+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.


Ermite laique consacrée
par voeux publics
  mère et grand-mère.

Dans le diocèse de Rimouski..  Qc.Canada

ermite franciscaine consacrée par voeux  public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous l'obéissance de Mgr Pierre André Fournier et amis de ma famille. 
et ami de ma famille depuis quelques années

Je suis une ermite franciscaine qui a été mariée, séparée, divorcée et mon mariage a été déclarer Nul et Invalide, , et je suis aussi mère et grand-mère. J'ai 2 fils et 3 petits fils.

-Ma consécration est pour:
- Ma famille- et les membres o.f.s.- mes amis (es)
- Mes Fils spirituels
- Mes prêtres vivants ou décèdés du monde
- Toute personne qui fait une demande soit en personne ou @, ou Skype et Nsm



DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE

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Titre de la série :
Mes Cloitres dans la tempête
Titre de la page:

XIII Bourrasques

Nom de l'auteur:
Frère Martial  Lekeux franciscain
XIII
Bourrasques.

Mars 1915, encore à Oud-Stuyvekenskerke.

Mes yeux s'ouvrent, et se referment, aveuglés de lumière crue : près de moi, le mur est crevé, je suis écrasé sous les briques et j'ai du sang à la main. L'obus a éclaté contre moi, à moins de cinquante centimètres.

Je me tâte... C'est incroyable, je n'ai qu'une éraflure, mais je suis assommé, et tout à fait sourd de l'oreille droite.

Dans la chambre, tout est bouleversé; criblé, dé­chiqueté, — tout, sauf moi et ma petite Vierge. Et juste au-dessus d'elle, un éclat, dans le mur, a fait saillir une brique, formant une console. J'y dépose la statuette. Ave, Maria...

Tout le monde a décampé.

Le tir fini, Cornez rentre. Il s'arrête, atterré, brandit les poings.

— Bougres di nom di Dji d' sacrés Flaminds d' pourç... !

Le reste s'étrangle dans sa gorge.
— Eh ! pékin ! crie-t-il par la fenêtre.

Le pékin réintègre, encore blême : c'est un gros bonhomme barbu, placide, poli, odieusement bourgeois en dépit de son uniforme de brigadier. Il est venu observer un tir, et la trouve plutôt mauvaise.
— C'est curieux, dit-il d'une voix précieuse, le bombardement produit sur mon organisme un effet diurétique très marqué.
— Un quoi? grogne Cornez.
— Mon ami, dis-je, en style militaire on dit : « Quand on bombarde, je p... (censuré). »

3 mars. — Bombardement. C'est normal : on ne s'en fait pas.

Nous avons d'ailleurs de la société : de Wilde est au poste, avec ses deux loups, que l'habitude de rôder ensemble et le besoin de s'injurier a rendus inséparables.

Sitôt arrivés, ils ont dressé leur plan. Puis Frentzen est venu trouver de Wilde :
— Leuitenannt, c'est nous pouvoir allei une fois sur le petit ferme là-bas?
— Hein? Là?... Mais c'est plein de Boches, malheureux !

Frentzen a changé sa pipe de côté, et, avec un geste superbe :
— Les Bosses ! Wah !... On leur foute un balle dans son cul ! Wouâh !...

Et ils sont partis.

Au bout d'une heure, un bruit de dispute nous a avertis de leur rentrée. Le coup a raté. Snysters a le képi troué par une balle. Il accable Frentzen d'un déluge d'invectives, puis descend.

L'autre s'approche de moi :
— Leuitenannt, dit-il en confidence, Snytsers, ça c'est un qui a pas peur, nom de... Mais — le doigt au front avec un sourire malin — il est un peu comme àlà, vous comprenei?... Wah!l...
— Oui, oui, je le connais, allez !

L'instant d'après, Frentzen étant sorti, Snytsers vient s'asseoir près de moi.

— Ah ! lieutenant, me dit-il, ce Frentzen, c'est, nom de..., un type qui n'a pas froid aux yeux. Mais frappant son front avec un clin d'oeil entendu là, vous savez...
— Oui oui, je sais ...

Cinq minutes plus tard, ils s'en vont de conserve, bras dessus, bras dessous, tout en se chamaillant de plus belle, à la recherche de nouvelles aventures.

On bombarde toujours, avec rage : on dirait qu'ils veulent en finir. Les obus grincent, grondent, trépignent, secouent les murs, les passerelles volent en l'air dans des tourbillons de fumée et de débris.

Sous l'avalancne, du haut du pignon, je règle nos tirs de riposte.
— Lieutenant, crie Cornez, l'appareil ne marche plus!

Je descends ; je suis à peine en bas qu'une explosion projette derrière moi une mitraille de briques. Je suffoque, je tournoie dans un nuage de poussière : du poste que je viens de quitter il ne reste qu'une large brèche dans le mur ! De Wilde accourt :
— Eh bien dit-il en me voyant entier, je crois, mon vieux, que tu es immunisé. On prie trop pour toi, là-bas...
— Je suis vacciné.

Le fil est coupé, la passerelle rompue ! plus rien à faire pote l'instant. On s'assied en rond dans la chambre. Snytsers et Frentzen sont rentrés : ils se taisent, fument et grognent.
— Dans cinq minutes, dis-je, nous serons peut- être chez saint Pierre : je prendrai le commandement du détachement.
— J'aime autant claquer pour qu'ils crèvent, éclate Snytsers, seeaué par une rage... Les cochons!
— Coçona de cogons ! reprend Frentzen en écho.

Snytsers tire trois bouffées de sa pipe en réfléchissant profondément, ce qu'on peut voir aux mouvements convulsifs de sa moustache. Puis, très calme, il formule, la conclusion de sa méditation :
— Cela vaut tout de même bien la peine, hein, de vendre sa peau, hein !
— Wouâh !... répond Frentzen, d'accord pour une fois.

Soudain, dans un tonnerre, les murs tremblent, les panneaux de la fenêtre sont projetés à l'intérieur avec des paquets de vase. Nul doute : ce sera bientôt pour nous. Nous attendons. Comme protection, une brique par devant, une planche sur nos têtes : nous tommes dans les bras de la mort,
— Mon cher, die-je à de Wilde, ce soir nous attraperons sur la boue une attaque en règle : c'est certain.

Heureusement que depuis hier nous avons — enfin ! — des fusées et deux mitrailleuses !

A midi, accalmie. On répare la ligne téléphonique, on rafistole l'observatoire.

Puis cela recommence de plus belle. Des cen­taines de projectiles s'abattent sur la grand'garde écrasée, pilonnent frénétiquement le chaos de décombres. L'infortuné hameau est secoué de spasmes, et, noyé dans l'orage, hurle de douleur, et s'empanache d'une chevelure mouvante. Les obus creusent la vase et soulèvent des trombes noires, qui lourdement retombent en cascade. sur nous.

Le jour baisse. Le noir se fait sur l'enfer. Des salves de shrapnells emplissent la nuit d'éclairs rouges, couvrant le terrain d'une averse de plomb. Ceci présage l'attaque.

Écoute, dis-je à de Wilde, garde le poste dix minutes : je vais à la tranchée régler la question des fusées.

Je sors. Au même instant, dans un éblouissement pourpre, un souffle chaud me projette contre le mur ; je tombe à l'eau, assommé. Un bond : je me précipite, à moitié étourdi, glissant, enfonçant, trébuchant dans le sol mou, culbutant dans les trous frais, flagellé par des flammes sauvages qui lancent des paquets de balles dans le vertige de l'air. Cela pue la poudre et la vase.

A la tranchée, les piottes sont enfoncés dans leurs trous.
— Voici, dis-je au lieutenant : ils vont attaquer. Dès qu'ils allongeront le tir, fais sortir tes hommes. Je me tiendrai à la tranchée : quand je donnerai un coup de sifflet, biche une fusée vers i.

Tout à coup des cris partent de mon poste
— Lieutenant I Lieutenant !
— Qu'y a-t-il?
— Venez !

Je retourne : le poste est évacué ; plus de lumière, mais dans le plafond une large baie laisse passer l'air froid. Sur le plancher, un corps est étendu parmi les décombres. J'éclaire la figure : c'est Snytsers — mort. Un gros éclat lui a traversé le coeur, il est tout rouge, d'un sang encore fumant.

Un signe de croix : requiescat in pacel

Les explosions continuent à secouer la maison. Je vais retrouver les autres, qui se sont abrités dans une tranchée : de Wilde est blessé au poignet, Cornez est abruti par la commotion, Frentzen gronde en mâchonnant sa pipe, et jure en sourdine, à jet continu : « Sales Bosses ! Coçons de coçons

Pauvre Snytsers ! Nom de nom de nom de nom de nom...!»

Et soudain dans le concert diabolique des obus, il y a un changement de ton : ils filent par-dessus nous comme des cordes de métal, et vont s'abattre en arrière.
— Attention : ils allongent !...

Je cours à la tranchée !. Des coups de feu partent du parapet.

— Les voilà ! crie un homme. Et aussitôt ç'a été une pétarade enfiévrée. Les Allemands tirent aussi, les balles claquent sec et dru. Je hurle :
— Halte ! Cessez le feu!

De Wilde m'a rejoint avec Liénart et Frentzen.

Dans la tranchée, désordre et bousculade : on est en pleine relève !
— Tout le monde au parapet !
— Nous tommes de la compagnie relevée, dit un sergent.
— M'en fous : restez ! Le calme rétabli, je donne un coup de sifflet :

la fusée jaillit, une vive lumière inonde la plaine. Rien : pas un homme... Mais je découvre, à trente mètres devant nous, une longue ligne de bosselures dans le sol. Cela n'y était pas tout à l'heure...
— Là ! Ils se terrent !

Je fais pointer la mitrailleuse.
— Attention... A mon commandement... Et visez bas.

Un reflet de lune éclaire faiblement le terrain. Aux jumelles, je distingue des pelles qui remuent autour des bosses, puis des ombres qui rampent. Et, soudain, un ordre guttural éclate :
— Vorwârts !

Les ombres se lèvent : dix, vingt, cinquante silhouettes noires se mettent lourdement sur pied, démarrent, se précipitent...
— Joue... Feu!

Une effroyable détonation : toute la tranchée a fait feu à la fois, puis la mitrailleuse fauche, avec un craquement de crécelle qui vous secoue le coeur. En une seconde, toutes les ombres sont par terre, aplaties, clouées dans le sol. Des mitrailleuses allemandes entrent en action ; heureusement, elles tirent trop haut : l'écharpe de plomb nous frôle sans nous atteindre. On tire de partout maintenant, et, dans cette cataracte de métal, assourdi, hébété, on ne perçoit plus rien ; on ne comprend plus rien, sinon que les Boches sont là, et qu'ils ne peuvent pas passer

Au bout de cinq minutes, ils se relèvent, tentent un nouvel assaut, et de nouveau sent couchés par le feu. Pendant trois heures, obstinément ils essayent d'avancer, décollent, progressent de quelques mètres, puis sont balayés, fauchés, écrasés... Et enfin ils refluent, se retirent péniblement en traînant leurs blessés et leurs morts, et, rampant, disparaissent dans la nuit.

Minuit. Un grand calme s'est fait. La lune plaque sur la plaine des blancheurs immobiles. Les hommes grelottent contre le parapet. Le capitaine, qui boite, blessé au pied, les fait rentrer dans les trous. Toute la vie de la tranchée se résorbe comme des antennes qui se rétractent. Seule, la sentinelle, mains en poches, reste debout, la baïonnette au vent. Dans un abri éventré, un cadavre est couché ; un chat famélique aux yeux de braise lèche le sang de son crâne.

Nous rentrons au poste et là, soudain, devant le spectacle qui s'offre, tous ensemble nous sommes pris par la même émotion : comme dans une chapelle ardente, nous nous rangeons, debout, tête découverte, silencieux, pour prier. Snytsers, couché tout droit au milieu de la salle, la face au ciel, dort sort grand sommeil dans un pâle nimbe de lumière : juste au-dessus de sa tâte, par la brèche béante, la lune coule un rayon blanc, très pur, très paisible, qui met une auréole sur ses traits : simple et auguste mortuaire que le ciel fait à son rude martyr. Et je me prends à penser que dans ce doux rayon l'âme du héros est montée dans le Royamne d'en haut...

La chambre, béante et obstruée, est inhabitable chacun se met en quête d'un abri. Cornez m'aborde :
— Lieutenant, je n'en puis plus : est-ce que je ne pourrais pas aller quelques jours à l'arrière?
— Mon vieux, ce n'est pas le moment : si tu es fatigué, repose-toi.
— Je ne saurais plus rester ici, mon lieutenant... Je ne saurais plus ! Ces obus ! et ces morts ! j'en suis malade... Laissez-moi partir, mon lieutenant !
— C'est bien: partez. Mais vous ne reviendrez plus.
— Mon lieutenant !...
— Allons, suffit. Il me faut des hommes aux nerfs solides.

Il sort. Je reste seul. Exténué, je me couche, dans les décombres plaqués de sang, près de Snytsers... et je songe, en le regardant, la main à ma carabine — une carabine que je tiens de lui, qu'il a volée expressément pour moi autrefois.

Il fait prodigieusement tranquille. Snytsers dort... Comme il est pâle et recueilli ! Comme il est beau ainsi ! Je ne lui ai jamais vu cette expression-là. Est-ce ce rayon d'argent, qui met sur son visage cette beauté bizarre?... Non, je vois, il dort doucement, et c'est l'apaisement de la mort qui transfigure ainsi ses traits.

Dire qu'il sait, qu'il voit maintenant ! Dire qu'il est entré dans la Réalité éternelle d'où l'on comprend tout comme il convient de comprendre C'est pour cela sans douta, qu'au moment de la mort l'homme devient beau pour la première fois... Il a vu Dieu, et sa chair même garde de cela une sorte d'immense sérénité. Credo quod Redsmptor meus Je crois que Rédempteur vit, et qu'au jour dernier je me lèverai., et que, dans ma chair, je verrai mon Dieu, man Sauveur : je Le verrai, moi, de mes yeux, moi-même, et pas un autre : cette espérance repose dans mon sein. Plus je regarde ce visage pacifié, plus je saisis que c'est là le chant intérieur de ces lèvres, fermées sur l'espérance.

Et c'est sans doute ainsi, mon brave Snytsers, avec cette même beauté que je te vois maintenant, que tu ressusciteras au jour de la consommation?

Je lui parle longuement, intimement, à Snytsers... D'où vient donc que je lui parle ainsi, comme je n'ai jamais su lui parler jusqu'ici? D'où vient que maintenant nos deux âmes se comprennent? D'où vient que nous voici soudain rapprochés par la mort, par ce qui devait tout briser entre nous?...

Je comprends : c'est qu'il séjourne maintenant là où moi-même je suis déjà de toute la force de mon désir... Et ce désir, comme il s'est accru tous les jours dans la pénitence de ce cloître sauvage !

La vie présente, qu'est-elle donc encore pour moi? Misère, souffrance, horreur : un sacrifice qui se recommence et se prolonge sans trêve. L'image de cette terre... un chaos de désespoirs, de choses grimaçantes, brisées, mourantes, qui souffrent et agonisent comme moi... Comment ne pas se détacher de tout quand on ne trouve plus rien à aimer? Ah ! le secret de la pénitence, qui prend l'âme dénuée, et la pousse, heureuse désespérée, vers l'Amour éternel, sa dernière ressource !

La mort est le grand commencement vers lequel s'acheminent nos existences terrestres.

Je regarde Snytsers... Et je l'envie. Quando yeniam et apparebo ante faciem Dei?...

On monte. J'entends, dans l'escalier, le grognement de Frentzen : « Sâcre nom de nom de nom de nom... » Ils viennent enlever le corps. Frentzen commence par lui ôter son manteau, qu'il s'adjuge, « parce qu'il est plus meilleur que le sien », puis le ficelle dans une couverture. Et comme il travaille, bousculant le cadavre de ses bras de géant, je vois de grosses larmes couler sur ses joues tannées. Cela fait, d'un tour de bras il enlève le ballot, tout seul, et sort avec Snytsere sur son dos, grondant, désespéré : a Sâcre milliard de nom de nom !... De nom de nom de nom de nom !... D Et ses jurons ressemblent à des sanglots.

Le corps évacué, Frentzen revient laver le sang.

— Leuitenannt, dit-il, s'interrompant soudain, ça devei lui arrivei : moi lui a touzours dit ; lui c'était touzours zurer comme un coçon. Ça devei lui arrivei, nom de...

Et jurant pour deux maintenant, il continue à grommeler en lui-même.

Mai 1915.

Printemps ! Aurore de mai ! De quel vêtement d'allégresse vous revêtez la mort !

Voici que sur cette guerre vos mains pures ont passé, chargées de fleurs, de parfums et de lumière Voici que tout le pays qui fuit derrière l'Yser n'est plus qu'une grande corbeille de bouquets blancs sur un tapis de velours ; et de tout cela monte une rêveuse ivresse.

Et voici que de ce massif de pommiers, rose de fleurs, un homme gris débouche, un Allemand ; il s'arrête, aspire longuement les tendres parfums, cueille une branche, et s'en va dans cette fête qu'il nous a volée.

Hélas ! ce n'est que pour eux que vous êtes si prodigues. Ici, point de printemps, pas une fleur, pas un chant : rien que l'épouvante contractée des ruines, l'eau noire croupissante, les charognes hideuses qui achèvent de pourrir, montrant tous leurs os nus. Ah I quand reverrons-nous les paisibles printemps? Quand Te verrai-je, ô Toi, en qui tous les printemps vont puiser Ieur jeunesse?

Soudain, du sein des fleurs, deux jets gris ont jailli. Un sifflement horrible : les monstres, embusqués dans les parterres candides, crachent la mort sur nous.

A droite, la bataille hurle dans un rideau de fumée : notre artillerie prépare l'attaque des tanks. Brusquement un grand silence se fait, et aussitôt une clameur lointaine arrive jusqu'à moi : « Vive le Roi ! » Des files d'hommes surgissent, avancent en courant, salués par des essaims de shrapnells ; les mitrailleuses se mettent à moudre, les range oscillent, se dissolvent ; les hommes tombent, titubants, au hasard des coups, comme un grand jeu de quilles où passerait une boule. Ceux qui restent se terrent.

Alors c'est le jeu des grenades. La lutte se concentre au boyau de la mort, dans la berge du fleuve, qui se couronne de flammes. Quelques Allemands parviennent jusqu'à la tête de sape, y lancent leurs grenades, debout sur le parapet, mais aussitôt, frappés tous ensemble, plongent, les bras en avant. dans la gueule fumante.

Et pour tous ceux qui tombent, je prie l'office des morts. Requiem aeternam dora cite, Domine, donne-leur le repos, Seigneur, après le sacrifice ; donne-leur la vie, et fais luire à leurs yeux l'éternel printemps.

Jour de grand holocauste. Et quand tout est fini, le soleil du printemps, sur les champs que tant de corps émaillent, verse joyeusement ses rayons chargés de vie, pressé de faire germer cette semence nouvelle pour le salut du monde.

Juin 1915.

Le poste est devenu une grand'garde importante. Toutes les nuits, ce sont des raide, on attaque de part et d'autre, on se dispute furieusement chaque parcelle du marais. Nous avons progressé : devant le village, tout un réseau de tranchées s'étend, s'élargit démesurément, occupé par un bataillon,

Et chaque soir, une procession de brancards s'en va par la passerelle, portant des choses broyées et gémissantes, rançon d'une ligne de journal « Légère progression sur l'Yser. »

J'habite maintenant un abri en bois que le génie m'a construit derrière la maison. Le soir tombe, je cause avec un capitaine des chasseurs. Dans le coin, mon nouvel aide, un bleu, fume des cigarettes.

Soudain, clac, clac ! rrr... L'attaque! En quelques secondes, c'est une assourdissante bacchanale. Le capitaine se précipite au dehors, et, trébuchant dans le noir, hurle : « Cesses le feu ! » Sa voix se perd dans le vacarme.
— Au poste ! dis-je à mon jeune homme. Il reste immobile. Sa figure est horriblement pâle, ses dents claquent, il tremble de tous ses membres.
— Eh bien ! fieux, quoi donc?
— Mon... je... je...

Je l'empoigne et le pousse dehors
— T'en fais pas, vieux, dort le baptême. En haut, quand je pousse la tite pardestins les Briques, j'ai l'impression que je me plonge dans un bain de métal sonore. Les balles claquent sur le mur, se croisent sur ma tête en un réseau serré, hanchent l'air qui siffle et grimace, secoué de remous, Les grondements des obus qui éclatent de toutes parts, rythment le vacarme comme un monstrueux bourdon. L'horizon est strié d'éclairs.

Je nage dans la mort, pas la moindre émotion la mitraille, c'est comme l'Eau froide : reçu à petites doses, coup par coup, elle saisit et crispe, mais une fois qu'on est y tout entier on en ressent plus rien, il se produit une sorte d' inconscience, de paralysie nerveuse, il y a en a trop, l'attention, dilué, n'a palus le temps de se fixer, et puis, je suis occupée, j'observe, je mesure, je crie des directions à mon aide qui, lui aussi, a retrouvé son sang-froid, et s'esquinte consciencieusement à son téléphone. Accalmie, je le laisser seul affaire de l'apprivoiser. Aux tranchées, les mitrailleuses ont de la casse, j'y trouve Van der Burch en train de compter ses morts,
— Figure-toi… ce bougre, dit-il en me montrant un homme accroupie contre l'abri, je le trouve en train de flemmer pendant que les autres travaillent, Je le pousse de ma canne… Ah bien, oui ! il était mort ! _ il est mort, sacristi ! Pauvre type ! Il n'a pas encore l'air de s'en douter…
— Je rentre chez moi.
— Oh ! Oui, mon capitaine, c'Es question de s'habituer.

Une ombre s'approche sur la passerelle : l'homme marche sur la pointe des pieds et n'a pas l'air que médiocrement rassuré.
— on va rigoler, dis-je à mon bleu. Regarde.
—   L'homme est à quelques mètres. Je crie
— Wer da!
— Mon type lâche son fusil fait demi-tour et s'enfuit, puis d'une panique folle. On le rappelle. Nous rions comme des deux.
— Une autre ombre. Attention, il arrive…
- Wer da!
— C'est le bon Dieu, répond une voix grave et paternelle. Je vous apporte la sainte Communion.
— Je tombe à genoux.

Et maintenant, dans la solitude noire où scintillent les étoiles, repose sur mon cœur, ô mon Bien-Aimé, fais y sourdre l'amour sous ton brûlant baiser. Oh! Que je sente ton Cœur battre sur mon pauvre cœur que je sente ta Vie passer dans ma misère, que j'attends ta Voix chère qui parle dans mon âme ! Ivresse brûlante, songe doux et lumineux! N'est-ce pas déjà le cantique éternel qui prélude en tremblant? N'Est-ce pas déjà le ravissement des cieux?...

—  Zing! Clac! Clac! Rrrr…! Écoute, mon Amour ce concert recommence. Qu'il m'est doux à présent ! Broum ! Broum!... Les instruments s'accordent pour le grand hosannah, On! Mourir ! Mourir maintenant! Vois s'ouvrir à mes yeux le portique d'amour devant le quel j'attends, serré entre les bras ! Et entrer avec Toi, la main dans la main, aux lieux béatifique, et Te voir ! Te voir enfin! Une balle ! une balle suffit pour me faire vivre… O mes sœurettes ailées que vous touchant m'est cher! Pourquoi vous trompez-vous ? Ne voyez-vous pas ma poitrine qui s'offre, et mes bras grands ouvert qui vous demande l'aumône du paradis ?...

Et, dans l'averse hurlante qui balaye l'espace, je me surprends, tout debout au-dessus de la muraille, les bras en croix, cherchant à embrasser la mort. Et je dois faire effort pour descendre et me couvrir.

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Martial-Lekeux-o.f.m.-L-agonie-de-Liege.html

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