, il est suffisant à soi-même.
Mais cette perfection, qui est digne de sa divinité, n'est ni propre à la fin de sa mission en terre, ni convenable aux fonctions qu'il y doit exercer. Envoyé pour sauver le monde par l'efficacité de sa mort, il a dû devenir passibfe afin porter nos plaies. Cette immutabilité, qui l'eût rendu inaccessible à la douleur, nous eût été extrêmement dommageable. Établi pour être noire pontife et notre hostie , les actes propres à ces deux offices demandent que son coeur soit, sujet aux mouvements de compassion, de tendresse et de tristesse. Il a eu assez d'amour pour s'unir notre nature, qui lui est étrangère, assez de pour prendre nos faiblesses , et parmi elles le défaut d'être extrêmement changeants. Le coeur de l'homme n'est jamais longtemps dans un même état, mais toujours agité d'une diversité de mouvements de joie ou de tristesse. Ainsi, par une dispensation toute divine, depuis que Jésus est homme, son coeur est touché de différents mouvements, selon les objets qui se présentent à une pensée.
Le premier regard de Jésus sur la croix n'a pas été oisif ni stérile. Il a fait en lui des impressions dignes d'elle et de la charité divine ; car dès lors sont nés en son coeur quatre mouvements vers cette croix, savoir : l'amour, le désir, l'union et l'appropriation.
Comme Dieu, le Verbe incarné aime la croix d'un amour divin et incréé, sans commencement, parce qu'il voit en elle quelque vestige de son être ; mais, comme homme-Dieu et Sauveur, il l'aime d'un amour qui a commencement. En effet, aussitôt qu'il l'envisage, il commence à l'aimer d'un amour de tendresse sensible et cordial, qui à son fond en l'intimité de son Coeur ; car ce divin Coeur est sorti des mains du Saint-Esprit avec toutes les dispositions nécessaires pour aimer les hommes d'un amour tout nouveau. La Vierge et la croix ont eu la primauté en cette dilection, ayant été les premiers objets présents à la pensée de Jésus.
La croix a un aspect si repoussant, que l'esprit humain a peine à comprendre que Jésus-Christ ait pu découvrir en elle des attraits assez puissants pour ravir son Coeur. Mais le Fils de Dieu, étant la souveraine sagesse, ne peut aimer que ce qui en est digne; il aime donc la croix, parce qu'elle a d'admirables convenances avec lui; et voici quelles elles sont : Jésus, pontife et hostie, doit avoir un temple et un autel. Pontife, il aime le Calvaire, qui sera son temple; victime, il aime la croix; c'est l'autel où il doit être immolé.
Ce premier embrasement, que la croix a causé au Coeur de Jésus-Christ, en a produit un second, le désir ardent de cette croix. Nous désirons l'objet que nous aimons : s'il est présent, nous l'embrassons; s'il est éloigné, nous soupirons après lui. La croix a été proposée au Fils de Dieu aussitôt qu'il est né; mais la jouissance en a été différée jusqu'au Calvaire. En attendant ce moment ordonné par le Père, son Coeur conçut une ardeur qui le faisait tendre sans cesse vers la croix.
L'amour, qui tend à l'union, presse donc le Coeur de Jésus -Christ. Ne pouvant encore se joindre à la croix sur le Calvaire, il apaise son désir en l'attirant en son esprit par la pensée et en son Coeur par l'amour. Il s'attache par une union divine à la chair qu'il tire de sa mère comme à une croix perpétuelle, puisqu'il cent: mente de souffrir aussitôt qu'il y est uni. Jusqu'au moment de ses souffrances extérieures, il fait de son intérieur un petit Calvaire, où il vit en l'union et en la pensée de la croix. Mais, d'autant que les perfections qu'il tient de son Père l'empêcheraient de jouir de cette croix, il se prive de leurs avantages pour mieux l'embrasser. Il cache les éclats de sa gloire, et revêt l'état des créatures mortelles, pour mourir en la croix. Elle lui est préparée comme un trône où il doit reposer ; mais elle disparaîtrait sous son immensité, s'il ne s'amoindrissait pas ; il prend donc un petit corps pour reposer entre ses bras, et y trouver toutes ses délices. Du sein de son Père, il s'élance dans celui de la croix, comme au centre que son amour recherche.
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V3- Le Fils de Dieu, montrant la croix à François pour l'appeler à son service, veut que ce spectacle excite au coeur du saint les mêmes mouvements qu'au sien propre. C'est par la croix que Dieu manifeste son amour aux hommes, et réclame la leur. François se laisse entièrement gagner à cet amour.
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Puisque, par une disposition toute céleste et digne de la suavité de la Providence divine, Français est en société avec le Fils de Dieu, et que la croix est le terme commun de leurs premières pensées, les effets qu'elle a opérés au arour de l'un, elle les veut produire en l'autre. De ce premier regard naquit au coeur de François une étincelle d'amour si tendre, il fut pénétré de si douces flammes pour ce mystère de dilection, qu'il n'y pouvait penser sans fondre de tendresse et s'écouler de douceur. A la seule pensée qui lui en tombait dans l'esprit, son coeur se dissolvait comme une cire aux rayons du soleil. La croix, comme un grand astre, y jeta tant de feux que, n'en pouvant souffrir l'effort, il donnait jour à ses flammes par les soupirs de sa bouche et les larmes de ses yeux (16) Cette conduite de Dieu sur François renferme un mystère. L'amour divin s'est éteint dans le ciel, au coeur du premier des anges, à la vue d'un Dieu humanisé, que le Père a proposé à ces esprits célestes pour qu'ils lui rendissent l'adoration due à la dignité de sa divine Personne. Poussés d'un mouvement de superbe étrange, les anges rebelles, refusant de s'acquitter de cet hommage, sont demeurés sans amour. Ce même amour a cessé au coeur du premier des hommes, à l'aspect d'un arbre qui flattait ses sens; l'amour de la créature a dès lors étouffé celui du Créateur. Dieu, par une disposition toute contraire, voulant rallumer ce feu au coeur de François, il lui plaît que ce soit en la présence de la croix, et que ce mystère d'un Dieu crucifié lui en communique le premières ardeurs. C'est, en effet, par les divines plaies que tout le feu de la Divinité se répand dans les coeurs ; c'est du haut du Calvaire, comme d'une vive source de chaleur, qu'il jette ses étincelles dans le monde. François est donc plus heureux que le premier des hommes et le premier des anges ; ceux-ci perdent l'amour là où il le conçoit, c'est-à-dire à la vue d'un Dieu crucifié.
L'amour des saints est toujours accompagné de lumière, parce qu'il est une production de la sagesse divine. Si François aime la croix, ce n'est pas en aveugle ; les connaissances qui préviennent sa volonté, et les illustrations qui préparent son coeur, lui ont découvert en la croix des motifs si puissants d'amour qu'ils peuvent embraser les anges mêmes, et fondre les coeurs les plus glacés des hommes.
L'amour a le pouvoir de se produire soi-même: il n'y a point d'objet qui engage plus à l'amour que de se voir aimé ; et Dieu, en l'effort de sa puissance et en la profondeur de sa sagesse, n'emploie point sur les coeurs des hommes, pour les obliger à l'amour, d'invention plus puissante et plus suave que de leur découvrir l'excès de sa charité. L'amour, ou la bonté, selon l'angélique Docteur, fait deux offices envers la chose aimée : il lui communique ses biens, et, s'il arrive qu'elle soit dans la misère, il l'attire sur lui-même, ou pour la secourir, ou pour la délivrer. En vérité, dit ce saint docteur, une telle bonté, si immense en ses richesses, devait entrer en si étroite alliance avec les hommes, qu'elle ne possédât aucun bien sans le leur communiquer, et que nous n'eussions aucune misère sans qu'elle y participât (17). Dieu, en la majesté de sa gloire, nous peut donner ses biens ; mais il ne peut pas prendre nos misères. La croix est donc un trône où il fait plus éclater son amour que dans le ciel, puisqu'il y donne ses grâces, et prend sur lui nos peines.
Voulant allumer au coeur de François un feu divin, il vient à lui, non pas en montant sur le trône de ses grandeurs , mais sur celui de ses souffrances. Pour le rendre aimant et l'embraser des premières ardeurs de sa charité, il se présente à lui les épines en tête, le fiel sur les lèvres, et les plaies en la chair. En cet état, il lui découvre les plus douces entrailles de ses miséricordes. Ah! il est impossible que François n'aime point, à la vue d'un Dieu qui lui communique les richesses de ses grâces ; mais ce qui fond bien plus son coeur, c'est de voir ce Dieu innocent porter les peines dues à ses offenses.
De tous les motifs qui engagent le coeur au saint amour, celui qui nous y attire plus suavement, et qui nous y oblige plus justement, est l'amour de Jésus en croix. Ce bienfait, étant univers et, regarde tout le monde. Jésus, possédant un amour infini, ne lui donne point de limites; il veut, par une magnificence d'amour, que la grâce de sa mort soit communiquée à tous les hommes; mais, en l'application de ce don, il a des faveurs pour quelques âmes rares et élues : il lui plaît, par un privilège spécial, d'en gratifier deux saints qui appartiennent singulièrement au Calvaire, saint Paul et saint François.
Pour tirer Saul du milieu de ses péchés, Dieu: descend derechef du ciel, et lui apparaît dans le chemin. Dieu honore François de la même grâce! en sa première vocation. Il n'est descendu qu'une: fois pour tous les hommes ; mais , pour appeler; François, Jésus-Christ quitte le trône de ses grandeurs une seconde fois ; il s'approche de lui pour; le ravir à soi; il se montre à ses yeux comme était sur le Calvaire, afin de publier à tout l'univers qu'il fait pour François ce que son amour e fait pour tout le monde. Le coeur de François peut-il se dispenser d'aimer, à la vue d'un Dieu si aimable et si aimant?
Le désir est une production de l'amour. Dieu projette d'imprimer une croix en la chair de François; mais, comme cette impression est différée pour un temps , dans ce retardement le coeur de François s'embrase, et au milieu de son sein naît une secrète flamme qui le fait toujours soupirer après les embrassements de la croix.
L'amour tend à l'union comme à sa fin. Le désir était au coeur de François comme un poids perpételle l'inclinait vers le Calvaire, ou comme un feu secret qui lui imprimait toute la vivacité de ses mouvements. Aussi le vit-on courir au-devant de la croix, et l'aller chercher même "dans les hôpitaux, où il embrassait les lépreux et baisait leurs plaies, parce que ces infortunés portaient la croix , et lui représentaient l'image de volontairement Maître.
On dit qu'il n'appartient qu'au soleil de faire volontairement dépouiller l'homme; car, lorsque qu'il en son midi ce grand astre paraît en la majesté de ses lumières, il répand des rayons si doucement ardents, que l'homme quitte librement le manteau. Ce qu'un objet sensible opère ainsi sur nos corps, la croix le fait bien plus heureusement sur le coeur du jeune François. A l'aspect de ce grand astre de l'Église, il se dépouille et quitte tout ce qui est de la terre. Il ne peut pas voir son Dieu dans une totale nudité, entre les épines, et demeurer lui -même dans la possession des richesses. Il veut suivre pauvre Jésus pauvre. La croix embrase son coeur d'ardeurs si suaves, qu'il se décharge de tous les biens terrestres, comme d'un fardeau trop pesant , qui empêche son coeur de voler vers le Calvaire avec allégresse.
Depuis que François est ainsi réduit sous le domaine de la croix, elle exerce sur lui un pouvoir souverain. Elle le regarde comme un sujet qui ne doit plus relever que de son autorité. Il n'a plus de mouvement que la croix ne lui imprime Il va où elle le pousse; il vole où elle l'attire. Elle embrase son coeur; elle se l'unit ; elle l'enlève d'entre les bras du monde. Et, si vous voyez maintenant François tout à Dieu, c'est un effet de l'autorité de la croix sur son coeur, qui s'est rendu à ses premiers attraits.
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V4-Dieu manifeste aux hommes, par l'organe de l'Église, voie qu'ils ont à suivre. Cependant Jésus-Christ se personnellement le maître de quelques disciples chois il a d'intimes et tendres entretiens avec François;.la croix est la chaire d'où il lui parle et la science dont, l'instruit.
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C'est un admirable privilège, uniquement a cordé à l'homme et à l'ange, d'être créé pour le ciel. Ils n'ont reçu des mains de Dieu l'existence naturelle que pour recevoir encore de sa bonté vie de la grâce et celle de la gloire. Mais l'homme tient de la corruption du péché une ignorance une faiblesse qui l'arrêtent dans sa course vers Dieu ; il a trop peu de lumières pour connaître les voies qui conduisent au ciel, et, quand il en aurait la vue, il est trop faible pour arriver à une fin qui est au-dessus de la nature.
Dieu, qui sait bien notre impuissance, et qu'il avait assez d'amour pour nous appeler à une fin si glorieuse, a été assez condescendant pour se charger de notre conduite. Sa sagesse a voulu nous marquer les voies du ciel, et conduire le juste dans les sentiers de l'heureuse éternité (18).
Durant son séjour mortel sur la terre, le Verbe était la voie infaillible que les hommes pouvaient suivre à vue d'oeil sans crainte de se perdre. Mais l'ordre de la justice demandait qu'il se retirât au ciel, comme au seul lieu convenable à sa grandeur, pour y recevoir les couronnes méritées par ses souffrances. Avant de se séparer de nous, pour ne point nous laisser sans guides parmi les obscurités de la vie, il a établi un ordre sacré, que l'on nomme la hiérarchie de l'Église. Cet ordre est composé de prêtres, dont l'office principal est de conduire les âmes à Dieu. Pour cet effet, il leur a donné le ministère de la parole, par le bénéfice de laquelle ils instruisent les hommes des chemins de l'éternité : car c'est la parole qui, s'écoulant dans le coeur par l'oreille, y jette les premières semences de la foi (19) Dieu se réserve néanmoins toujours la direction de l'entendement, pour l'instruire, et du coeur, pour l'émouvoir, tandis que le prédicateur frappe l'oreille par la parole.
Pour quelques âmes choisies, Dieu use d'une conduite purement divine, sans le ministère des hommes. Il s'applique immédiatement au coeur pour le toucher, et à l'entendement pour l'éclater. Saint Paul publie hautement que l'Évangile qu'il prêche ne lui a pas été enseigné par les instructions des hommes , mais que Dieu même lui a révélé la profondeur des mystères (20). François se trouve heureusement prévenu de cette grâce; il est tellement en la main de Dieu, que sa sagesse se charge de le conduire ; elle le veut instruire elle-même des sentiers de l'éternité.
La personne du Verbe éternel a cela de propre qu'elle est la sagesse du Père : le Verbe renferme en soi toutes les richesses de la science de la Divinité. C'est donc à lui de les communiquer aux anges et aux hommes. Pour instruire les anges, il n'a point d'autre trône que le sein de son Père, où il vit glorieux ; mais, en la terre, il change de trône. Voulant établir une divine académie, où les hommes soient ses disciples, il lui plaît que le Calvaire en soit l'école, la croix la chaire, et lui le maître, non glorieux, mais crucifié, ainsi que le publie saint Paul (20) C'est de là qu'il publie ses lois et propose ses divins enseignements. L'Église les reçoit, et les fait couler dans les esprits par le ministère de la parole, et saint Paul se vante de n'être savant qu'en la sagesse du Calvaire et la science de la croix ; il proteste qu'en sa mission il n'a point reçu d'autre commandement que d'annoncer Jésus crucifié (22) pour gratifier le jeune François d'une faveur spéciale, le Fils de Dieu fait un miracle. Il descend derechef en terre, où il veut dresser une nouvelle école, dont François sera le seul disciple. Il lui plaît de l'instruire par lui-même, non séant au trône de sa gloire, mais du haut de la croix ; et c'est le privilège de François, qu'en sa vocation première, il n'a point eu sur terre d'autre maître que Jésus crucifié, selon le témoignage de l'un de ses plus chers enfants, saint Bonaventure (23)
Cette faveur, qui n'est pas commune, nous montre que Dieu traite le jeune François comme il fait les anges dans le ciel. Ces esprits bienheureux étant tout dégagés de la matière, il leur parle, non pas d'une voix sensible, mais par une impression de ses lumières. Ainsi, la pauvreté ayant élevé François au-dessus de la terre, l'amour a fait de lui un ange en un corps mortel ; Dieu lui parle et l'instruit, non par une voix qui frappe l'oreille, mais par l'onction de l'esprit, qui s'adresse au coeur.
La formation du premier homme fut un effet de l'entretien divin que les personnes de l'adorable Trinité eurent ensemble : « Faisons l'homme à notre image. » La perte de ce mê homme procéda d'un malheureux colloque ave le serpent, qui le rendit criminel ; la réparation de sa faute est le fruit d'un céleste entretien que le Fils, avant d'entrer dans le monde, eut avec son Père, selon saint Paul. François, converti, devient un homme nouveau, créé en justice e vérité par l'efficacité de la parole du même Dieu.
En cette conduite, Dieu fait paraître sur lui autant d'amour que de condescendance. L'amour n'est pas plus tôt né entre deux personnes, qu'il les attire à une douce conversation : toutes leurs délices sont de se découvrir le secret de leu coeurs, par la bouche qui en est l'organe, et les paroles qui en sont les interprètes. Depuis qu'il s'est formé un amour mutuel entre le Maître et le serviteur, que Dieu aime François comme son image, et que François aime Dieu com son exemplaire et l'auteur de ses grâces, il est gratifié de tous les privilèges du saint amour. N'étant pas dans le ciel, où Dieu lui puisse parler comme il fait aux anges, ce divin docteur s'abaisse vers lui, l'éclaire de ses lumières, l'instruit de sa sagesse, l'entretient de sa parole, lui manifeste ses conseils, lui parle coeur à coeur.
Mais, ô mon Dieu, oubliez-vous ce que vous êtes, et ce qu'est François ? Vous êtes grand; il n'est que poudre et cendre ! Vous êtes son Créateur; il est votre esclave Dieu n'est pas dédaigneux, et, quoiqu'il soit la parole éternelle, il traite volontiers avec les petits, et parle le avec les humbles.
Nous avons bien sujet de nous humilier en la vue de nos faiblesses. Notre capacité est si petite, et nos forces tellement limitées, que notre esprit ne peut donner une égale attention à deux objets différents : s'appliquant à l'un, il se relâche de l'autre ; mais ce qui nous rend plus incapables de l'intelligence des choses divines, ce sont les divertissements parmi les créatures, et les emplois dans le négoce des choses du monde. Elles divertissent tellement le coeur, et jettent de si épaisses ténèbres dans l'esprit, que souvent Dieu parle, et on ne l'écoute pas ; il nous instruit, et l'on ne connaît pas ses divines volontés. François s'est trouvé enveloppé dans les divertissements de la jeunesse d'Assise et dans les distractions du trafic. Les uns et les autres l'empêchaient de bien entendre la voix du ciel. Dieu lui parle ; il ne conçoit pas encore le secret de son conseil. Il voit des armes marquées du signe de la croix; une voix lui promet une heureuse fortune et une insigne récompense s'il s'en revêt. François, peu accoutumé aux visions divines, pense humainement des choses de Dieu ; il se persuade que c'est le présage d'une grande fortune ; il marche, et va vers la Pouille pour une fin temporelle. Mais Dieu, par une condescendance toute divine, vient à sa rencontre. Pour le retirer de son erreur, il s'abaisse, se familiarise, se fait son maître, l'instruit du secret de son conseil, lui découvre les grands desseins de son amour, lui commande de retourner en sa patrie, l'avertit que les grandes choses promises par cette vision ne sont pas de la terre, et qu'elles se doivent accomplir en lui non par la faveur des hommes, mais par une disposition très suave de la Providence .
Voilà donc François divinement heureux d'être le disciple du Calvaire, et d'avoir Jésus-Christ pour Maître. Dès le commencement de sa vocation, je vois en lui cette grâce de l'Évangile, dont parle saint Paul : « Dieu, auteur de la Loi, a parlé aux hommes en la personne des prophètes ; mais, par la suite, il nous a parlé par son Fils, qui s'est fait homme pour instruire le hommes. » (24)
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V5- Pour parler aux hommes, le Verbe anéantit sa divine Majesté sous une chair vouée à l'humiliation et à la mort. veut que les justes n'accèdent à lui que par un semblable anéantissement, et il le propose à François. |
Comme la bouche est l'organe du coeur, la rote en est l'image : elle manifeste ce qu'il est. Nous parlons suivant ce que nous sommes ; nos discours expriment les dispositions de notre esprit. « La bouche, » dit le Fils de Dieu, « parle de l'abondance du cœur. L'homme de bien tire de sun trésor des choses bonnes (25). »
Jésus-Christ avait sans doute appris cette maxime de la Divinité même ; car nous adorons en elle une parole aussi divine que celui qui la profère. Le Père qui parle est Dieu, qui produit est Dieu comme lui. « Du profond de son coeur » dit l'Écriture, « il a proféré une bonne parole. (26). »
Depuis que le Fils a eu assez d'amour pour se faire homme, il a une bouche et des paroles comme les nôtres, et ne dédaigne pas de parler à sa créature ; mais ses paroles sont conformes à ses dispositions intérieures. Dans le ciel, où Dieu est en ses grandeurs, il parle comme il convient à sa majesté. Sur la terre, où il est en ses abaissements, il parle selon son humilité.
L'humiliation que le Verbe éternel subit sur notre terre, est d'être un Dieu anéanti (27) « Adorez et admirez, » dit saint Paul , « ce grand mystère qui est opéré en Jésus-Christ. Possédant la forme du Père , il n'a pas estimé commettre d'injustice en se croyant égal à lui en ses grandeurs ; il s'est néanmoins anéanti, prenant la forme de serviteur, se faisant homme semblable à nous. » S'il est donc vrai que la bouche parle de la plénitude du coeur, que peut-on attendre d'un Dieu crucifié et anéanti, sinon des paroles de croix et d'anéantissement ?
En effet, si nous prêtons l'oreille au divin entretien de Jésus-Christ avec le jeune François, nous n'entendrons pas des discours qui l'instruisent de maximes politiques pour fonder des États, policer des monarchies, régir des empires, ou créer de nouveaux mondes. Chose admirable ! de la même bouche qui a formé l'univers, ce Dieu anéanti ne lui donne que des préceptes d'anéantissement ; ce Dieu crucifié ne lui fait entendre que des discours de croix : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, prenne sa croix, et me suive (28) »
Par ces divines paroles, le Fils de Dieu répand les premières lumières en l'esprit de François, l'instruit de la loi fondamentale de son état, et lui découvre le grand secret de l'Évangile, que le Père cache aux sages et aux superbes, pour le manifester avec une condescendance admirable aux humbles de coeur et à François (29).
Deux mondes sont sortis des mains de Dieu: celui de la nature et celui de la grâce. Dieu, qui en est également l'auteur, garde néanmoins une conduite différente en leur production. Le premier est fondé sur l'être et sur la vie ; toutes les paroles que Dieu fait entendre en sa formation portent existence, essence et vie : « Dieu a créé le ciel et la terre ; il a fait l'homme, et l'a doué d'une âme vivante, » dit l'Écriture (30). Mais, en la création du monde de la grâce, Jésus-Christ, qui doit en être le chef, commence par le néant et par la mort. Il ne fait entendre que des paroles d'anéantissement. Il s'anéantit lui-même et s'humilie jusqu'à la mort (31). S'il reçoit la vie en l'Incarnation, c'est pour la perdre sur la croix !
Étant donc envoyé par son Père pour fonder en la terre son Église, qui est son corps, c'est d'après lui-même qu'il la forme. Il lui plaît qu'elle ait avec son chef cette ressemblance, d'être fondée sur l'anéantissement. Car c'est une merveille digne d'être bien observée, que les trois mystères sources des grâces destinées à sanctifier les justes, et où Jésus-Christ est établi le principe de notre sanctification, ont tous ce caractère. En l'Incarnation, il anéantit la substance humaine; en la croix, il perd la vie; en l'Eucharistie, il détruit son être. Aussi ordonne-t-il que la sanctification des justes commence par l'anéantissement : « Si tu veux, » dit-il à François, « me suivre comme un disciple suit son maître, ou comme le membre suit la tête, porte ta croix, et viens après moi. »
L'esprit humain, toujours aveugle pour les choses de Dieu, s'étonne et ne peut comprendre ce qu'il y a de grand en ces paroles : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même. » Cette instruction lui paraît indigne de la sapience éternelle : or nous pouvons dire qu'elle est aussi digne de la sagesse que de la miséricorde de Dieu.
Celle-ci voulant réparer les ouvrages de sa puissance gâtés par le péché, la sagesse prend à cet effet les moyens convenables ; et voici l'ordre qu'elle établit pour cette réparation :
La grâce, avant de rendre à l'homme ce qu'il a perdu, doit écarter de lui ce que le péché y a introduit. Le péché, par sa malice, nous a rendus ce que nous n'étions pas par la condition de la nature (32), c'est-à-dire il nous a faits criminels. Avant que la grâce opère en l'homme son oeuvre, il faut qu'elle abaisse en lui ce que le péché y élève, qu'elle détruise ce qu'il y édifie, et qu'elle efface sa forme honteuse. Tel est donc le dessein de Dieu sur les justes : il veut que leur sainteté commence par la renonciation de soi-même, et que la corruption du péché, bannie de notre nature par l'humiliation et la mortification de celle-ci, fasse place à l'ceuvre de la grâce.
C'est donc par un conseil également plein de sagesse et d'amour, que Jésus propose à François la croix et l'anéantissement de soi-même, et l'instruit de ce grand secret de l'Évangile, que pour être à Dieu, il faut qu'il cesse d'être à lui-même, et se dépouillant des restes du vieil homme, il revête l'homme nouveau, créé en justice et en vérité.
Cette abnégation est si précieuse à François, qu'elle est le principe de son bonheure. Par son exercice, il cesse d'être ce qu'il était, c'est-à-dire pécheur, et commence à être saint ; il dépouille la corruption du vieil Adam pour revêtir la ressemblance du nouveau. Ainsi sa vocation a pour principe le fondement de tout l'Évangile, l'abnégation de soi-même.
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RÉFÉRENCES
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— (1) Prœdestinatio sanctorum in Sancto sanctorum maxime claruit. ( Aug. De prxdest. sanctorum.)
— (2) Est prœclarissimum lumen prœdestinationis et gratiœ ipse Salvator. ( Ibidem.)
— (3) Nullum illustrius prœdestinationis exemplum quam ipse Mediator. (Aug. De bono persem)
— (4) Fit ea gratia ab initio fidei suce, homo quicumque Christianus, qua gratia homo ille ab initio suo factus est Christus. (Aug. De pr4edest. sanct.)
— (5) Proposito gaudio, sustinuit crucem. (Hebr., xu, 2.)
— (6) Ingrediens mundum. (ilebr., x, 5.)
— (7) Et legem tuam in medio cordis mei. (Psalm. xxxix, 9.)
— (8) Finis legis Christus crnini credenti. ( Rom. , x, 4.)
— (9) Agnus occisus est ab origine mundi. (Apoc., mu, 8.)
— (10) Preedicamus Christum crucifixum. (I Cor., 1, 23.)
— (11) Consepulti sumus cum illo in mortem. ( Rom. , vi, 4.)
— (12) D. Thomas.
— (13) Ecce agnus Dei, qui tollit peccata mundi. (Joann., 28.
— (14) Ego sum Jesus, quem tu persequeris. (Act., ix, 5.)
— (15) Ostendam illi quantum oporteat pati pro nomine meo.
— (16) (ibid., ix, 16.)
— (17) Tanta bonitas tantam nobiscum debebat habere conjunctionem , ut de omnibus bonis suis nullum incommunicatumretineret, et de malis nostris Indium intactum relinqueret. (D. Th. opusc.)
— (18) Justum deduxit per vias rectas. (Sap., x, 10.)
— (19) Fides ex auditu, auditus autem per verbum. ( Rom. , x,17.)
— (20) Neque ab homine accepi illud, neque didici, sed per velationem Jesu Christi. (Gal., 1, 12.)
— (21) Praedicamus Christum crucifixum... ipsis autem vo Dei virtutem et Dei sapientiam. (I Cor., 1, 23, 24.)
— (22) Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum, et hune crucifixum. (I Cor., ii, 2.)
— (23) Servus Altissimi doctorem non habebat aliquem nisi Christum. (Bonav.)
— (24) Hebr., I, 1 et 2.
— (25) Ex abundantia tordis os loquitur. (Matth., xu, 34; Luc., vi, 45.)
— (26) Eructavit cor meum verbum bonum. (Psalm. xuv, 2.)
— (27) Semetipsum exinanivit. (Philip., u, 7.)
— (28) Si quis vult venire post me, abneget semetipso, (Matth., xvi , 24.)
— (29) Abscondisti hœc a sapientibus et revelasti ea parvulis. (Ibid., xi, 25.)
— (30) Creavit Deus cœlum et terram. (Gen., 1, 1.) Factus est homo in animam viventem. (Ibid., u, 7.)
— (31) Exinanivit semetipsum usque ad mortem. ( Philip., II, 7.)
— (32) Aliquid sumus per peccatum lapsi, aliud per nature conditi. (Chrysost.) |
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