http://www.vocations.be/ermites.htm
Notre époque connaît un renouveau d'une forme très ancienne de vie consacrée (elle remonte au temps des premières communautés chrétiennes) : l'ordre des vierges . Consacrées par l'évêque diocésain, elles entrent dans une relation étroite avec l'Église et elles se mettent à son service. Elles vivent dans le monde, où elles sont signe de l'union du Christ et de son Église.
Les ermites attestent par leur «vie au désert» que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu (cf. Mt 4,4). Appartenant à des ordres anciens ou à des instituts nouveaux, ou encore en dépendance directe avec l'évêque, ils partagent leur vie en solitude entre la prière, la méditation et le travail.
On assiste également aujourd'hui à un retour de la consécration des veuves , dont il est déjà fait mention dans le Nouveau Testament (cf. 1 Tm 5,5.9-10 ; 1 Co 7,8), ainsi que de celle des veufs. Par leur vœu de chasteté pour le Royaume, ces personnes se consacrent pour se donner à la prière et au service de l'Église, tout en conservant leur condition de vie dans le monde.
Consécration de Claire Jonard
Claire Jonard est assistante paroissiale à Louvain-la-Neuve. Le 21 septembre 2008, elle est entrée dans l'ordre des vierges consacrées, au cours d'une célébration présidée par son évêque, le Cardinal Danneels. A cette occasion, RCF Bruxelles - Brabant wallon l'a interviewée.
Comment toute cette aventure spirituelle a-t-elle commencé ?
Dans quel terreau familial, dans quelle histoire religieuse personnelle ?
C'est une longue histoire. Je suis née dans une famille chrétienne catholique pratiquante. Nous sommes trois enfants à la maison. Cette histoire a certainement commencé, je pense, dans les mouvements de jeunesse. J'y ai toujours éprouvé un grand désir de servir les autres et sans doute que le Seigneur semait déjà des choses dans mon cœur à ce moment-là. En famille, on a toujours été à la messe, participé à des prières, des retraites, des choses comme ça… J'ai aussi été fort active dans la messe des jeunes dans ma paroisse à Nivelles.
Le grand moment, ça a été lors d'une semaine de prière accompagnée, quand j'étais aux études à Namur. J'avais 20 ans. A travers la Parole de Dieu, j'ai vraiment entendu le Seigneur qui m'appelait, et à partir de ce moment-là, les choses ont vraiment changé et ont grandi.
C'est une autre histoire qui a commencé dans la continuité : il s'agissait alors de savoir comment faire ce chemin avec le Seigneur. La question n'a pas été résolue en un éclair puisqu'il a fallu une petite douzaine d'années.
Le 21 septembre, vous êtes entrée dans l'ordre des vierges consacrées.
Quel est l'apostolat particulier de cet ordre ?
Je ne parlerais pas de l'apostolat en premier lieu car c'est d'abord l'être, la personne de la femme consacrée qui est consacré. Ce ne sont pas ses missions, pas ce qu'elle fait mais plutôt ce qu'elle est devant Dieu, devant le monde et devant l'Eglise qui est consacré. Nous ne recevons pas de mission ni un apostolat spécifique, mais nous sommes invitées à servir l'Église à notre manière, là où l'on est.
Il se fait que, moi, je travaille pour l'Église, mais ce n'est pas lié à ma vocation. D'autres sont, par exemple, kinésithérapeute, directrice du personnel ou médecin… L'apostolat n'est pas lié à la vocation. Bien sûr nous sommes appelées à prier pour le monde et pour l'Église, là est notre premier service à l'Eglise, c'est notre premier apostolat pour l'Église mais c'est vraiment notre être, notre être tout entier qui est consacré… et ce n'est pas comme dans certaines congrégations religieuses où la vocation est liée à un certain type de mission.
Quand on pense à un ordre, on aurait tendance à penser à un supérieur, à une règle de vie précise, cela ne comporte pas tout cela ?
Les vierges consacrées vivent là où elles sont, dans le monde, seules. Une des grandes caractéristiques, c'est que nous n'avons pas de communauté. Nous nous rencontrons si nous le voulons, de temps en temps. Mais il n'y a rien de structuré, nous n'avons pas un rendez-vous chaque mois ou des choses comme cela. Nous sommes des petits levains dans la pâte, des petites images de l'Église pour le monde, là où nous sommes.
Nous n'avons aucun signe caractéristique. On ne porte pas d'habit par exemple. La seule chose que nous avons, c'est une alliance qui rappelle le fait que nous sommes épouses du Christ.
Cette consécration marque à la fois un cheminement et un engagement très fort. Au quotidien qu'est-ce que cela va changer pour vous, dans votre manière de vivre, dans votre manière d'être ?
Je dirais que, à la fois, ça va changer des choses et qu'en même temps, ça ne va rien changer.
Je vais commencer par la deuxième partie : ça ne va rien changer. Cette vie, cela fait deux ans que je m'y prépare. Et pour m'y préparer, quelle fut la préparation ? Ce fut de vivre de plus en plus consciemment cette vie de consacrée. J'ai peu à peu compris qu'il y avait longtemps que je vivais dans l'esprit de vierge consacrée mais sans le savoir.
En même temps je pense que ça va changer quelque chose. En effet maintenant, il y a un engagement qui est pris devant toute l'Église. La célébration était publique, c'était devant tout le monde. De plus je pense que pour moi-même, psychologiquement et même humainement, c'est un pas important qui a été marqué. Ce n'est plus « un jour, ce sera », maintenant « c'est ».
Pourquoi avoir choisi l'ordre des vierges consacrées et ne pas avoir choisi d'être consacrée soit comme religieuse dans une communauté particulière, soit comme ermite dans la ville par exemple ?
J'ai envie de dire : « il faut demander au Seigneur ! ». Ça fait partie du chemin et un peu de l'histoire de ma vocation. J'ai visité de nombreux endroits et j'ai découvert d'autres manières de vivre à la suite du Christ avant de percevoir où et comment le Seigneur m'appelait, moi. Je ne suis pas sûre que je sais vraiment en finale pourquoi là. Cependant je sais que l'attachement à l'Église de Belgique a été très important pour moi, l'attachement à l'Église diocésaine aussi. Ne pas être de telle spiritualité ou de telle autre spiritualité… Je sentais combien mon cœur avait besoin de s'ouvrir à tous. Je ne dis pas par là que les autres sont fermés mais pour moi, ce fut vraiment déterminant. Ce qui a été aussi important dans mon chemin, c'est de prendre conscience que, ce que j'avais découvert à travers mon travail d'assistante paroissiale à Louvain-la-Neuve, était déjà les germes de ma vocation.
Donc ce n'était pas à abandonner pour aller faire tout à fait autre chose. C'était là aussi que le Seigneur m'attendait.
Deux femmes m'ont beaucoup aidée à cheminer, ce sont Marthe Robin et Petite Sœur Magdeleine de Jésus qui fut proche de Charles de Foucauld. Toutes les deux, elles ont un peu cette dimension de « là où je suis, offrir tout l'amour que je peux pour les autres et pour Dieu, et tout cela dans la discrétion ». Ces deux dimensions, je les trouve très fort dans la vocation de vierge consacrée, mais ce n'est pas dans un foyer de charité, ce n'est pas dans une congrégation, c'est dans notre Église diocésaine.
Pour aller un petit peu plus loin dans cette question de la spiritualité. Vous avez dit tout à l'heure que vous n'aviez pas de spiritualité, que vous étiez ouverte à toute forme de spiritualité. Vous n'avez pas de ligne, de conduite principale ou de guide spirituel?
En théorie non ! Ce n'est pas quelque chose qui nous est imposé. Ce n'est pas comme quand on entre chez les Salésiennes et on se réfère à Don Bosco, ou chez les Jésuites et on se réfère à saint Ignace.
Mais je pense que chaque chrétien a un petit peu ses saints favoris et « baigne » dans leur spiritualité. C'est clair que, moi, je suis « baignée » dans un petit peu de saint Ignace, un petit peu de Charles de Foucauld, un petit peu de Marthe Robin. Je ne peux pas le nier, mais je ne me raccroche pas à une spiritualité. Une autre vierge consacrée sera peut-être très attirée par la vie de St Ignace et la spiritualité ignatienne, et c'est permis. C'est ça qui fait aussi notre grande diversité, on est vraiment chacune différente, chacune avec son chemin différent. Je pense que cela grandira et que ça changera encore dans la vie.
Est-ce que le renoncement à la vie de famille, à la vie sexuelle aussi est un sacrifice à vos yeux ou une condition qui fait partie du chemin ?
Aujourd'hui, ce n'est pas un renoncement, ce n'est pas un sacrifice. Je ne le vis pas comme cela et je ne l'ai jamais vécu comme cela. Au début de l'appel du Seigneur, c'est arrivé assez vite comme une évidence qu'on pouvait donner sa vie entièrement à Dieu et que la manière de le faire, c'était à travers le célibat, dans une vie donnée pour tous et non pas un amour particulier pour un mari et pour des enfants, sans dénigrer du tout le mariage. C'est un autre type d'amour. Ce n'est pas un amour meilleur ou moins bon.
Dans mon cheminement, je sais qu'à un moment donné, aussi en fréquentant les familles de la paroisse, c'est une question que je me suis posée réellement et en vérité. Et je ne sais pas pourquoi, je ne sais l'expliquer, dans le fond de mon cœur il y avait comme cette paix et cette certitude que c'était ma route.
Maintenant je suis lucide, je ne suis pas sûre que toute la vie ce sera aussi facile à vivre qu'aujourd'hui.
Quand on entre dans l'ordre des vierges consacrées, est-ce qu'on doit prononcer des vœux ou prendre des engagements précis ?
Ce ne sont pas des vœux mais une consécration. Aucun vœu n'est prononcé. Dans la célébration, le Cardinal pose des questions : est-on prêt à suivre le Christ dans la chasteté ? et la vierge consacrée est appelée à répondre : oui. Ça correspond un peu au voeu de chasteté des religieux, mais ce n'est pas exprimé sous forme de vœu. Ensuite vient une grande prière de consécration. C'est Dieu qui consacre à travers les mains de l'évêque.
Pour terminer quels sont les personnes ou le type de personnes qui vous ont accompagnée pour arriver jusqu'à cette étape ?
Quelques prêtres ont été des figures marquantes et ils le sont encore aujourd'hui. Ils ont accompagné un peu ce chemin. Ils étaient là aussi parfois pour recevoir mes questions un peu balbutiantes, entendre des choses que je ne comprenais pas. Ils ont plus souvent écouté que répondu à mes questions. Je pense aussi à l'une ou l'autre famille de la paroisse qui a souvent été là. Il y a aussi plusieurs personnes rencontrées dans les endroits que j'ai visités pour savoir si ce n'était pas là que le Seigneur m'appelait. Certaines ont été importantes et ont parfois posé les bonnes questions.
Et puis sur ma route, il y a certainement saint François et sainte Claire, il y a certainement saint Ignace et Charles de Foucauld. Ils sont des accompagnateurs là-haut dans le ciel mais très réels.
D'après une interview de Paul-Emmanuel Biron pour Chronique de la vie chrétienne, RCF Bruxelles - Brabant wallon 2008.
Par la grâce de ton Esprit Saint,
Qu'il y ait toujours en elle Prudence et simplicité,
Douceur et sagesse,
Gravité et délicatesse,
Réserve et liberté, (… )
Et toi, Dieu toujours fidèle,
Sois sa fierté, sa joie et on amour,
Sois pour elle Consolation dans la peine,
Lumière dans le doute, Recours dans l'injustice ;
Dans l'épreuve, sois sa patience,
Dans la pauvreté, sa richesse,
Dans les privations, sa nourriture,
Dans la maladie, sa guérison.